photo(36)

J’ai retrouvé ma dernière bouteille de scotch mercredi, pleine de poussière planquée tout au fond du bar de la cuisine, l’étiquette bleue marine déchiquetée au bas. La dernière fois que j’avais vu cette bouteille presque vide, c’était dans le camion de Pute, qui me l’avait confisquée après que je lui ai donné ma planque – parce qu’une piche qui se respecte a toujours un stach de malade mental  [la mienne était à l’intérieur d’une petite table basse à tiroir qui portait la télévision, tiroir qui, une fois retiré, offrait un recoin parfait sur l’avant du meuble] – ayant pris ma 3ème décision d’arrêter de boire. Après une race de trop ; j’avais jeté toutes les bouteilles vides de l’appart, sortis tous les cadavres et puis je lui avais montré ma planque.

-          C’était là, tu vois. .

-          On t’a ramassée chez les gitans, toi, c’est pas possible

-          Et puis, derrière les Harrap’s, les Bescherelle et le Larousse, bah tu trouveras peut-être un pack de Kriek et de la Zuzu.

-          Derrière où ? Bah ça va, on s’emmerde pas sur le whisky… Je prends,  pour Jorge et moi.

-          Du Robert Burns à ton homme de pied ?  Mais t’as vu la Vierge. Personne n’en boit.

-          Allez, fais pas ta pute !

-          Tu te touches, ok, tu te  t o u c h e s. C’est sacré, bordel.

-          M’en fous je prends le reste, et c’est toi qui va jeter tous tes cadavres au tri sur le parvis de la mairie EN FACE DE LA COLLEGIALE. Affronte la vindicte populaire, femme alcoolique.

-          J’en ai rien à branler de la vindicte c’est juste que j’ai plus de masse musculaire et qu’il y a 54kg de verre à porter. Tu savais que l’alcool faisait fondre tous les muscles ? Mes fesses, look… je flotte dedans…

-          Tout le monde te jugera… Je pourrais même te jeter des œufs par le balcon. Le container est pas loin, je suis sûr je peux t’atteindre.

-          Dieu seul me juge. Et on n’a pas d’œufs. Bon, tu m’aides ?

-          Plutôt crever que de m’afficher avec ton walk of shame, prends le diable.

J’ai pris le diable pour tracter les 54 kg de verre jusqu’au container, en pensant à la chaleur et au toxique goût de bonbon ambré d’un scotch & soda, j’ai fait promettre à Pute de prendre soin de Robert Burns et comme ça, j’ai oublié son existence.

Et le retrouver là – alors que je suis seule et que Pute est parti pour cinq jours, alors que je suis vulnérable et faible, tellement faible face à moi-même, c’était mieux que le billet de 20 dans un vieux futal, mieux que le paquet de feuilles dans le carnet de santé quand justement t’es en dèche de feuilles et que les myorelaxants dans la boîte à couture. C’était comme  un(e) ex avec lequel ça ce serait particulièrement mal fini mais avec lequel/laquelle t’aurais malgré tout ad vitam aeternam envie de baiser. Je suis devenue comme qui dirait humide.

Non pas que j’ai ressenti le besoin d’en liquider jusqu’à la dernière goutte. Quand j’ai arrêté de boire, je ne concevais pas ma vie sans alcool. Je ne pouvais pas imaginer une vie sans bière, sans whisky et sans vodka. Une vie sans Pineau des Charentes. No way. Le truc quand t’es alcoolique au dernier degré, c’est que ta vie c’est de la merde. À toutes les piches qui me lisent. Sans alcool, je me suis vite sentie beaucoup mieux.

Donc j’avais aucune envie de la boire cette bouteille, non, j’avais envie de me la faire.

photo(37)

Une irrépressible envie de lui faire l’amour si tu préfères.

Je peux utiliser des objets variés pour arriver à mes fins, mes godes portent les avatars d’anciennes ou d’actuelles accointances de blog mais pour autant, j’ai jamais envie de mon gode.  J’ai juste envie de me faire baiser et il s’avère que le gode est – coïncidence ? –  un objet conçu pour se passer d’un sexe masculin dur et consentant. Pour le désir, je convoque qui je veux.

Il fallait que je réfléchisse un moment. J’éprouve un désir sexuel tout ce qu’il y a de plus concret pour un objet et quelque chose me dit que c’est mal, que c’est vraiment mal, que je suis vraiment sale, et vilaine mais je stoppe ce raisonnement qui commence à m’exciter.

C’est pas tant la bouteille que l’ivresse que je voudrais voir entre mes jambes et ça c’est le bon raisonnement à avoir. Dédramatisons. C’est les possibles qu’elle évoque qui me font trembler les genoux. C’est les plans que j’ai pour cette bouteille et les deux gros verres qu’elle contient, ceux que je m’enfilerai pour un achèvement majeur professionnel ou plus vraisemblablement avant de mourir, qui m’excitent au point de vouloir me la coller entre les cuisses. Ou au contraire, ce serait au sens littéral baiser l’addiction, la dépendance, la vie de merde, ce serait une célébration de la vie, comme baiser après ou pendant un enterrement.

Je relativise et me psychanalyse comme ça un petit moment, jusqu’à ne plus du tout penser à baiser mais à classer les chaussettes de Pute par couleur : du sale au propre.

Combien de temps je vais tenir avant de me changer en monstre ? Et serai-je capable de la regarder dans les yeux le lendemain matin? Ou vais-je la jeter, effacer toute trace de ce qu’il s’est passé ? Est-ce que j’ai les couilles pour baiser avec l’alcool ?

Quelle chose étrange que le désir…
Je me donne 24 heures.

About these ads