“C’est Damoclès entre les cuisses.”

Que les choses soient claires, les féministes me cassent les couilles.
J’ai rencontré E. hier soir. Avant que l’on se quitte, je ne sais plus comment, elle a mentionné Virginie Despentes. King Kong Théorie. Ce bouquin, qui m’a été offert par quelqu’un que j’aime, se trouvait là, pages écartées dans un casier de ma bibliothèque, à portée de main. E. le feuillette et dit il faut que tu lises ce qu’elle a écrit sur le viol, elle cherche la page, la trouve et lit: « Impossible de violer cette femme pleine de vices. » . J’avais commencé de lire ce texte mais je m’étais très vite arrêtée. J’avais fait une lecture enthousiaste de « Tu m’encules ou je t’encule? » et la suite m’avait fait froid dans le dos. Comme quelque chose qui avait résisté. E. dit que Virginie Despentes y parle de Camille Paglia. Et comment Camille Paglia pense le viol comme un risque à prendre.
C’est odieux dit comme ça. Je dis à E. que là, tout de suite, j’ai l’impression que cette lecture va me faire gerber mais que je le lirai et que je lui dirai ce que j’en aurais pensé.
C’est ce que j’ai fait et j’en ai pas fermé l’œil.
Vous avez lu « Impossible de violer cette femme pleine de vices. »?
Virginie Despentes commence par revenir sur son expérience du viol, côté celle qui tient pas le fusil. Je ne tiens pas à dire victime. Champ lexical du viol, ma peau de chagrin.
Les violeurs du dimanche, ceux qui ne sont ni vraiment dangereux, ni vraiment reconnus « détraqués » , celui qui est bien banal, celui qui est juste un gros connard de base et celui qui trouve ça normal, pensent que si la violée ne s’est pas défendue, si elle n’a pas payé de sa vie le fait de montrer à quel point elle n’est pas d’accord avec ce qu‘on lui a fait, si elle en est sortie vivante, la garce, elle n’était pas complètement contre. La preuve, elle s’est à peine défendue.
« Ma survie, en elle-même, est une preuve qui parle contre moi. Le fait d’être plus terrorisée à l’idée d’être tuée que traumatisée par les coups de reins de trois connards, apparaissait comme une chose monstrueuse: je n’en avais jamais entendu parler, nulle part. »
Parce que c’est ça. Nous ne sommes pas coupables. Regarde, elle respire toujours. Nous ne sommes pas des monstres, elle n’est pas morte, elle va s’en remettre, elle assumait pas mais au fond, elle était d’accord. Regarde, elle est toujours vivante. Nous ne sommes pas des monstres. Elle est toujours là. Elle respire toujours.
Il n’y a pas de victime sans coupable.
Y’a comme un gros paradoxe.
Celles qui se sont fait violer doivent pourtant tenir le deuil du trauma et le porter aux yeux. Comment comprendre qu’une fille qui s’est pris des bites dont elle ne voulait pas puisse continuer de vivre normalement, comment peut-elle ne pas être blessée, si profondément que ça en devient visible? Comment peut-elle continuer de baiser à s’en péter le crâne? Et je ne parle pas de celles qui se sentent si minables qu’elles ne pensent être bonnes qu’à ça. Je pense à celles qui refusent de laisser un viol gâcher leur amour du sexe. Celles pour qui « C’est la vie encore ».
Quelles places ont-elles? Quels choix ont-elles?
La société dramatise le viol. C’est un crime. Oui, c’est un crime. Ça rend malades de rage, d’angoisse et de chagrin ceux qui partagent nos vies. Oui. C’est un vol qui ne pourra JAMAIS être restitué. Oui. On ne sera plus JAMAIS comme avant. Non effectivement. La reconnaissance du viol par la justice ne fait que conforter ces femmes dans un statut de victime, l’aide s’arrête là.
En quoi de telles affirmations aident-elles les femmes violées?
En rien. Tu as le choix entre culpabiliser à mort d’être en vie et de porter ce chagrin qui comme un virus, se transmet à ceux qui t’aiment ou tu as le choix de te taire, de fermer ta gueule. De toutes façons, tu n’es pas toujours sûre qu’il s’agissait bien d’un viol parce que oui, tu respires toujours.
La société nous les présente comme des femmes ravagées, affaiblies et déchirées. Des handicapées de la vie, comme un fou, on a en a tous une dans notre entourage. Et on la met dans une boîte à part des autres. Une boîte dont elle ne sortira pas, le souvenir que l’on gardera sans doute de cette fille sera « celle qui a subi un viol ».
Exactement comme si le viol ne leur permettait plus d’être autre chose que des « celle qui s’est fait violer ». C’est ça. Il n’est pas concevable de les voir se relever si vite. Ça paraît louche, même, de les voir rigoler, sortir, danser.
« Je ne suis pas furieuse contre moi de ne pas avoir osé en tuer un. Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’ écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculquée l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre. »
J’en reviens à Virginie Despentes et à Camille Paglia et au « risque à prendre. »
Quand ces mots sont sortis de la bouche de E., j’ai senti la nausée monter. Première réaction et puis j’ai lu:
« Paglia nous permettait de nous imaginer en guerrières, non plus responsables personnellement de ce qu’elles avaient bien cherché, mais victimes ordinaires de ce qu’il faut s’attendre à endurer si on est femme et qu’on veut s’aventurer à l’extérieur. Elle était la première à sortir le viol du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Elle en faisait une circonstance politique, quelque chose qu’on devait apprendre à encaisser. Paglia changeait tout : il ne s’agissait plus de nier, ni de succomber, il s’agissait de faire avec.” »
Là c’est mon âme qui a vomi.
Mais.
Le viol est un crime en France depuis 1980. Qu’est-ce qu’on propose aux femmes agressées? Une petite tape dans le dos? Un procès, quand on ne remet pas en cause leur parole? Le statut reconnu de putain de victime?
Notre condition actuelle n’est-elle pas pire? C’est la question que je me pose, honnêtement.
Le risque à prendre.
Oui, les femmes sont susceptibles de se faire agresser dès lors qu’elles naissent. Oui, on doit faire avec. Aucune loi n’y changera rien.
On apprend pas aux femmes à se sentir en sécurité avec elles-mêmes. On nous apprend que notre sécurité physique dépend de la présence d’un homme à nos côtés, celui-là même qui peut agresser. C’est un monde de fous.
J’ai pensé à mon expérience, aussi banale que des milliers d’autres, dont je ne souhaite pas étaler les détails. J’ai eu peur de mourir. Je n’ai pas eu peur de ce qu’on me faisait. J’ai laissé faire. Je ne me suis pas défendue, ça ne m’est même pas venu à l’esprit. Encore aujourd’hui je me demande s’il s’agissait vraiment d’un viol. Je n’ai jamais porté plainte. Ça a rendu mon compagnon de l’époque fou de chagrin. En parler n’a servi à rien attendu que je n’étais même pas certaine que ma douleur était justifiée. J’ai éprouvé de la rage contre moi-même. Je n’ai jamais éprouvé de rage contre eux, deux gentils garçons. Je suis devenue agoraphobe. Je ne sortais plus de chez moi, je ne me lavais plus seule. Ça a duré presque trois ans. La seule chose que j’ai pu sauver, c’est la liberté de continuer d’aimer le sexe. Je m’y suis jetée avec passion. C’est la seule chose que je me suis autorisée à garder.
Après ces trois ans, j’ai refusé de me considérer comme une victime. Je suis allée dehors, je me suis mise en danger, j’ai ouvert ma gueule. Je ne me suis plus laissée faire. Je garde des traumas dont on me dit que je ne me déferai pas.
Oui c’est un risque à prendre.
J’ai envie de leur dire d’aller se faire foutre.





Je n’ai jamais eu, heureusement, à me remettre d’un viol. Je ne sais pas si j’en suis capable. Mais je sais que ça me fout la trouille car j’ignore précisément si j’en serais capable.
C’est aussi un aspect du problème : Toutes les femmes ne sont pas semblables. certaines sont, à un moment de leur vie, plus fragiles. Que se passe t’il alors si en plus elles doivent faire face à ça ?
Mais ce point de vue amène aussi à s’interroger : est ce que la peur du viol n’est pas une des ultimes barrières qui nous empêche d’être nous même ? Est ce que ça ne nous fragilise pas ?
Que de questions.
Est-ce qu’on s’en remet? Non. Je ne pense pas qu’on puisse s’en remettre, tout comme on ne se remet pas d’un deuil. Au mieux, je crois que tu cicatrises.
En plus, pire que la peur du viol que tu n’as jamais vecu, la peur de se faire violer a nouveau. Enfin, je trouve.
Je n’ai pas ce sentiment. Je n’ai pas peur que ça recommence. Mais de temps en temps, un geste même anodin vient taper dans ce souvenir et me paralyse. Il arrive qu’une caresse dans le cou me donne l’impression d’être agressée. C’est cet instinct dont tu parles plus haut.
Je n’ai pas tout le temps peur d’etre a nouveau violee (heureusement). Mais effectivement, certains gestes, certains lieux ou certains regards me paniquent. Parfois sans raison particuliere, juste l’impression brutale et tetanisante d’un danger. Je crois qu’on ne cicatrise jamais parfaitement. Mais comme toutes les epreuves, on apprend a vivre avec.
…. ouais …
Je suis en accord avec ce que tu dis
Merci.
Les femmes d’aujourd’hui, de tout age et de toutes conditions ont peu d’armes pour lutter contre cet affront, meme dans un pays aussi “developpe” que la France. Moi j’ai choisi le silence et la honte pendant presque 4 ans, en me refusant a delaisser le sexe, en me jetant a corps perdu dans une relation ou l’amour m’a sauvee (oui, je sais, c’est un peu ridicule…), en me raccrochant aux branches. Je n’ai pas porte plainte. Pour quoi faire? Peut etre que c’etait en partie ma faute. Peut etre que j’aurai du me battre plus. Pourquoi s’exposer aux regards plutot que de panser ses plaies dans l’intimite. Finalement, physiquement, j’etais presque indemne, pas de blessure particuliere, pas de bleus, meme pas de douleur speciale, tellement rien a cote de toutes ces femmes qui ont souffert dans leurs corps, gardant des cicatrices, des marques visibles de leur blessure. Il n’est reste qu’un profond degout. Et une peur, une peur avilissante de l’agression, un sens du danger accru, plus d’insoucience. Malgre tout, une plus grande force, une envie de s’en sortir et de se battre qui, pour etre longue a venir, ne s’est jamais dementie. Pour l’instant. Maintenant, c’est un evenement qui fait partie de moi, de mon passe et que je ne nie plus. Qui me rend parfois bizarre aux yeux des gens qui ne savent pas. Parfois sensible a certaines conversations, a certains films surtout. Qui me rend hargneuse envers ceux qui parlent sans savoir. Qui fait que je suis moi, meme si je ne me definis pas par mon viol.
