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Au lendemain de l’adoption du Mariage pour tous et à l’aube de cette saloperie de Saint-Valentin, je me mets à penser à mon couple, au mariage et à ce qu’il représente pour moi et pour Pute, qui te dirait si c’était lui qui tenait le clavier un truc du genre : « c’est très bien d’avoir le droit mais ça doit en AUCUN CAS signifier faire l’erreur. Personne t’interdit de mettre fin à tes jours, c’est pas pour autant complètement con de le faire. »

EN GROS.

L’avis de mon mec sur le sujet.

Pourtant, je pensais qu’on allait se marier, pendant un moment.

Par exemple, un jour, on a eu le malheur de passer devant une joaillerie en liquidation totale.
C’était deux jours avant que je mette bas à Culculine et moi d’aviser dans la seconde une bagouze toute de diamants vêtue, je lui ai dit « tu te rends compte ! Tu vas économiser 600€ ! », il a dit « c’est mignon quand tu dream ALONE », j’ai insisté en me pendant à son col : « Une occasion pareille c’est un investissement sur l’avenir. Fais pas ta pute, c’est moins cher qu’une Mauboussin et de toutes façons TU M’AIMES PAS, JE SUIS GROSSE, JE SUIS CONNE, JE SUIS MOCHE, je vais les élever toute seule, toi tu peux te barrer quand tu veux, je pourrais rien faire légalement pour te pourrir la vie et je l’aurais dans le CUL alors tu achètes cette putain de bague et tu m’épouses sinon je perds les eaux et je te ponds un mort-né. »

Il a acheté la bague pour pas me contredire.

Aujourd’hui, ma petite Culculine a trois ans, elle commence à parler anglais et je ne suis toujours pas en possession de la dite-bagouze :

Pourquoi?

Parce qu’il n’a pas encore vraiment décidé à qui l’offrir.

J’ai renoncé à me marier, tu remarqueras.
Je suis pas sûre qu’il soit encore communément possible pour les gens de vivre une vie entière ensemble. Et dix ans ensemble, c’est déjà comme une vie. On peut dire que, pour des raisons ceci dit très différentes, on est plutôt ok avec le fait de pas s’impliquer d’avantage dans notre relation – deux mômes quand même – et de se laisser ainsi la liberté « d’explorer d’autres options », qui est la gentille façon de présenter les choses. La version non édulcorée parlerait de la conscience, prégnante, que rester ensemble avec les dossiers qu’on se tape c’est comme l’Euromillion, y’a pratiquement que chez les portugais qui font ça en famille que ça marche.

Aussi, pour augmenter mes chances de remporter la bague avant la possibilité qu’on arrête de s’aimer définitivement, je me suis mise à vouloir fêter des trucs de ouf comme notre anniversaire ou la Saint-Valentin. Quand je mentionne notre anniversaire, Pute me rit au nez:

- Tu veux dire ce soit disant one shot où tu m’as fait des trucs avec ton collier de perles?
- Bah ouais.
- Tu veux dire ce jour que je t’ai rappelé nos trois premières années et dont tu ne te souviendrais toujours pas aujourd’hui si t’avais pas fini par dessaouler entre-temps?
- Exactement. Celui-là même. 15 décembre 20…03? 2004! 2004?
- …
- 2003!
- Tu te fous de ma gueule?
- Mais enfin, je t’aime encore… Je veux te le montrer.
- T’auras pas la bague.
- Tu fais chier, putain!!!

Bien sûr, je m’assieds aussi souvent sur la Saint-Valentin. Parce que tu comprends, c’est une fête commerciale.

J’ai ré attaqué le sujet "fêtons l’amour qu’on se porte tant qu’il existe" parce que je lâche rarement l’affaire quand j’ai une idée en tête.

- Dis, Pute…
- No way pour la Saint-Valentin.
- Je sais, putain! J’ai trouvé un truc qu’on pourrait dignement fêter. Tenir bon. Je veux dire… on sait tous les deux que ça n’est qu’une question de temps et qu’on a pas mal de chances de finir par plus pouvoir se blairer. Alors le 13 février, on fêterait la Saint-Jourdain, c’était ça ou Béatrice. Le 13 février de chaque année, on célèbre le fait d’être encore en couple malgré la vie qu’on mène et on s ‘engage pour une nouvelle année ensemble.
- Je vois pas bien l’intérêt.
- Un genre d’assurance. Et si on avait envie de rompre en cours d’année, on ne pourrait le faire que le 14 février de l’année suivante, soit le jour idéal pour larguer quelqu’un.
- Mouais …
- Faudrait faire un truc spécial ce jour-là. Le genre de truc un peu fun qu’on ferait spécialement pour célébrer le fait de tenir bon, des trucs vrais quoi, la solidarité.
- Sexuellement tu veux dire?
- Bah ouais.
- Genre je t’…
- Keep dreamin’
- Bon bah quoi alors? Suce-et-lèche?
- Trop classique, nan. Je veux un truc engagé… Je sais pas… la manchette batave?
- What?
- Tu sais, dans ce film, Zack and Miri make a porno ?
- Il était nul, ce film.
- Il était génial, ce film.
- Non, objectivement, c’était de la merde.
- Objectivement, si y’a de la merde quelque part, c’est dans tes yeux.
- La manchette batave, donc?
- Ouais, quand le partenaire se masturbe par le fait que tu actionnes son bras, comme un piston. Tu vois? Tu ne touches pas le sexe, tu actionnes le bras qui touche le sexe. Voilà…
- Ah ouais, maintenant que tu me le dis…
- C’est un beau geste d’entraide.
- Est-ce que tu fais ça pour avoir la bague?
- Non. Si je voulais VRAIMENT la bague, je me serais barrée avec elle, sans les mômes.
- Parce que mettons que je finisse par te l’offrir, cette foutue bague…
- Ouais…
- On pourrait faire comme une carte de fidélité. je te mets un p’tit coup de tampon à chaque passage et quand t’en as dix c’est cadeau?
- Vingt ans pour des diam’s? T’es mon mec, t’es un vendeur de kebab, t’es sorti de prison y’a pas longtemps, t’es quoi au juste?
- C’est Madame extension de garantie qui me dit ça? Je suis ton mec.
- Amen.
- …
- Je savais que ça te plairait…
- La… Manchette… Batave…
- Quand je te dis que c’était génial, ce film.
- Manchette, putain.
- Bonne Saint-Jourdain.

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