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Si tu veux faire un bon festival – selon moi et partant du postulat que tu veux mon avis – il faut 4 éléments : ton/ta meilleur(e) ami(e), des vêtements et chaussures appropriés, à boire et puis accessoirement ton idole en tête d’affiche pour motiver le fait de te taper 800 bornes pour 1h10 de transe. C’est le cinquième élément.

Jeudi soir, vers dix-huit heures, j’étais à Saint-Malo à attendre l’ouverture de l’édition 2013 de la Route du Rock sous un soleil de plomb, constatant avec un effroi non dissimulé que mes Doc sandales jaunes une demi-taille trop petites, c’était quand même tout sauf un choix avisé en matière de grolles.

Jeudi soir, vers dix-huit heures, j’étais en train de pester, comme la plupart du temps.

D’abord because comme précédemment suggéré, j’avais déjà une ampoule de TARBA sur le talon droit et ensuite parce qu’Aurélie et moi sommes visiblement les seules à être passées à côté des gars du Mouv’ sans les voir, attendu que nous sommes noyées sous une marée de paires de lunettes de soleil aux couleurs de la station de radio. Tertio à cause de la jeune fille devant moi, qui croit que Le Vent Nous Portera est un grand tube d’Indochine. Son père la corrige avec un embarras manifeste, son grand frère émet un petit rire méprisant, tout va bien. Si ce n’est cette putain d’ampoule qui a fait fondre mon dernier pansement en 4,28 minutes et qui me donne désormais la démarche de Forest Gump petit, on passe un bon moment.

Ça doit faire maintenant une bonne grosse demi heure qu’on attend en rangs soudés, ils ouvrent enfin et on découvre les deux scènes et les fosses, vides comme des mâchoires gloutonnes. Les gens prennent des jetons et s’agglutinent déjà en files indiennes, ambiance à boire, vite et qu’on tombe au néant, de part la loi humaine.

Le soleil tape une dernière fois avant que l’alcool prenne la relève.

Avec ma pote, on avise des chaises-longues et on squatte là tout le temps que la décence et notre capacité à faire abstraction de la nana derrière nous qui hurle des « ALLEZ-Y LES FILLES !!!» à qui veut gagner un jean nous le permettent. On est là que pour une seule raison, d’ailleurs c’est ce qu’on dit aux deux nanas de la télé locale qui nous demandent quels groupes nous sommes venues écouter ; on a aucune idée de la programmation, on vient voir Nick Cave and The Bad Seeds.

On se dit qu’il faudrait mettre la main sur un programme, sauf qu’on est pas foutues d’en dégoter un.

Sur scène, plus tard, c’est au tour des Local Natives. Je suis pas sûre d’aimer avant la deuxième demie heure de set mais le fait est qu’ils chauffent les jambes et que la soirée commence à ressembler à un avion qui décolle. J’avance la théorie du crucial du t-shirt en festival à mon amie qui semble dubitative et qui comprend pas vraiment où je veux en venir ; on mate les hommes, on mate les t-shirts, on mate tout le monde et puis on finit par établir la règle de ne plus mater que les hommes en t-shirts.

« Are you excited for Nick Cave ? » demande Taylor Rice avant d’entamer l’avant-dernier morceau, juste le temps de pisser clopin-clopant et de se rendre compte que le body dans ces cas-là, c’est la deuxième fausse bonne idée de la soirée.

Je sais ce que tu vas dire, « On pourrait penser le contraire », c’est exactement ce que j’ai pensé en le mettant, malheureusement j’ai pas eu le plaisir de profiter des avantages de l’ouverture rapide.

Faut dire aussi que je comptais sur Nick Cave.

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En parlant de lui, c’est l’heure de profiter du changement de plateau pour fendre la foule direction le ras de la scène. Après des pieds et des mains, on se hisse au troisième rang, l’attente est interminable. Une toile granit, un piano, une tasse, des aller-retour, je constate qu’il est fort probable que je m’évanouisse avant d’en voir plus. J’en fais part à ma best qui me prévient avec toute la douceur d’une amie de lycée que j’ai plutôt pas intérêt à lui niquer le concert. Après, je crois voir Warren Ellis environ deux cent mille fois avant qu’il n’arrive vraiment et que retentissent les premiers accords de We No Who U R et que le chanteur surgisse, la foule frémissante. Ses yeux hallucinés se posent sur nous en disques azurs et obstinément perçants, Nick Cave est à trois têtes de moi.  Ce sont des vagues qui s’élèvent au son de cette voix prédicatrice et de sa main qui ne cesse de se tendre vers la foule, sa main qui reste inaccessible malgré mes bonds de marsupiale en chaleur. Toutes les femmes du public maudissent la punk assise sur les épaules de son mec, qui se met à danser avec la main du chanteur. Je veux Dig Lazarus Dig et puis c’est Tupelo et bientôt je ne veux plus rien du tout parce que mes pieds ne me font plus mal et qu’ils martèlent le sol dont la poussière commence à monter de toutes parts. Warren Ellis saute comme un putain de diablotin.  Nick Cave revient incessamment vers la foule, d’un côté et de l’autre de la scène. L’ambiance se tend peu à peu par la viande saoule qui ne tarde pas à se foutre sur la gueule avant Love Letter et Higgs Boson Blues.

Quand le concert s’est achevé sur Push the Sky Away tiré à l’envi, j’avais déjà refendu la cohue en sens inverse et je regardais un écran vautrée dans l’herbe.

Je saurais pas te dire si Nick Cave a fait un bon concert, je saurais juste te dire que je suis couverte de bleus et que je peux plus marcher.

Presque exactement comme j’en avais rêvé.

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