Le pire au fond, parce que dans mon “malheur” j’ai eu de la chance, c’etait la culpabilite et le regard des autres.
Au fait, rien a voir mais saches, comme je te l’ai deja dit chez les connards, que je t’aime et que je te lis tout le temps.
…
Edit: ça veut dire merci j’ai une boule dans la gorge mais le coeur y est.
On s’étonne que tant de femmes refusent de porter plainte. Ce n’est pas toujours par peur des représailles ou de la confrontation, c’est souvent je crois parce que la justice ne peut rien effacer, rien changer. Si il est important pour la victime d’être reconnue en tant que telle, c’est tout ce qu’on peut lui apporter. Et encore, combien de paroles sont remises en doute?
C’est la faute à pas de chance. C’est le plus terrible a accepter.
Suite à une agression, les flics nous ont demandés à moi et une amie (entre autres questions) comment nous étions habillées. Comme si ça pouvait être un facteur déclenchant ou comme si c’était une explication !
Tu leur a filé un coup de bottin?
Le coeur y était.
C’est vrai. Et si tous ces juifs n’avaient pas porté l’étoile jaune, ils ne seraient pas morts…
T’es qui, toi? Je suis pas sûre de comprendre ta phrase. Tu expliques plus avant s’il te plait?
Ok faut que j’arrête de faire le roquet, désolée, je viens juste de capter la blague.
Désolée, hein.
Oulà… Un peu tendue, en ce moment, non ?
Promis, je ne le referai plus !
Pour répondre : je suis Olympe (mouahaha…), mère d’un gnôme né fin décembre dernier.
Et sinon, je voulais dire – mais mon humour noir me perdra sans doute un jour – que je trouve débile le coup du “elle l’a bien cherché, elle portait une jupe ras la fouf’”. Alors j’ai voulu tenté de pousser l’absurde sur un crime gigantesque, faire des juifs victimes de la Shoah les responsables du génocide de la seconde guerre mondiale… Mais j’ai foiré mon coup. Désolée.
Bon, et puis, si je peux faire mon roquet aussi, ‘faut pas s’étonner que des gens que tu ne connais pas mettent des commentaires sur ton blog. Ca n’est pas un club privé, tout le monde peut rentrer. C’est un peu le principe d’internet, quoi ! :)
Bon allez, j’arrête de t’emmerder, Chat Antédiluvien, parce que j’aime bien ce que tu racontes.
“Pour répondre : je suis Olympe (mouahaha…), mère d’un gnôme né fin décembre dernier.” Ah, tiens, tiens… (gros clin d’oeil entendu) Il s’appellerait pas Louis par hasard, le gnome? Quand j’ai vu ton pseudo, j’y ai pensé mais je me suis dit mais non, c’est pas elle.
Encore une fois, excuses, dès que tu mets juif étoile jaune et mort dans une même phrase, par principe, je me sens agressée, avant de comprendre. Faut pas m’en vouloir.
Nan, c’est pas un club privé. J’accueille presque tout le monde, dont toi, bienvenue!
Merci alors. Je continuerai à passer de temps à autre.
:)
Et pour le coup de la sensation d’agression à la moindre allusion sur la question juive, pas de souci. Probablement pour des raisons proches des tiennes, ça m’arrive régulièrement.
Ils t’ont demandé ca parce qu’en droit (victimologie), on accorde au coupable une circonstance atténuante via la vicitme : notamment lorsque celle-ci a pu, de part sa façon d’être ou de s’habiller, provoquer le crime. C’est affreux je sais. La victime est bien trop souvent relayée au second plan. Par ailleurs, elle ne prend que très rarement place au mécanisme judiciaire. Dura lex sed lex.
“Le statut reconnu de putain de victime?”
…
…
…
Putain de phrase.
et le “quelqu’un que j’aime” te le rend bien.
(ronronne)
Il ne s’agissait pas d’un viol mais d’une agression, mais je ne l’ai jamais dit pour autant en 20 ans. Je suppose qu’il y a prescription pour la loi, non?
Mais ce sentiment de victime, je ne l’ai étrangement jamais ressenti, ni la peur que ça recommence.
Mais cette honte, ces images, ça, ça ne part pas. Si je n’en ai gardé aucune cicatrice physique, les autres sont toujours là, avec cette culpabilité terrible du “j’aurais du”, “j’aurais pu”.
Impossible de rationaliser, alors on nie et on oublie. Et c’est le fait de devenir femme et d’aimer le sexe, autant que j’aime l’homme qui va avec, qui m’a permise de cicatriser. Parfois j’ai cette impression d’une plaie béante qui s’ouvre en moi, sous un regard, un mot, un geste, et je n’ai pas assez de faux-semblants pour la refermer.
Et parfois, je me précipite sur le dernier article d’une blogueuse influente, et là je ne cherche pas à cacher la blessure. Parfois, c’est bien aussi.
Merci.
Oh putain je suis blogueuse influente, moi?
Bon sans déconner, merci de partager ça. De cracher la chose, avec pudeur, à demi-mots.
Depuis Toi, le job de bibliothécaire payée en bons points est super hyyyyype!
(quand je dis que t’es une blogueuse influente…)
On ne s’en remet jamais. De l’agression, de la peur de mourir, de l’humiliation en ressortant de chez les flics qui m’ont regardé des pieds à la tête en me disant :”Vous avez vu comment vous êtes habillée?” Ça fait 25 ans, je n’en parle jamais et j’ai toujours peur dans les parkings.
Oui mais une moche en jogging qui se fait violer, on se dit qu’elle a pas le droit de se plaindre attendu qu’il se trouve un connard pour vouloir la baiser. Je sais pas ce que je préfère…
Tout d’abord, je ne comprends pas la mise au point de la première phrase. Comme si tu cherchais à te dédouaner du discours qui suit … qui n’a rien de particulièrement féministe ou anti-féministe.
(et je cherche toujours le rapport avec la viole à 6 cordes).
En tant que danger potentiel d’agression (quoiqu’en pensent PdT et d’autres), je ne peux bien sûr pas m’imaginer l’ampleur des blessures psychologiques que cause un viol. Le fait qu’apparemment beaucoup de femmes n’osent en parler ou porter plainte (ça, je le conçois déjà plus, vu le machisme de notre police) demeure troublant. Je peux comprendre la volonté de ne pas paraître faible, mais de là à nier de se poser en victime (ou alors, j’ai rien compris à ton propos). Ici, victime d’un acte criminel qui exige réparation (au moins au niveau du droit, c’est le moindre que puisse faire la société). Après, je suis bien d’accord que cela n’efface pas le sentiment d’impuissance et la crainte de certaines situations.
Ce qui me remue le plus, c’est la peur de mourir que vous évoquez toutes. Ça me fait froid dans le dos.
Sujet délicat s’il en est.
Alors ça c’est spécial je t’explique parce qu’effectivement ça ne coule pas de source. T’as dû remarquer que même si je donne l’impression d’en dire vachement sur ma vie, je ne dis finalement rien de mes émotions. J’ai du mal, rapport à ce que je veux plutôt passer pour une dure à cuire. Donc j’avais besoin d’écrire une phrase d’humour, de cocasserie, pour ma gueule, pour dédramatiser ce que j’étais en train de faire. Un étal de boucherie chevaline, tu vois? Cette phrase me fait rire parce qu’elle est dite par une femme qui n’a pas de couilles. Les féministes me cassent les couilles. Bref, ce n’est drôle que pour moi. Là c’est une exclu parce qu’on est copains sinon je me serai bien passée d’expliquer ça outre-mesure.
Je ne supporte pas le côté victime. Je viens d’une grande lignée de victimes et je ne veux pas en être. J’ai la Shoah derrière moi et tout un tas d’autres conneries. J’ai l’impression d’avoir été victime pour 100 vies rien qu’à moi toute seule. Alors STOP. De plus, même si pour certains(es) la reconnaissance de leur statut de victime est un cap essentiel pour leur permettre de remonter la pente, je ne vois pas en quoi une peine de prison, une amende, des dommages et intérêts ou je ne sais quoi peut apporter comme soulagement. La peine de prison, la société en a besoin mais la personne violée… Non je ne suis pas convaincue. Oui, tu as compris mon propos.
Bisous Bécots
Qu’on se comprenne bien, je suis contre le concept du “droit au victime”, quelque soit l’atrocité de l’acte criminel. Quand je parle de réparation, c’est en effet vis à vis de la société. Quand, par exemple, des parents dont l’enfant vient d’être violé et tué demandent “que justice soit faite”, j’entends plutôt, peut-être à tord, “que vengeance soit faite”. Et je ne les blâmerais pas d’avoir d’avoir ce sentiment. Mais je pense que la justice se doit de faire abstraction de la douleur légitime des victimes.
Après, que la victime demande compensation, elle en a le droit et c’est une autre “procédure”. Cyniquement, je dirais qu’alors la seule vraie question est “combien? “.
“à tort” … bordel à queue !!
On ne parle pas de la même chose. Je parle de viol, le viol banal sur une femme ou un homme, qui est un crime. Tu parles de viol sur mineur de moins de 15 ans avec homicide volontaire et/ou acte de barbarie. Je ne peux même pas envisager avoir à prendre position sur le sujet en qualité de proche ou de parent.
Mon propos n’est pas d’engager les femmes ou les hommes concernés à abandonner justice et réparations. Mon propos est qu’ils ne doivent pas s’attendre à ce que le statut de victime, la reconnaissance de l’acte qu’ils ont subi, les guérissent. Je dis qu’il s’agit d’un carcan, un truc vraiment pas confortable. Il n’y a pas de guérison, tout du moins pas de rémission. C’est un avant/après. Se faire justice soit-même? Pourquoi pas mais dans mon cas à quoi bon? Je n’ai trouvé aucune aide puisque rien ne pouvait être réparé. Et parce que sincèrement c’était le mauvais endroit le mauvais moment. Partant de ce postulat, devant une injustice telle, mon réconfort se trouve dans la dédramatisation de ce qui m’est arrivé.
J’ai bien compris ton point et suis plutôt en accord avec.Je prenais juste l’exemple extrême (le viol et le meurtre d’enfant étant considérés comme les pires crimes dans nos sociétés occidentales) pour étayer mon propos. Maladroit, peut-être.
Cependant, même si ton cheminement est tout à fait légitime (pour ton bien-être), comment collectivement éveiller un vrai sentiment de culpabilité chez les violeurs si personne ne porte jamais plainte ?
Franchement, je n’ai pas de réponse à ça, car comment demander à une personne traumatisée de sacrifier son bonheur (trouver le réconfort comme tu l’as fait) pour une très hypothétique amélioration du bien-être collectif (réduction du nombre de viols).
