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Voilà, j’ai pas écrit depuis longtemps et du coup je me sens un peu maladroite des idées. Comme du genre à écrire des bullshits plus grosses que moi mais ça, c’est parce que j’ai vécu la VRAIE page blanche, celle qui s’assied chaque matin en même temps que toi au bureau. Et rien n’y faisait, malgré mon acharnement, aucune phrase formulée n’échappait à la touche DEL. Cinquante-huit jours sans écrire malgré des trucs un tantinet hallucinants comme mon week-end dans un petit gîte sympa à deux pas d’Outreau dont je suis revenue partiellement maniaque du ménage.
Ma psy me dit que ce blocage a sans doute un rapport avec le fait d’avoir passé les deux dernières années à pleurer sur mon trou du cul et les deux derniers mois à agoniser devant des séries télé.

- Pensez-y pour la prochaine séance, hein, c’est important. Mais c’est bien, vous avez pris conscience de votre compulsion de répétition, c’est vachement bien ! C’EST UNE BONNE FILLE ça c’est du bon miam-miam.
– Qu’est-ce qui vous prend, d’un coup, de me parler comme à une débile ?
– C’est pas vous qui disiez ça, du bon miam-miam?
– Non.
– Ah mais oui, je me suis gourée de fiche. Au temps pour moi.
– Dites, la dernière fois qu’on s’est vues y’a deux ans, vous étiez pas psychothérapeute?
– C’est exact.
– Et là donc, le fantôme de Freud vous est passé dessus et pouf-pouf psychanalyste?
– Haha. Non, il fallait avoir cinq ans de pratique pour pouvoir écrire psychothérapeute sur sa plaque. Et je les avais pas. Et je suis jungienne, je précise.
– Ça craint…
– Bof de toutes façons, c’est un terme qui faisait un peu peur. N’importe qui pouvait se dire psychothérapeute, en réalité.
– Mais justement je voulais faire une thérapie, moi, pas une analyse. J’assumerai pas d’avoir une analyste, non, hin hin, no possible.
– Vous connaissez la différence ?
– Non mais je suis sûre qu’il y en a une et que je vais la trouver sur Wikipedia.
– Voilà bah cherchez pour la prochaine fois. Ça et la compulsion de répétition, faut VRAIMENT y réfléchir.
– D’ac. Au fait, c’est délicat, vous me faites toujours -50 % ?
– Ben ouais.
– Cool, merci.
– Ouais je sais.

La page blanche donc, terrible, terrible putain de page blanche. C’est là que j’ai pris la pleine conscience du crucial de l’écriture pour canaliser mes émotions, qui s’accumulaient en toxines, en vrai poison. Deux mois passés la bouche ouverte devant The Walking Dead [attention spoil] à répéter en boucle « look pretty much dead already » avec la voix de Shane, ce touchant psychopathe misogyne qui a TOUJOURS le mauvais rôle mais qui n’a pas peur de prendre des décisions difficiles, qui vit de gros dilemmes comme oui ou non trucider son meilleur ami Rick avec what the fuck lui tombe sous la main car  pendant que Rick était dans le coma, Shane a quand même vachement sympathisé avec la femme de Rick, vu que c’est comme qui dirait passé crème avec le vagin de la sus nommée,  fin du Monde, J+3.

Deux mois.
Pendant ce temps tu pouvais crever, j’en avais strictement rien à foutre. (Toutes mes pensées vont à cet instant précis aux familles de Gérald Babin, de Thierry Costa… et de Moundir, de façon générale)

Si j’étais half full glass kind of girl je te dirais que ce marasme moral a eu l’heur de resserrer les liens avec ma belle-mère mais je vais me contenter de te dire qu’on s’est vues souvent. Ma belle-mère adore les faits-divers et les gens qui ne vont pas bien lui inspirent toujours une compassion d’apprentie Soeur Emmanuelle, du coup, le seul moment de l’année où elle arrive à me blairer, c’est quand je suis dépressive et prostrée au dernier degré.

Anybref elle vient souvent s’assurer que je vais bien, comme tout-à-l’heure, à l’improviste. Et accompagnée. Si j’ouvre pas la porte dans les trois secondes qui suivent, elle a convenu d’appeler les pompiers.

- T’en as mis, un temps, bordel !
– Kikou, ça va bien? C’est moi ou il est nouveau, ce débile ?
– Ouais, bien observé. Je te présente Gonzales, t’inquiète pas il a le niveau grande section de maternelle.

- HEIN?