Bon, j’avais pas vu le témoignage de 22:02 en écrivant ce qu’il y a ci-dessus. Cela apporte une 1ère réponse à ma question.
as-tu lu “Histoire d’amour” de Régis Jauffret (oui chuis parfois une grosse nunuche qui choisit des bouquins à cause du titre, ça va hein)
Glaçant. (en y repensant ça m’a d’ailleurs fait un peu l’effet du film de Varda “Le bonheur”, qui doit porter aussi bien son nom que le bouquin de Jauffret).
car cette histoire d’amour, c’est une histoire de viol.
sinon, j’aime bien ta réference à Despentes, j’aime bien la critique que t’en fais, et je comprends le sentiment que ça peut te donner.
néanmoins, et la preuve en est dans ton post et dans les commentaires, ça permet aussi d’en parler. et de constater que c’est un drame individuel c’est clair, mais c’est aussi une forme de subjectivation collective (constituée par l’experience vécue, les préjugés, des attitudes, des peurs, de la honte et tout ce que le quotidien te crache à la gueule, et que t’as du mal à avaler malgré tes 72 thérapies),
et qui dit collective, dit politique.
(sinon rien à voir mais sache que moi aussi j’ai été agoraphobe pendant quelques années , alors tu vois on est trop des coupiiiiines)
Nope ma Pasta, pas lu mais je note.
Et c’est aussi un acte politique que le parti que je prends, c’est d’ailleurs la seule forme de politique que je pratiquerai jamais.
Bon, je m’attarderai pas sur les sensations procurées par l’article, rapport à ce que tu expliques à Marian plus haut et que je partage, tralala.
Je crois comprendre une partie de ce qui t’emmerde dans le “statut de victime”. Je crois que c’est “statut”
C’est à dire, pour généraliser et radoter, je sais, je sais, que la justice et la société ne te disent pas “c’est un événement” mais “c’est un statut, c’est ta position, c’est fixe, c’est permanent”
Parce que, cet imaginaire des genres si profondément attaché à notre civilisation, réduit l’acte sexuel à la pénétration, et établit d’indépassables catégories actif/passif. Du coup, il n’y a aucune possibilité – même virtuelle – pour une femme de “rendre les coups” (excuse my french), ou de s’identifier autrement que passive, au niveau le plus fondamental. Quelque part, cet expérience peut, je suppose, propager le trauma rétrospectivement. Et faire se dire “je suis une victime dès le début, ma seule marge de manoeuvre c’est ma capacité de résistance, mais au fond, c’est ma catégorie depuis toujours et pour toujours”
Ou peut-être je divague, je parle depuis rien.
je sais pas depuis où ni depuis quand tu parles, mais le “je suis une victime donc je l’ai toujours été et donc je le serai toujours”, ça me parle, ça me touche toussa (comme ils disent).
reste à trouver comment passer du statut de bronze au statut de cire.
On nous apprend que notre sécurité physique ne sera jamais plus assurée qu’avec une présence masculine à nos côtés. Depuis combien de temps? Toujours. Victime n’est pas une catégorie, un statut, c’est une condition.
J’ai reçu un mail que je vous livre tel quel. Je tiens à remercier son auteur pour la confiance qu’il m’a témoigné.
“Nous ne nous connaissons pas, avons simplement échangé trois conneries.
Trop pudique pourtant pour publier ça sur ton blog, et surtout juste envie de te dire quelques mots, avec la prétention de croire que tu pourras t’en nourrir, peut-être.
Ca arrive aussi à des garçons, mais là je ne t’apprends rien.
Suis de ces gars qui ont grandi à la campagne, qui font confiance, qui aiment les gens. Le cul aussi (mais ça, campagne ou pas, on est un certain nombre).
Alors quand j’ai vu ces trois jeunes hommes qui faisaient du stop alors que je rentrais du boulot, ben… je les ai invités à grimper dans mon auto… La police me le reprochera plus tard.
Je t’épargne les détails pour la suite mais l’histoire se termine, moi attaché sous un buisson au bord d’une rivière…
Je suis recueilli là, hagard, par “l’amicale des joueurs de pétanque du coin”.
Puis par nos chers amis de la maréchaussée…
Qui pendant des heures me cuisineront, insinueront que ce sont des amis à moi, que c’est un jeu entre nous qui a mal tourné…
Je leur demanderai vite de me ramener chez moi… juste envie de dormir.
Mon père, partisan de la “pédagogie à balles réelles” m’obligera a sortir boire des verres, à raconter mon histoire à une radio locale, à reprendre le volant et refaire tout le trajet…
Un premier élan bon samaritain (il ne faut pas que ces individus puissent faire subir ça à quelqu’un d’autre) me pousse à me rapprocher d’une association de… (vous avez dit victime ?) pour porter plainte, et puis… finalement non, tu l’as assez bien dit… à quoi bon.
Finalement, il avait bien raison le paternel, mon goût immodéré pour les gens, les rencontres etc… me pousse assez vite de nouveau dans la rue, vers mes congénères, sur la route de nouveau, jusqu’à d’autre auto-stoppeurs, que j’invite encore, tant pis (le risque tout ça…).
En revanche, question cul… assez étrangement, le sexe avec des inconnu(e)s me conviendra très bien pendant longtemps, mais me voilà handicapé dès lors qu’il s’agit de se faire une sexualité à deux…. et j’ai encore du boulot… peut-être quelques conseils et/ou anecdotes de Tata Félin me feront du bien…
Le dernier chapitre franchement heureux dans tout ça ? Le journaleux à qui j’ai raconté mon “aventure” est devenu un très bon pote, qui me présentera quelques années plus tard celle qui partage ma vie aujourd’hui ; et je crois pouvoir te dire amie Féline qu’on se fait plutôt du bien tous les deux.”
…juste pour te dire que je comprends.
Je suis à mille lieues de pouvoir comprendre dans mon corps ou dans mon âme, mais je comprends quand même. je ne sais pas si tu vas comprendre ce qui suit mais allez zou je me lâche.
J’ai vécu la violence, sexuelle ou pas d’ailleurs, pendant les 18 premières années de ma vie. pour la justifier, on m’a collé (de force aussi) une identité de “rebelle”, “réfractaire à l’autorité”, “diabolique”, “monstrueuse” et j’en passe, le tout allant crescendo au fil de mes résistances bien entendu (enfin je dis bien entendu mais je suis pas sûre que ce soit évident en fait).
Comme ça en le disant ça paraît ignoble, juste une ignominie de plus envers moi (dixit le psy numéro un, lol), mais de mon point de vue ça m’a sauvé la vie. Cette identité collée d’office, je l’ai adoptée (forcément, bin oui), et elle m’a tout naturellement interdit le statut de victime. Du coup j’ai résisté, je me suis débattue, je n’ai jamais eu peur de mourir (et je n’en tire aucune gloire c’est juste que j’étais programmée à me sentir du côté du fusil, bon dieu j’ai l’impression que je ne vais pas être compréhensible là, un doute me saisit, tant pis, continuons, personne n’a jamais compris de toute manière ça ne me changerait pas des masses de mon ordinaire), vu que j’étais identifiée comme la source du mal si tu veux je ne voyais pas bien pourquoi je me laisserais faire, merde, j’étais supposée faire du mal rien qu’en existant, de toute manière, autant aller au bout de la démarche. C’est un beau cadeau que ma tortionnaire (dixit psy numéro 2, moi j’ai encore du mal à utiliser ces mots-là puisque je ne suis pas victime, on tourne en rond mais je me soigne) m’a fait.
Parce qu’évidemment quand tu nais et grandis dans la violence, même si tu résistes et qu’un jour tu te barres, tu ne sais pas être autrement que dedans. Du coup vu que tout en moi était violent, de mes mots à mes actes (fallait pas me chercher bien longtemps pour peu que la cause soit “juste”…), je suis restée à évoluer dedans, à rechercher les climats de violence, de danger, le situations à risque, tout ça, pendant très très longtemps (et même des fois ça me reprendrait, c’est dire si je suis normale, hein), et donc bien entendu je suis passée par tout un tas de choses super sympas, et on y vient, par l’agression sexuelle aussi et pas qu’une fois même…Voilà pourquoi je comprends, à ma manière, à la manière de la chose méchante et mauvaise de naissance qui ne peut pas être victime innocente.
Pour te conforter dans ton ordinaire … j’ai rien compris.
(nan, j’déconne, pas la peine de frapper).
On est deux mon ami !
Je comprends que la seule façon d’accepter la violence que l’on supporte surtout enfant, la seule façon pour la rendre tolérable c’est de se persuader qu’elle est justifiée, qu’on la mérite. On est doit être mauvais. On le devient pour y donner un sens.
J’ai bon?
20/20.
et donc tout ça pour te dire que le statut de victime je vois mal ce qu’il apporte, en effet, comparé au statut de “mauvaise fille” qui lui au moins permet de résister et de répondre.
dans mon cas c’est très chouette au final parce que dans tout ce que je lis de féministe je peux me classer dans les femmes insoumises…et comme dans la vie au final j’ai plus à gérer des rapports de femme face au monde que des rapports d’enfant face à ma famille d’origine (que j’ai fini par éjecter totalement de ma vie, sus au 4eme commandement, merci Alice Miller psy numéro 10 paix à votre âme), bin au final avec un passé relou de chez relou je m’en sors mieux que d’autres dans les situations de merde. Genre à la première main au cul j’ai été exclue du collège pour violence (mais on a laissé mon cul tranquille après), à la première agression j’ai mis suffisamment de coups de pied pour entendre des cris de douleur (m’en fous, j’ai mal, t’auras mal aussi, c’est ma devise), à la première torgnole j’ai divorcé, au premier harceleur j’ai démissionné, etc (je sais je sais… et encore j’en zappe beaucoup tu me croirais pas si je te disais toutes les merdes que j’ai eues).
Bon évidemment il y en a qui ne connaissent aucune situation de merde aussi, mais j’ai tenté de les côtoyer et tout compte fait je ne les envie pas tant que ça. Mieux vaut être bien bousillé que mal épargné. Enfin je trouve. Donc bon si cet épisode a fait de toi ce que tu es bin je vais te dire, j’aime beaucoup (ce que je vois de) ce que tu es.
Pas pu m’empêcher de répondre pour te dire à quel point ta réponse me fait du bien. J’ai été agressée physiquement à coups de bouteille de bière. Je ne m’en suis pas remise, c’était dans le cadre du travail, je ne crois plus à mon travail, je ne crois plus à l’entreprise…et ça a fait de moi ce que je suis. Ta phrase “mieux vaut être bien bousillé que mal épargné” sera une de mes devises désormais.
Et j’ajouterai que si plus de gens avaient les couilles de démissionner dès le premier harceleur, il y aurait eu moins de suicides chez france telecom entre autres….
Salut,
”
Tu voudrais donner des yeux à la justice
Impossible de violer cette femme pleine de vices”
(TRUST – Antisocial – 1980)
12 juillet 1998 au soir. Un copain du chéri, parti boire des bières avec d’autres copains devant 22 connards télévisuels, qui passe à la maison, qui prend un couteau et qui menace. Obéir ou mourir, c’est ce qui passe dans la tête. Donc on obéit.
Quelques jours après. Hôpital. Coup de fil : la copine du salopard qui menace de mort si on ne retire pas sa plainte. On encaisse. On tient bon. On se fait envoyer loin par les médecins, dans une maison de repos.
La moitié de la famille qui ne comprend pas : “Mais pourquoi tu l’as laissé entrer chez toi, aussi ?”. Essayer de ne pas se dire que ce sont de gros connards.
Deux ans après. Procès d’assise. Vingt ans de prison.
Ce qui n’a pas de prix : les remerciements d’une première victime (oui : victime) qui n’avait pas osé porter plainte. Ne pas se dire que si elle l’avait fait, peut-être que…
Se refaire une vie. Tous les hommes ne confondent pas violence sexuelle et puissance sexuelle.
Sept ans après. Autant de travail avec la psy. Les médocs, qu’on réduit doucement. Un boulot dans une boîte à deux kilomètres de la prison : vivre ça comme un challenge. Se dire que ça fait dix ans et qu’il est peut-être sorti.
Trois ans de plus. Un nouveau chéri. Arrêter de fumer. Réduire encore les médocs, parler de les arrêter. Des projets. Essayer de faire un bébé.
Vivre, même si on est rattrapé par le passé tous les quatre ans.
Ce n’est pas mon histoire.
Bisous, VF (pas si dure à cuire que ça !)
Fred
Bisous bécots, Fred.
Première commentaire sur ce blog que je découvre aujourd’hui même et que j’apprécie déjà!
“une première victime (oui : victime) qui n’avait pas osé porter plainte. Ne pas se dire que si elle l’avait fait, peut-être que…” : une phrase qui résume ici (selon moi) pourquoi il FAUT porter plainte même si c’est une épreuve en plus et si ça n’apporte pas grand chose à celle qui a subit l’acte : pour empêcher au maximum que cela ne se reproduise sur d’autres filles.
Si un homme voit qu’il n’est pas puni, il peut si facilement recommencer…comme le vol, comme le crime etc…sauf que le viol est beaucoup moins souvent dénoncé!
Lire tous ces témoignages est bouleversant…
Je suis un homme.
J’ai lu King Kong Theory.
Et je dois dire que cette partie m’avait laissé perplexe. C’est surement une question d’éducation, mais j’ai toujours trouvé le viol immonde (comme tout un chacun, pourrait-on dire, mais il faut croire, qu’en fait, non). Je l’ai toujours vu comme une espèce de “croque-mitaine” pour toutes les femmes, et je dois dire que jamais je n’ai imaginé qu’une femme pouvait ne pas vivre dans la peur d’avoir à y faire face.
La lecture de ce passage dans le livre m’a vraiment mis dans une situation “inconfortable”. Je ne saurais pas l’expliquer clairement, mais je peux dire que ça m’a plutôt troublé. J’aurais aimé avoir l’avis d’une femme à ce sujet, malheureusement, je n’en avais aucune que j’ai osé mettre face à un tel texte à cette époque. Toujours pas depuis, mais faut dire que je sais pas où j’ai bien pu foutre ce livre.
Je dois dire que mon manque habituel de tact me pousse à éviter ce genre de sujet, sur lesquels je sens que je pourrais dire une connerie malvenue face à une personne concernée.
D’accord.
Quand j’étais petit, je me répétais souvent que la pire chose qui pût m’arriver fût qu’on viole ma soeur.
J’ai mis longtemps à mesurer l’absurdité de cette phrase, à apréhender toute la violence masculine qu’elle porte en elle.
Le viol est une prédation qui se poursuit bien au dela de l’acte: apres s’être saisis de la chair, les hommes accaparent également la souffrance.
Vos mots sont bouleversants, et les notres inutiles.
…
Salut Je lis et relis , et je trouve aucun endroit où me situer !
Est-ce que l’on est violée lorsqu’on comprend pas ce qu’il se passe? Que l’on connait la personne?
Je sais pas trop ……
En même temps je me dis qu’à 4/5 ans la notion du bien et du mal est relative à ce que l’on vit !!
Quoiqu’il en soit je me rends compte que sur ton blog se retrouve les cas pathologique du web :p à moins que nos passés communs nous aurons appris à apprécier le 2éme voir 3éme degrés,chose que l’on retrouve chez toi , ou on se sent si bien (oui jubile,et profite c’est pas demain le prochain compliment)….
Pour conclure je pense que vous aurez compris que je suis pas vraiment capable de parler du truc, de l’analyser de savoir si on n’est pas un peu responsable malgré tout!!
finalement quant j’y réfléchis un peu je me dis que ces “gros cons”sont trop forts ! ils réussissent presque à nous convaincre que le problème, c’est nous, les filles qui nous laissons faire!
Bon j’arrête, je suis pas très cohérente lorsque j’essaie d’expliquer les choses face à cette situation!!
Va comprendre !!!
PS: Dans la mesure ou je n’ai jamais vraiment réussi à me mettre d’accord avec moi même sur le sujet,j’ai décidé depuis bien longtemps d’être une vrai chienne. ben! dans le doute je me suis pas abstenu “la meilleur défense c’est l’attaque”
(pt’in! c’est pas demain la veille que ma psy se retrouve à l’anpe)
“Les cas pathologiques du web”??? Attention Emma, tu risques de te faire un tas de nouveaux amis. Non, ce blog ne rassemble pas les cas pathologiques du web, il se trouve juste que le viol est banal.
c’est totalement terrifiant, d’ailleurs. totalement. putain.
Terrifiant, c’est bien le mot. Je ne parviens pas à me faire à l’idée de la banalité d’un viol.
C’est drôle comme on dirait que vous découvrez cette réalité.
Ben oui.
Non pas que le viol soit malheureusement chose répandue (je ne suis quand même pas une autruche), mais que cela soit considéré comme “banal”.
Troublé par mon ignorance, je suis allé faire un tour là-dessus:
http://www.sosfemmes.com/violences/viol_chiffres.htm
En effet, d’un point de vue statistique, le viol semble relativement fréquent en France. Mais c’est une statistique (comme les gamins qui crèvent de faim), et ça demeure abstrait tant que l’on est pas directement confronté au phénomène.
Néanmoins, m’entendre dire que “le viol est banal” me perturbe. Dans le sens où cet acte, bien que fréquent, est assimilé à quelque chose de normal et sans gravité. Ou alors, je ne suis pas assez cynique.
Ce qui est terrifiant, ce n’est pas le chiffre déjà connu. Ce qui est terrifiant c’est qu’il soit totalement sous-estimé, comme une expression de mépris collectif pour tous ces « non », pas suivis d’effet.
Contrairement à ce que j’ai lu par ailleurs, je ne considère pas les violeurs comme des malades. Beaucoup trop de cas, et beaucoup trop de facilité à s’y livrer collectivement quand la situation s’y prête (en période de guerre par ex.). Je vis le viol comme une chose abominablement naturelle, composante de notre animalité, contre laquelle il faut se battre, au même titre que nous nous battons contre nombre de pulsions violentes. Tout le monde s’accorde à dire et parfois à rire que les hommes ne pensent qu’à leur reproduction, et on tait le fait qu’ils seraient, à condition adéquates (y compris morales), tous disposés à le faire, fut ce par la force.
Je pense beaucoup à ce post depuis quelques jours, quand je baisse la garde, un peu n’importe ou, un peu n’importe quand. Saisi d’effroi. J’essaye de me souvenir des fois ou éventuellement j’ai dit « mais si », ou éventuellement j’ai dit « attends ». J’essaye de me souvenir s’il y’a eu des signes évidents, un regard qui fuit ou un regard qui se ferme. Je pense à votre souffrance, à celles des femmes que je connais, que je croise, que je lis. Je frissonne, je suis submergé.
merci Antoine
ça l’est d’autant plus que l’on ne le sait pas…
Sans aller jusqu’à parler de “cas pathologique du web” ou de cas sociaux, t’as quand même du matériel pour enterrer Hugo et Zola réunis.
Je ne sais pas si tu parles de moi en particulier ou des commentaires mais on te remercie.
Je vote il parle des différents personnages qui hantent ces lieux et qui valent bien les leurs. ^^”
Je lui laisse le bénéfice du doute avant de grogner.
Bien magnanime!
Le “matériel” étant toutes les histoires que l’on peut lire sur ton blog: les tiennes et celles de tes lecteurs.
“Cas pathologiques” dans ma bouche , c’est un compliment VF ;)
Je crois que la phrase a retenir de cet article c’est “il se trouve juste que le viol est banal”. Je pense que le plus dure et de toujours se demander si on l’a cherché, si on a fait des avances inconscientes, si on n’aurais du faire ci ou ça pour le décourager. Je me suis même demandée si pour lui ça n’avait pas été une simple relation sexuelle normale.
“Je me suis même demandée si pour lui ça n’avait pas été une simple relation sexuelle normale.” Two thumbs!
M’est d’avis que la nature humaine a ses défauts qui s’amplifie en société (Babylon!!!)
En tant qu’homme saint d’esprit (enfin j’essaie), j’ai parfois des pulsions qui me disent : “je me la taperais bien celle-ci”
Mais la frustration engendrée par le métro/boulot/dodo babylonien (ou même le manque de sexe) n’ont pas eu raison de ma santé mentale.
Pour moi, le violeur est quelqu’un de malade mentalement.
Attention, je ne lui donne pas du tout le statut de victime.