- Les enfants, venez dire bonjour à Gonzales.
– Sans déconner? Gonzales, c’est son prénom?
– Bah c’est pas moi qui choisis.
– Ses parents non plus, à ce stade.
– Tu veux que je te prenne les enfants cet après-midi ?
– Ah oui, volontiers, merci. Café?
– Ouais.
– Et Gonzales, qu’est-ce qu’il a?
– Bercé trop près du mur. Bébé secoué, père alcoolique, comme d’hab´. Cas facile. Tu croiras jamais ce que je viens d’apprendre. J’ai vu ma copine, là, celle qu’est foyer d’accueil aussi, 80 piges la pauvre…
– Les mômes ? Allez dans vos chambres, Mamie va raconter des horreurs.
– Oh, l’aut´tout de suite…
– HUM.
– Non mais Maman a raison, allez dans la chambre quand même.
– Ah.
– Et ben elle avait adopté une gamine de seize ans dont elle s’occupait. J’y avais dit que c’était une connerie de conne de faire entrer une gamine de 16 ans sous le toit de son mari; tu donnes une poule à un renard, OBLIGÉ, il lui bouffe la chatte. Bah EXACTEMENT COMME JE L’AVAIS PRÉDIS, la fille, elle s’est barrée avec son mari.
– Comme ce fils de pute de Woody Allen…
– Ouais et donc je la croise en réunion et j’y demande comment vont les  jumelles de sa fille adoptive et de son ex-mari.
– Normal. Vous vivez dans Festen. C’est absolument normal jusqu’ici.
– Et là, elle me dit qu’elles sont mortes à trois mois tellement leur mère les a secouées… Tu rends compte?
– …
– C’est triste, hein? Dis, t’as repensé à mon idée d’écrivain publique pour écrire les mémoires des vieux?
– Quoi?!? Non! Mais j’y crois pas, comment des histoires pareilles peuvent arriver à vos collègues?!? Elle est où, cette fille, en taule? C’est des conneries, c’est pas possible.
– Même pas, personne n’en veut, ya pas les structures pour accueillir les gens comme ça alors leurs bébés? Ils font passer ça pour une mort subite et ils font pas d’autopsie. Il travaille où aujourd’hui, ton Jules?
– N’importe quoi… Il est avec Moktar à Verneuil.
– Lui aussi il a des enfants handicapés…
– Je sais.
– Et il dépense tout son argent dans les jeux de grattage.
– Je sais.
– Et il engraine ton Jules en plus, j’aime pas ça…
– Il a trente-quatre ans, votre fils… je crois qu’il peut gérer trois Solitaire et cinq Banco.
– Quand sa femme elle était enceinte la dernière fois, elle lui a demandé si ils devaient le garder, il a dit « Je m’en fous ». Du coup, elle l’a gardé, BAM, châtiment, deuxième handicapé.
– Merci. Vous venez me de remonter le moral.
– Et lui, il continue de gratter et de foutre toute sa thune là-dedans au lieu d’aider sa famille. À gratter. Comme un con.
– Dites qu’il est turc au lieu de mitonner les faits à votre sauce, on économisera vingt minutes de débat pour moi et un grand moment de solitude pour vous.

Vingt minutes et un grand moment de solitude plus tard,  ma belle-mère était partie et je me retrouvais seule, en tête à tête avec toutes les horreurs que je venais d’entendre.

En panne de rêve, j’ai choisi de dormir jusqu’à ce que Pute rentre et dise un truc vraiment pas banal:

- Je peux aller sur Internet ?
– WHAT ?
– Ouais, je dois vérifier un truc.
– Tu vas jamais sur Internet, tu connais même pas Youporn.
– T’occupes-toi de tes oignons et fais-moi pas foutre.
– Qu’est-ce qui se passe, putain? Tu me fais peur quand tu jures comme ta mère.
– J’ai eu les trois bourses.
– Putain les enfants, Papa fait un AVC. Les trois bourses? De quoi tu parles?
– Ouais les trois télés putain, LES TROIS TÉLÉS, LE MILLIONNAIRE.
– SHUT THE FUCK UP ?!?
– Look.
– Oh sa mère la catin cloutée.
– Calme-toi, putain, tout le monde SE CALME. Les gains c’est toujours 100€, jamais 1 000 000€.
– Ouais t’as raison.
– Moktar, il en a déjà eu trois fois en une journée et je le paie toujours beaucoup plus que je le devrais.
– Ouais, ouais. Qu’est-ce que tu branles, malheureux? MAIS NON LE CAPCHA C’EST MAJUSCULE ET MINUSCULE, BORDEL, LAISSE-MOI FAIRE.
– Oh, ta gueule.
– Prêt?
– Prêt.
– Ça marche pas, C’EST QUOI CETTE CONNERIE?

On a essayé douze fois en maudissant la majorité de nos aïeux respectifs et chaque fois, le site annonçait une erreur de saisie parfaitement imaginaire. On verra ça demain, il a dit, parie combien que le buraliste a pas encore validé le carnet.

Comme quoi je disais quand même quelques pelletées de conneries sur la mort des rêves vu ma promptitude à m’enflammer sur ce ticket, mais en vérité ça m’a débloquée de les dire.

À croire que c’est con comme ça dans la tête des filles qui rêvent plus et qui n’écrivent pas.

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