Je souhaite parler aussi d’un autre problème qui débutait à l’époque où j’étais au collège. (VieuxFelin t’a du voir ça aussi) Certaines femmes se soumettent aux hommes réputés (parce que voyou,costaud,beau) du collège afin d’en tirer je ne sais quel gain. Elles sont prêtes à tout jusqu’à un certain point où elle ne maitrise plus la situation. et là….Tournante….. :(
Oui mais attendez là… rien, rien, rien, ne peut justifier un viol ou minorer la responsabilité du ou des violeurs, rien, à part le handicape mental avéré du criminel (et encore si ce handicape induit une irresponsabilité réelle, une réelle incapacité à appréhender la réalité) ou un état psychotique au moment des faits (pour les mêmes raisons)… Dans les deux cas le crime reste un crime évidemment, mais la personne est considérée comme irresponsable de ses actes, dans tous les autres cas, ce sont les violeurs sont 100% responsables, point. Mais notre société sexiste n’y est pas étrangère non plus, c’est évident (ce qui encore une fois ne minore en rien la responsabilité des violeurs), suffit de voir depuis combien de temps une femme ne passe plus de l’autorité légale de son père a celle de son mari (elle n’était jamais considérée comme un individu responsable et libre), depuis quand le viol n’est plus un simple délit mais un crime (mais comme on la vue, de nombreuses personnes continuent de penser, femmes et hommes compris, que sans doute, elle l’avait bien cherchée!), depuis quand le viol conjugal est reconnu entant que tel (et oui, le fameux “devoir conjugal”….), etc…. Et oui, désolé Vieux Félin mais je suis féministe (antisexiste puisqu’il faut le préciser)! Pas de victiminisation excessive des femmes, mais pas de déni non plus, pas haine des mecs, non vraiment pas, mais encore une fois pas de déni non plus, c’est toute notre société qui doit changer, hommes et femmes compris. Je pense vraiment que c’est la seule chose qui aura un réel effet sur le nombre des viols (entres autres…).
Je n’aime pas le mot “féministe” (qui a une connotation à favoriser la femme), je préfère effectivement “antisexiste” (qui induit une notion d’égalité des sexes).
Effectivement, il ne faut vraiment pas minorer la responsabilité des violeurs.
par contre :
“…depuis combien de temps une femme ne passe plus de l’autorité légale de son père a celle de son mari…”
Je suis un homme et je suis dans ce cas là, je passe de ma mère à ma femme. Je ne vois pas en quoi ça choque, c’est tout à fait sain. Et la période de transition n’est pas du tout obligatoire et ne démontre en rien la qualité(ou les défauts) de la personne. Ce n’est pas la preuve qu’un individu est responsable ou libre.
A noter toutefois qu’on ne m’a pas forcé : mais c’est un principe qui me va très bien.
Ensuite, pour les parents qui forcent, ça relève plus du domaine de l’éducation que du sexisme.
Je ne comprends pas le rapport entre:
- « …depuis combien de temps une femme ne passe plus de l’autorité légale de son père a celle de son mari… »
-”Je suis un homme et je suis dans ce cas là, je passe de ma mère à ma femme. Je ne vois pas en quoi ça choque, c’est tout à fait sain”
Ce que pointait le message initial, c’est que jusqu’à très récemment les femmes étaient sous l’autorité légale de leurs maris.What the fuck avec ta maman ?
Bon courage.
” Je me suis même demandée si pour lui ça n’avait pas été une simple relation sexuelle normale”
c’est à mon avis de là qu’il faut faire partir le raisonnement pour définir le viol et bien en comprendre la banalité.
à quel moment on tombe dans le viol? c’est quoi la sexualité “normale”? est-elle si librement consentie que ça?
gamine de 16 ans en pleine découverte de la sexualité, jeune homme un peu affolé en face, petit “non” timide un peu embarrassé devant l’emballement de monsieur, peur de passer pour une conne d’allumeuse…viol ou pas?
sortie en boite, alcool, ramenée par un type, petit “non”, conclusion logique. viol ou pas?
jeune mariée éméchée et crevée le soir de ses noces, petit “non” murmuré dans la fatigue et finalement rapport plus ou moins consenti pour marquer le coup (sérieux t’as pas baisé le soir de tes noces? n’étant pas une option), viol ou pas?
post accouchement, allaitement en cours, grosse fatigue corps meurtri et grosse pression sur la reprise des rapports, petit “non” timide, insistance, madame cède. viol ou pas?
les “petits” non…le nombre de fois où une femme dit non, clairement, distinctement, mais pas assez fort parce que pas assez convaincue d’en avoir le droit, pas convaincue d’avoir envie du conflit qui peut suivre, même pas certaine que ce sera grave au final, juste 5 mauvaises minutes, allez efface ton non, pense à autre chose, à quelqu’un d’autre, simule au bon moment pour accélérer la fin, qu’est ce qu’on s’en fout, faut se forcer des fois…combien de fois?
tant qu’à parler de choses qui fâchent on peut aussi parler des pratiques qui interviennent dans l’acte, de la pression qu’on peut ressentir à ce moment là, parce que si là maintenant tu dis non pas ça tu casses tout c’est la merde. allez force-toi un peu, c’est pas la mort, t’as pas de bien mais t’as pas mal non plus, si t’as un peu mal c’est pas la mort faudra essayer de lui en parler demain…combien de fois?
où ça commence, le viol? qu’est ce qu’on a défini comme norme dans la sexualité? qu’est ce qu’on laisse penser aux garçons? aux filles? qu’est ce qu’on laisse passer comme messages dans tout, les films, même pas les x, non ceux là au moins ils sont francs, les séries télé de nos ados, la pub, les saloperies d’enquêtes insee sur la fréquence des rapports sexuels dans un “couple moyen”?
il est extrêmement rare, dans un film, une série, un livre, une pub…de voir une situation où il y a un climat sexuel tendu, où un des deux partenaires refuse d’aller au delà, et où l’autre s’arrête net, respectueux, sans que ça laisse place à une dispute, à l’intervention d’un sexologue, ou je ne sais quelle connerie. C’est simple, je n’en ai jamais vu. Bon je ne suis pas un exemple de culture mais tout de même, si ça existait en quantité suffisante, je devrais y avoir eu accès. J’ai bien eu accès à l’opposé…
Le viol est plus fréquent qu’on le croit, banal en effet, le viol barbare, anonyme, est banal, et le viol conjugal ou apparenté l’est encore plus, au point que beaucoup de femmes sont violées régulièrement sans même être capables de réaliser ce qui leur arrive, prenant ça pour une sexualité normale.
Par exemple j’ai nombre d’amies dont le conjoint est pseudo violent, verbalement, quelquefois physiquement aussi (mais tu vois si c’est pas tous les jours et si tu vas pas à l’hosto c’est pas de la violence c’est de l’énervement, faut pas confondre. hem), qui l’acceptent sans trop chercher à s’en plaindre (à qui? on est tellement nombreuses à vivre ça de toute manière y’aurait jamais assez de foyers pour nous recueillir toutes) et qui acceptent ensuite la fameuse “réconciliation sur l’oreiller”. Réconciliation. Si tu dis non c’est que tu ne veux pas te réconcilier. Beau concept.
La plupart du temps on le sait pas, on ne voit les gens que dans des rapports superficiels, on ne se dit pas grand chose, la pluie le beau temps les mômes la nouvelle bagnole…mais quand on creuse un peu ce qu’on trouve dans l’intimité des couples est assez moche. Même dans le sien, oui. Peu de gens cherchent à creuser, d’ailleurs…
Antisexisme je veux bien ça fait plus propre, mais c’est surtout côté féminisme qu’il y a du boulot en fait. On me parle de couple heureux, d’amour, de sexualité librement consentie, tout ça…j’aimerais connaître un jour une femme pour qui c’est une réalité, juste une seule qui n’ait jamais eu à se forcer, qui n’ait jamais retenu un non, qui n’en ait pas payé le prix le lendemain, juste une. Et pas une nonne, merci.
j’assume mon féminisme, pas de souci, le problème n’est pas d’aimer les mecs ou pas, le problème est d’accepter le monde tel qu’il tourne ou pas, c’est différent, les mecs comme les nanas ne sont jamais que ce que le monde en fait.
Je me disais que le viol, c’est un des rares trucs qui est banal par ce qu’on en parle pas.
Mais si je suis tes propos Baleine, je me suis fait violer pleins de fois, du coup, je suis sceptique tant face à ton discours “féministe”, qu’à la misandrie mal dissimulée qu’il recèle.
Si on se faisait violer à chaque fois qu’on baise pour une autre raison que parce qu’on en a envie, et bien presque sans rire, dans un couple, on se violerai chacun notre tour…
Mais vraiment, vraiment, je crois pas que ça soit ça dont on parle ici.
Je crois que c’est mon premier commentaire chez toi, Vieux Félin, même si je te lis beaucoup.
Ce sujet me parme énormément bien que je n’ai pas été violée. Ca m’a toujours parlé, je sais pas pourquoi.
Parce que je suis féministe, sans doute (non je ne choisirai pas un autre mot pour épargner les oreilles de ceux qui sont restés bloqués en 1970 ;-).
J’ai été très marquée par la lecture de King Kong Théorie : l’idée qu’on puisse ne pas être détruite à vie par ce crime m’a beaucoup frappée, je n’y avais jamais pensé avant, je pensais qu’on restait morte à l’intérieur pour toujours.
Et je crois vraiment que le viol n’est pas une affaire de sexe, mais une affaire de prédation et de pouvoir.
Il ne s’agit pas de tirer un coup, mais de dominer l’autre, par le moyen le plus intime, et donc le plus humiliant, qui puisse exister.
Je crois aussi que la très grande majorité des violeurs ne sont pas du tout des malades mentaux, mais bien de simples gros connards violents et irrespectueux de l’humain en général.
Que le viol soit banal me terrifie et me donne envie de pleurer, et lire les commentaires de la baleine sur la possibilité de rendre les coups et se défendre, atténue un peu cette terreur et cette envie de pleurer.
Bien sûr les hommes ne sont pas seuls en cause, dans le viol,a mis toute la société et l’éducation des filles : si on apprenait aux femmes qu’elles ont le droit de se défendre, les prédateurs auraient le boulot moins facile.
Merci pour toute cette réflexion, tous ces commentaires, merci Vieux Félin.
Merci de participer à cette discussion et merci de me lire!
“Et je crois vraiment que le viol n’est pas une affaire de sexe, mais une affaire de prédation et de pouvoir.”
voilà, on y vient.
et ce rapport de pouvoir, de domination, est tout à fait présent partout dans les relations hommes femmes.
ce qui est le plus horrible pour une femme d’aujourd’hui par rapport à sa mère et à sa grand mère c’est qu’au moins à leur époque la condition de la femme était reconnue comme inférieure, tandis qu’aujourd’hui l’égalité est posée comme préexistante, comme acquise.
aujourd’hui si tu n’arrives pas à être égale de l’homme, ma fille, c’est forcément de ta faute puisque la société, on te le dit, on l’a écrit dans la constitution, même, qu’est ce que tu veux de plus bordel (tout le reste, en fait), l’égalité, tu l’as.
là où une femme violée naguère pouvait espérer qu’au moins on la plaigne (ce qui n’apporte rien en effet mais en effet on la plaignait parce qu’on reconnaissait partout que son statut était par sa naissance même celui d’une victime), une femme d’aujourd’hui peut juste espérer qu’on ne la culpabilise pas parce que l’égalité étant là si elle s’est fait violer c’est limite de sa faute et elle n’avait qu’à se défendre d’ailleurs.
Et là où naguère le statut de victime était le strictus minimus que les femmes pouvaient espérer en pareil cas (elles pouvaient rêver pour l’avenir et pour leurs filles à une réparation, à des changements dans la société, à l’accès à des cours de défense, à des changements dans les mentalités qui leur permettraient de ne plus courir automatiquement le risque, d’être libres, respectées, d’exister…), aujourd’hui ce même statut de victime qui était le strict minimum exigible devient le maximum de ce qu’une femme violée peut espérer obtenir.
Adieu évolution des moeurs, évolutions sociales, sécurité, liberté, considération, respect, on vous dit que tout ça c’est déjà là, ça existe déjà, donc si c’est là et qu’on subit quand même des choses aussi énormes bin c’est que c’est limite un risque aussi normal à accepter que celui de voir la pluie tomber. Si ça vous arrive cependant, on vous donnera le statut de victime (que vous n’avez plus d’office, puisque vous êtes égales, là le statut de victime c’est un cadeau qu’on vous fait).
je conchie toujours le foutu statut de victime, c’est de la merde, le statut d’égale de plein droit est la seule chose souhaitable et exigible même, et en attendant victime que nenni, révoltée oui.
Certains défendent une théorie selon laquelle pour réduire les viols il faut des putes. C’est pas mal, il faut juste que quelques unes d’entre nous se sacrifient et offrent leur corps pour que les autres soient sauvées. hop. emballé pesé. Un statut de victime obligatoire à certaines et d’office (reste à savoir lesquelles parce que beaucoup sont forcées quand même, mais une bonne usine à fabriquer des bébés futures putes après tout…je suis sûre que certains y ont pensé et pas que ceux qui ont inventé la “real doll”, femelle en baudruche toujours consentante).
Comment a-t-on pu accepter ça? Tout ça, je veux dire, l’exploitation sexuelle, l’utilisation des corps de femmes pour vendre des yaourts comme pour servir de déversoir à pulsions, la banalisation du viol autant comme arme de guerre que dans la vie courante? en 2010? quand on défend les droits du bétail à vivre dans les prés et à mourir sans souffrance inutile? est-ce qu’on vaut moins qu’une putain de vache, nous, les femmes?
Tout ça part en fait d’un même postulat de départ: les hommes auraient des besoins impérieux qu’il faut satisfaire, besoins qui sont en droit légitimement d’être satisfaits dès lors qu’ils sont présents et dès lors qu’une femme a laissé entendre un peu ou beaucoup qu’elle allait les satisfaire, cette notion étant laissée à l’appréciation du mâle concerné (pour certains si tu as posé la main sur leur bite tu dois aller au bout, pour d’autres c’est si tu as porté une jupe, pour d’autres encore c’est si tu es là au moment où le besoin se manifeste, pour d’autres c’est si tu t’es engagée dans la vie de couple…autant de possibilités que de mâles en fait, pas facile de se tenir à l’abri).
Plutôt que d’admettre que ce postulat est faux et est la source de tous les maux féminins (les hommes n’ont pas que des besoins sexuels, ils ont aussi des besoins de reproduction, des besoins de femmes de ménage, de serveuses de café en réunion…), la société actuelle nous propose en guise de solution d’accepter que les femmes aussi en ont. Ainsi le problème est réglé, puisque vous avez vous aussi des besoins impérieux, hop, nous sommes égaux, toujours le même truc, sauf qu’on égalise un peu dans le sens qu’on veut, hein, vous aussi vous aurez des stripteases et des jouets vibrants, on objetisera aussi le corps masculin, il y aura des hommes de ménage et des assistants maternels, et voilà le travail.
Le postulat de départ est toujours là, toujours bien répandu, toujours bien accepté, par les femmes elles-mêmes d’ailleurs, qui en plus éduquent consciencieusement leurs filles à satisfaire lesdits besoins masculins (mais à satisfaire les leurs propres aussi, bien entendu, on n’est plus dans les années cinquante, raymonde, il y a eu la révolution sexuelle, ma fille a le droit à son gode!)…
le postulat de départ fait toujours autant de victimes tous les jours, les femmes en sont à s’estimer heureuses si dans leur vie elles n’ont été ni battues ni violées (c’est tellement courant, hélas, bin oui, pour une femme ça l’est, pour un homme déjà moins on a beau dire), tout va très bien madame la marquise l’égalité est inscrite au fronton de toutes les mairies.
on y vient. au féminisme. forcément.
Une écriture plus aérée rendrait justice à ton propos (que je partage sur certains points). Là, ça part dans tous les sens … et on a l’impression que tu mélanges un peu tout à vouloir trop en dire.
Et puis je trouve que tu réduis l’homme à un animal bien primaire. On n’est plus dans la jungle, même si le libéralisme tend à nous y faire retourner.
Oui oui, je te suis assez sur ce post…
Sauf que les besoins sexuels existent bel et bien, chez les femmes comme chez les hommes. Mais ils ne sont pas plus importants ou impérieux d’un côté ou de l’autre.
Donc rien ne justifie ni le viol, ni que la prostitution féminine ou masculine visant exclusivement un publique masculin soit banalisée, considérée comme allant de soit. Les études prouvent d’ailleurs que le client moyen est très loin de l’image qu’on nous sert généralement pour justifier la banalisation de la prostitution: un pauvre quidam handicapé ou socialement inapte avec qui personne ne voudrait baiser, le pauvre (et on en fait quoi des pauvres madames handicapées ou socialement inaptes avec qui personne ne voudrait baiser?)! Non, le client moyen est marié ou en couple et a des relations sexuelles régulières avec sa partenaire “officielle”.
De plus les besoins sexuels ne sont nullement comparables au besoin de manger, boire, chier ou pisser… Pour certains d’ailleurs la sexualité n’est pas un besoin, même pas une envie. Et puis la masturbation existe, bien heureusement pour les hommes et les femmes! Et si elle n’est pas possible, c’est bien dommage, mais on peut vivre sans sexe, même si on vit moins bien.
A ce propos, il est intéressant de noter que les programmes visant à payer les services de prostituées dans certains centre pour handicapés (je crois que ça se pratique en Hollande) ne visent que les hommes. Et les femmes, elles ont pas de “besoins”, elles?
La question de la prostitution est malgré tout complexe, et je n’ai pas d’avis tranché à ce sujet, j’en ai changé à plusieurs reprise d’ailleurs… mais force est de constater que moins de 5% des prostituées femmes déclarent ne pas vouloir changer de métier. Et quand on lit les statistiques sur le pourcentage de prostituées qui ont subit un ou plusieurs viols dans le passé(dans l’enfance, l’adolescence ou après…), on ne peut décemment pas penser que, tout compte fait, c’est un métier comme un autre… non.
Pour avoir vécu dans une rue où plusieurs prostituées travaillaient et avoir sympatisé avec deux d’entre elles, je peux dire que leurs récits rejoignaient les statistiques, leur vie c’était vraiment du Zola…
Des prostitués par véritable choix (pas parce que c’est toujours mieux que d’aller trimer à l’usine pour 3 fois rien par exemple), qui vivent vraiment bien leur boulot, il doit en exister, sans doute, mais elles sont extrêmement minoritaires. Après ça arrange bien les clients de penser le contraire…
Je suis bouleversé par ce billet et par certaines réponses. Je ne réalisais pas du tout cette banalité du viol. Je suis terrifié.
Je me fais l’effet d’être un gros naïf, ou un innocent ou juste un crétin.
Le viol des noces barbares de Keffelec me revient en tête, ainsi que le dégout ressenti à cette lecture.
De la part d’un homme, pardon à toutes.
hello guillaume. treeeees perturbant, m’a fait gamberger pendant plusieurs jours dans un état proche de la fébrilité.
Oui, très perturbant en effet.
Ce qui me fait ganberger le plus, c’est de réaliser que probablement, je connais des femmes qui se sont fait violer mais que je ne le sais pas.
Des femmes, dans mon environnement familial, amical, professionnel…
J’avoue que je n’avais jamais pensé à cela avant.
Je ne sais pas vraiment pourquoi je laisse un commentaire, alors que précisément je ne le fais jamais, ni ici ni ailleurs.
Et puis en plus j’ai peur de mal choisir mes mots.
Mais…..
Je n’ai aucune affection pour Despentes, et l’expression de “risque à prendre” me donne envie de frapper plus que de vomir, mais…
En fait, je voudrais juste dire, au milieu de ton post et de ces nombreux commentaires plutôt intelligents, que “même si tout ça”, nous avons -je ne sais pas combien de temps c’est vrai- de la chance, parce que nous sommes des femmes vivant en France/Europe.
Je travaille depuis plusieurs années au sein de programmes humanitaires en Afrique centrale s’occupant de femmes ayant subi des “violences sexuelles” (on n’utilise jamais le mot viol, on aime beaucoup les périphrases dans l’humanitaire).
La première fois où j’ai écouté parler ces femmes j’ai été dévastée, mais, aussi extraordinaire et dérangeant que cela puisse paraître, pas -pas seulement- par les violences auxquelles elles avaient été exposées, mais parce que j’ai réalisé qu’aucune des femmes qui m’ont parlé n’envisageaient l’acte sexuel comme relevant d’un choix, jamais, et presque jamais comme un plaisir.
Ce qui les avaient détruites, ces femmes, était très rarement le viol en lui-même ( et pourant je vous jure que les “viols de guerre” n’ont rien de léger) mais ce qui s’est passé APRES, les conséquences de ce viol, c’est-à-dire exclusion, rejet, mise à la rue par le mari ou les parents….
Alors…. Oui, ça n’est pas tout, ça n’efface pas, ça ne suffit pas, mais l’existence de la loi, d’un procès, et le fait que beaucoup de gens considère qu’une personne violée a été VICTIME de quelque chose de mal, hé bien ce n’est pas rien. C’est même beaucoup.
Ca pourrait ressembler à un reproche ou je sais pas quoi mon commentaire, mais s’il vous plaît lisez-le pour ce qu’il est plutôt, un message d’espoir (et, + personnellement, la réponse à un sentiment d’obligation, qui m’habite très souvent depuis ces premiers entretiens avec ces femmes)
V.H
Je n’ai rien à ajouter. Nous ne parlons pas de la même chose.
…..
J’ai donc comme je le craignais mal choisi mes mots, visiblement.
Parce que, après relu attentivement ton post et tous les commentaires, puis le mien: si nous parlons de la même chose.
Ce “mieux” ici qu’ailleurs est d’ailleurs tellement réel qu’il fait partie des motivations de pas mal de femmes travaillant dans le secteur qui est le mien vois-tu, parce que cela permet de se sentir mieux si tu vois ce que je veux dire….
La possibilité même de discuter de ça, de cette manière, c’est … une chance.
Mais vu ta réaction, je pense que tu as peut être vécu mon commentaire exactement comme le contraire de ce qu’il était, une agression, alors (et puis après je me tais je n’écris plus rien promis) je te, je vous présente mes excuses.
Voilà.
Non ne t’inquiète pas, je n’ai pas mal pris ton commentaire et tu n’as aucune excuse à me formuler. Ce post a remué tu t’en doutes énormément de choses et concours de circonstances, je n’ai pas l’énergie pour me replonger dans cette discussion. Et là, c’est moi qui te présente mes excuses. Il y a quelques jours tu aurais eu droit à une réponse correcte.
Okidoki. :)
Je réveille un mort mais bon j’avais envie de dire ce que j’en pense. Je ne connaissais pas ton blog avant hier.
“Je n’ai jamais éprouvé de rage contre eux, deux gentils garçons.”
Pourtant le problème vient bien d’eux, ils sont à la racine du mal et on ne peut donc pas pardonner cet acte, même si ton sentiment est qu’ils sont gentils. Pour un parent, ce qui rend la chose difficile à vivre c’est justement cette compassion dont font preuves les victimes alors qu’eux trouvent l’acte absolument horrible. Du jour au lendemain, on est plus sur la même longueur d’onde et toutes les discussions n’y changeront rien. C’est ce qui rend la chose véritablement difficile à vivre.
C’est ce que raconte Natascha Kampusch dont le viol a été prolongé pendant plus de 8 ans et qui pense que la société veut l’enfermer dans une image dont elle ne veut pas car ça l’obligerait à vivre dans la haine d’autrui. Quelque part son discours est rassurant parce qu’on comprend très bien qu’elle est motivée par la paix et pas par des délires du style : “elle a du aimer ça si elle lui en veut pas”. A l’entendre (je ne l’ai pas lue), on comprend que sa victoire est justement de ne pas lui en vouloir bien qu’elle n’excuse pas son geste.
Je ne voudrais pas réactiver un sujet difficile, mais cette note et ses commentaires m’ont beaucoup touchée. J’ai trouvé des mots qui raisonnaient juste pour une fois.
En effet, ce n’est pas la culpabilité dont on présume systématiquement les victimes (“mais tu n’y es pour rien tu sais, ce n’est pas ta faute”) qui est la plus difficile à vivre, mais l’impression de ne pas être une victime, de ne pas avoir ASSEZ souffert pour justifier qu’on sache vraiment de quoi on parle.
Le fait de se refuser à soi-même ce statut de victime est plus blessant que ne pas l’obtenir par la justice.
Sept ans après les faits, je ne suis toujours pas convaincue d’avoir connu un viol, tout simplement parce qu’il ne correspond pas à l’image que la société nous en donne, à l’image trash d’une femme agressée qui se défend jusqu’à la mort, qui gît dans une cave et porte plainte si elle survit. Ok. Mais alors, si on ne s’est pas débattue, si on savait que c’était perdu d’avance et qu’on voulait juste que ça se termine vite, on doit se considérer comme consentante ? Si on est capable d’y survivre en s’appliquant juste à ne plus jamais se trouver dans le sillage de son agresseur, est-ce que ça signifie forcément que la souffrance est bénigne ?
Jusqu’ici je pensais que oui, et j’ai toujours eu l’impression d’en rajouter quand je me mettais à hurler et pleurer parce que tel mot, tel lieu, telle caresse, me ramenait en arrière, l’impression d’être une usurpatrice quand je me laisse parfois consoler.
La politique visant à réprimer de plus en plus sévèrement les agressions sexuelles, la prévention, les journées d’information, ne font que dramatiser un acte qui, du coup, touche principalement ceux qui n’en n’ont pas fait l’expérience. Personnellement, je ne me reconnais pas dans l’image du viol défendue par la société et la justice (celle d’un acte barbare contre lequel on doit se battre, alors que je ne me suis pas battu), et je n’ai même jamais envisagée de porter plainte.
Et contrairement à ce que je pouvais imaginer auparavant, ça me soulage de me dire que je peux être victime même si je ne ressemble pas aux martyrs qu’on nous donne en exemple. Le viol “discret” n’a en réalité aucune existence pour la plupart des gens.
En tout cas merci Vieux Felin pour avoir soulevé tout ça sans gants et sans détour.
Alors oui, oui et oui pour ce blog.
Mais pas trop d’accord avec le “on ne s’en remet jamais”. Si, on s’en remet, on se relève et dit “je t’emmerde”. Ne pas s’en remettre, c’est laisser finalement le violeur, le criminel continuer son crime ou son viol, continuez à vous faire, continuez à s’imisser dans votre crâne et votre chair. Je lui refuse cette honneur, je l’emmerde, je l’entartre, je lui dis NON.
le viol est une saloperie, l’idée que nous sommes là, offerte en buffet froid et que notre intimité volée puisse exciter quelqu’un me donne la nausée la gerbe, comme quelqu’un qui est excité par me mater sans que je le sache, quelqu’un de sournois et de con.
despentes a tout comprit : on va pas s’arrêter de vivre et de jouir parce qu’un connard l’a decidé. On va l’envoyer chier et c’est très bien comme ça.
Putain d’merde j’l'avais pas vu ce billet.
Je rejoins Guillaume Pascanet un peu plus haut.
Pour avoir passé 3 ans avec une femme violée, c’est pas simple (litote, quand tu nous tiens), mais en tant qu’homme je ne suis toujours pas sûr de saisir toute la portée de la chose, tous les dégâts que ça peut faire. Un peu comme quelqu’un qui verrait les dégâts d’une tornade sans jamais pouvoir approcher la pelleté de sentiments qu’ont éprouvé ceux qui y faisaient face.
Et on a beau mettre dans nos gestes tout l’amour, l’attention, l’affection qu’on veut, il y a toujours certains mots, certains gestes, certaines attitudes qui génèrent chez l’autre ce sentiment de quasi peur-panique, incompréhensible lorsqu’on ne sait pas.
Tout le monde ne réagit pas pareil, effectivement, mais après avoir fréquenté et “mis le nez” là dedans, ça laisse tout de même de traces.
C’est par exemple de ces 3 ans que je tire mon attitude de ne jamais inciter à quoique ce soit, que je propose toujours, certes, mais avec beaucoup d’amour et d’affection, sans insister sans brusquer.
Ce n’est pas tant de la compassion que la peur d’être comme ces hommes (que je me refuse à dénigrer comme étant des “barbares” ou des “connards”, non, ce sont des hommes, comme tous les autres, comme moi) qu’on a tant haïs pour ce qu’ils ont fait à celle (ou celui, car le viol d’homme existe aussi) qu’on aime.
Tout ça pour en arriver au fait que heu… Bah je sais plus, je me suis un peu perdu dans mon commentaire… ^_^’
Ne lâchez rien ! Heu non c’est pas ça…
Une des faces très sombre du viol vient aussi du fait que dans la majeure partie des cas nous connaissons le violeur. J’ai dans mon entourage (lointain certes mais il est là quand même ) un homme qui me fait peur, par ces regards, ces gestes, ces paroles…
Je ne l’ai pas vu depuis 2 ans (j’ai actuellement 19 ans) mais je me souviens très bien de sa dernière visite, de sa main sur ma cuisse lors d’un repas, de mes parents à cette même table, de son fils et de son ex-femme. je n’ai jamais rien dit, à personne, à peine évoquée le sujet avec ma sœur plus jeune de 2ans en lui conseillant de se méfier de cette personne.
Elle m’a dit qu’elle s’en méfiait elle aussi, de drôles de mots, des embrassades un peu trop fortes mais rien de plus.
Aucune de nous deux n’a envisagée d’en parler a nos parents, juste parce que, ben c’est RIEN quoi, RIEN DU TOUT, beaucoup on eu beaucoup beaucoup plus grave.
Alors putain, pourquoi ça m’a empêcher de dormir pendant une semaine après ça, pourquoi je flippe chaque fois que ma mère l’a au téléphone à l’idée qu’elle m’annonce qu’il va passer quelque jours chez nous et surtout pourquoi j’en ai pas parler à mes parents, ça suffirait à ce que je ne le revoie plus jamais…
Parce que sa foutrait le bordel et que des femmes se sont remis de bien pire que ça alors je ne me sens pas autorisée a foutre le bordel pour une main égarée et des paroles fort douteuse.
Ce n’est pas avec ce genre de réactions que l’on trouvera des solutions j’en ai conscience mais je n’en est pas trouvée d’autre…
Parce ce que si un jour il lui prend l’idée de recommencer ou même d’aller plus loin ( très mauvaise idée parce que je ne resterai plus paralysée sur ma chaise comme une conne ) je ne pourrai certainement pas dire que je ne me méfiais pas de cet homme ( et pourquoi tu ne nous as rien dit ? on aurait pu t’aider, ne plus le revoir blablabla) mais en même temps c’est peut-être un homme un peu trop tactiles avec les femmes qui ne fera jamais rien de plus, où une mise au point entre 4 yeux aurait suffit; et dont j’aurai complètement couper les ponts avec sa cousine et une partie de sa famille.
Je ne sais pas si mon témoignage apporte quelque chose mais c’est la 1ere fois que j’en parle et je pose la question de ce qu’il faut faire quand un homme nous fait peur mais qu’on en à pas assez pour ouvrir sa gueule.
Un truc, lu dans les commentaires.
Le non timide et conjugal, que tu prononce un soir, alors que tu es la fille qui dit toujours oui et qui en redemandes. Le non qui ne sera pas pris en considération.
Beh oui. ça arrive. Merde.
Le terme “viol” est dérivé du terme “violence”. Une violence est un mal, que l’on subit. L’on subit une violence, lorsque l’on se retrouve dans un rapport, physique ( la violence du choc ), relationnel ( la violence verbale ), émotionnel ( la violence morale ), n’ayant fait l’objet d’aucun consentement. Le mal réside dans l’absence de consentement, et non dans la conséquence de l’acte violent, car l’on peut consentir à des actes considérés désagréables ( les sports, les pratiques sado-masochistes ).
Ainsi, la violence est un phénomène indépendant du contexte physique et social dans lequel elle se réalise. En tant que le viol est une espèce particulière de violence, il en va de même.
Par conséquent, l’on peut-être violé aussi bien dans une impasse que dans le lit conjugual, on peut être aussi bien( humoir noir) violée par un inconnu que par son conjoint. C’est dans l’absence de consentement que se constate l’existence du viol. L’absence de consentement en est le critère, l’appréciation des conséquences de l’acte n’en est pas un.
La question serait donc : En l’espèce, il y a t-il ou n’y a t il pas eu consentement ?
Mais cela pose problème : Peut-on dissocier consentement à un acte et appréciation des conséquences de cet acte ? Plus concrètement : Peut-on vouloir ce que l’on juge mauvais ?
Certes, nos jugements ne se calquent pas nécessairement sur le jugement de la communauté. L’on peut juger comme mauvais ce que d’autres jugent comme bon, et inversement.
C’est en distinguant jugement subjectif et jugement social que l’on peut admettre cet apparente discordance.
Cependant, malgré sa restriction, ce problème se repose.
Peut-je ne pas consentir à ce que je juge bon ? La réponse est évidemment négative. Si je ne veux pas quelque chose, c’est parce que, pour une raison ou pour une autre, indépendamment des bons aspects que je peux reconnaitre dans tel objet, je considère qu’un aspect, s’en distingue particulièrement de par son vice, au point de justifier le refus de cet objet, en dépit de ces bons cotés.
Donc, on ne peut pas ne pas vouloir ce que l’on juge bon.
Le jugement précède donc le choix. Mais l’on ne peut juger ce que l’on ne connait pas, le jugement ne précède donc jamais l’expérience. Dans la mesure ou l’on ne peut prévoir les expériences futures, le jugement d’un objet présent ou futur se fonde sur le souvenir d’objets passés similaires ou équivalents. Mais, en toute rigueur, l’expérience passés ne conditionne en rien le jugement de l’expérience présente, il l’oriente.Ou plutôt, l’expérience d’un fait plus ancien qu’un autre, si elle sert de guide dans le jugement de ce dernier, elle n’interdit en rien de lui attribuer un jugement qui lui est propre. Donc : un expérience nouvelle peut toujours remettre en doute le jugement fondé sur des expériences passés. Plutôt que de considérer que le jugement est un, flou, et mouvant, l’on pourrait distinguer entre préjugé et jugement. Le préjugé permet, sur le fondement des expériences passées, de nous guider dans le choix des expériences futures, mais le jugement de l’expérience future ne se forme qu’une fois celle-ci expérimentée.
Dès lors : l’expérience précède le jugement. Or, puisque le jugement précède le choix et que l’expérience précède le jugement, l’expérience précède le choix.
Les implications sont dramatiques :
Si l’on veut fonder le choix, c’est à dire le consentement, sur le préjugé, alors :
- la négation du refus préalable à l’expérience est toujours un viol ( ex : une femme violée par un inconnu )
MAIS
- la négation du refus postérieur à l’expérience n’est jamais un viol ( ex : une épouse ne peut jamais être violée par son mari )
Si l’on veut fonder le choix sur le jugement postérieur à l’expérience, alors
- la négation du refus précédant l’expérience n’est pas u n viol : il faut attendre de l’avoir consommé ( ex : tu vas voir, parfaite inconnue, ça va te plaire )
- la négation du refus antérieur à l’expérience est un viol ( ex : une épouse peut-être violée par son mari ).
Ainsi, l’adoption de la première conception du choix ou de la seconde ne permet pas de couvrir l’ensemble du prisme du viol, dans la mesure ou ces deux conceptions paraissent inconciliables.
Si l’on fonde le choix sur le préjugé, on passe sous silence, on ne reconnait pas, on nie les viols les plus pervers, les plus silencieux, ceux que l’on cache dans l’ombre de la vie privée. On nie les viols ressentis comme tels par des épouses, et autres. Solution inacceptable et néanmoins pratiquée. A moins que l’on ose parler de responsabilité.
Si l’on fonde le choix sur le jugement, on s’empêche de reconnaitre l’évidence, on nie les viols les plus explicites, les viols anonymes, perpétrés par un inconnu sur une femme inconnue.
Une solution ?
Réponse à Esther…
Certes il n’est pas question de viol au sens légal du terme, aucun crime n’a été commis.
N’empêche… Les barrières sont minces. C’est clair qu’il ne te respecte pas en faisant ça.
Ok, il a un statut social, une (ex?) femme, un fils, ca lui donne un air respectable. N’empêche que ce manque de respect qu’il a eu envers toi c’est une forme de viol. Jamais il ne se vantera de cette main sur ta cuisse, ca n’est pas “autorisé” dans nos codes sociaux de faire ça, c’est donc que quelque part il n’arrive pas à réfréner ses pulsions sexuelles.
Si c’était une forme de drague où il te respectait vraiment, il trouverait des procédés plus fins et attendrait une forme de réponse pour ce genre de proximité.
Là il profite de la situation, de sa force de mâle.
Il est clairement allé trop loin.
A mon sens, si tes parents te font confiance et vice versa, si tu leur parles de cette histoire, ils doivent te soutenir, te croire, faire en sorte de ne plus cottoyer cet homme, voire carrément lui en parler.
Mais peut-être que même ta mère a eu affaire à lui ?
Je ne sais pas si il est possible de faire une main courante chez les flics pour ce genre de chose…?
Et puis, il faut que tu sois claire avec toi-même pour que tu puisses assumer complètement la situation que tu veux/vas provoquer : cet acte te déplait complètement ou bien est-ce qu’il y a quelque chose d’excitant à être attirante pour un homme plus âgé, etc.
(je n’en sais rien, j’essaie juste de voir des pistes pour, encore une fois, que tu sois claire avec toi-même).
Quand j’étais ado il y avait un mec comme ca dans le bus qui se collait contre les filles, je n’y ai pas coupé, mais la première fois j’avais trop honte, j’ai rien dit, la seconde fois c’est après 20 mn de trajet, juste avant de descendre que je lui ai gueulé dessus pour qu’il se pousse, il y avait grave de la place derrière lui.
C’était rien, effectivement, simplement il me collait et il me soufflait dans la nuque. C’était rien sauf que je ne pouvais pas penser à autre chose, qu’il m’a fait chialer et me cacher devant tout le monde parce que que ca me foutait la gerbe, la honte. Les fois d’après je l’ai envoyé chié (il me reconnaissait pas, ce con, tellement il se faisait de bus).
Je ne suis pas une tartine
Et puis, peut être qu’en faisant un petit scandale ca le remettra à sa place d’une part mais surtout ca fera ressortir un vieux dragon que tout le monde fait semblant de ne pas voir… (à commencer par son ex femme peut-être ?)
Oui, parce que ca se soigne se genre de trouble.
C’est claire qu’il y a de la pathologie dans ce genre de pratique.
Tout le monde peut avoir envie de sensations fortes mais putain de bordel de merde, avec le consentement de l’autre !
Hallucinant qu’on en soit encore là, que toutes les révolutions intellectuelles, féministes, libertaires, égalitaristes… soient sapées et détournées par des pubs de femmes à poil, et autres barbie dolls, que nos mères ne nous aient pas parlé de ce que c’est l’amour et le sexe, qu’elles ne nous aient pas dit qu’on peut dire non, même à un homme qu’on aime …
Je digresse…
Esther, ce qui s’est passé, ce n’est pas toi qui l’a cherché. Mais quelles sont les portes que tu laisses ouvertes ? à toi de faire ton choix…
Lui n’aurait pas dû faire ça, c’est ultra clair.
J’aurais tendance à dire que tant que tu ne diras rien, c’est en quelque sorte le signe que tu ne t’écoutes pas, et que du coup tu lui laisses (à lui ou un autre) la possibilité de t’abuser à nouveau.
Et d’ailleurs (mais là c’est un autre débat) c’est ce que j’attends de cette campagne contre le viol : que des fonds soient débloqués, qu’une vraie politique soit mise en place pour le traitement des violeurs, éviter qu’ils aient ensuite le titre de “récidiviste”.
Mais que de l’argent soit donné pour soigner (et non emprisonner) des hommes en grande souffrance, on est en 2010 en France, on peut toujours rêver.
Mesdames, apprenez l’aïkido.
Je ne rigole pas.
Ping : Contre le Viol: ceux qu’on entend jamais « Le blog avec des vrais trous de balles dedans.
@esther
parles-en! force toi
A Esther, encore :
Tu ne peux pas laisser les choses comme elles sont. Si cet homme décide un jour d’aller plus loin, si tu continues à souffrir à cause de ce qu’il a déjà fait et de ce qu’il pourrait faire, alors il faut agir. Quand il sera passé à l’acte, avec ta sœur ou toi-même, ce sera déjà trop tard.
Pourquoi ne pas t’entendre avec ta sœur et avoir une discussion avec ta mère, avec ton père aussi éventuellement ? Ca peut faire très peur de parler, de prononcer des mots, mais si tu ne parviens plus à trouver le sommeil en pensant à ça, si ce mec t’obsède autant qu’il te dégoûte et te terrifie, il faut faire quelque chose !
Je crois que tu as assez souffert.
je viens de découvrir ce blog via Zone ZéroGène et le moins qu’on puisse dire c’est que je suis tombée sur un article qui frappe. J’aime. vraiment.
De mon expérience personnelle (un peu particulière j’en conviens) je note une chose:
J’avais 6 ou 7 ans et je me suis fait agressée à l’école par deux gamin de 10 ans si je me souviens bien. J’ai pas été violée. J’ai été touchée. Entrainée dans un angle de la cours ou personne ne nous verrait, ne les verrait, maintenue et touchée de force. Partout.
J’ai pas eu honte et je ne me suis pas tue. Dès que j’ai pu me dégager d’eux, j’ai courru vers ma professeur. Bon elle m’a envoyé bouler sans m’écouter mais c’est une autre longue histoire. Mais je me suis pas laisser faire, j’ai juste attendu le soir de pouvoir en parler à mes parents qui ont tout de suite réagit.
Je ne me suis jamais comporter comme une victime, ni considéré comme n’étant que ça. J’en ai toujours parlé autour de moi et je n’ai jamais hésiter à témoigner.
Ce qui est désespérant là dedans c’est que de ne pas me comporter comme une victime a minimisé l’acte aux yeux de certains. Jusqu’à remettre en doute ma parole comme si le fait que je ne soit pas détruite parce qui m’est arrivé mettait en doute le fait que ça soit arrivé. Ou mieux, on oublie, on se dit que je suis si forte que ça n’a pas eu d’impacte sur moi. J’ai pas envie de relancer le débat avec les gens qui pense ainsi parce qu’effectivement je ne suis pas “qu’une” victime mais ça fait quand même mal, parfois. Je ne sais pas trop quoi penser de ça, sinon qu’on a encore un long chemin à faire pour éduquer les esprits. On est pas QUE des victimes, mais on en est aussi.
Désolée, c’est pas un commentaire qui fait vraiment avancer le schmilblick mais ça fait du bien de le dire quelque part, au moins une fois.
Merci d’avoir craché ce que tu avais de fielleux sur le cœur, Manoë, ça libère toujours ! On ne peut pas vraiment faire avancer le schmilblick à ce sujet, mais au moins on peut réaliser que si on est indéniablement des victimes, ce qui est vraiment destructeur c’est de ne se limiter qu’à ce statut-là. Alors qu’en fait, on est tellement plus ^^