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Dimanche huit septembre prochain aura lieu la Manifestation contre les violences sexuelles, qui partira du Champ de Mars.

Il y a deux jours, dans les feeds de Daria Marx je suis tombée sur le Tumblr: Je connais un violeur.
Ce blog permet à toutes celles qui ont subi des rapports sexuels qu’elles ne désiraient pas de dresser le portrait de celui qui a osé. Loin de l’image des violeurs en séries qui font trembler les quinquagénaires téléspectatrices de TF1, vous y lirez des témoignages d’une banalité à peine croyable.

Le viol est ordinaire et pourtant, on s’acharne tous les jours à cacher la merde au chat.

Je publie ici cet après-midi le post que j’ai publié ce matin sur Je connais en violeur et vous encourage à aller visiter et partager ce coin de web où la vérité nous rend toutes plus libres.

Ennui[s]

Je connais deux violeurs.
Mais les deux, là, c’étaient des gentils. Des adolescents d’un coin paumé de la Hague, là où mon amoureux allait pour chaque vacances squatter la maison d’écriture de son père romancier . C’était la troisième fois que je l’accompagnais et ses amis étaient devenus mes amis.
Ils avaient le même âge que le mien: 17 ans?
L’un était un grand blond aux yeux bleus constamment rieurs qui se faisait des rasta au savon de Marseille, procédé qui lui donnait d’avantage l’air d’un balai à chiotte qu’à un semblant de dévot rastafari. Il s’appelait A et je l’aimais bien parce qu’il avait gardé un genre de puérilité adorable, con gentil du style Ashton Kutcher.

L’autre s’appelait F. C’était le meilleur ami de A et comme lui, il vivait toute l’année sur ces bouts de monde désert où boire de l’alcool s’apprend quand on monte sur un bateau, dès douze ans. Une éternelle marinière sur laquelle tombaient ses cheveux mi-longs, un nez aquilin, des yeux bleus et une allure androgyne. Un fan de Brian Molko.

C’étaient les vacances et à dix, nous n’avions rien d’autre à faire qu’à boire sur un parking, au bord d’une route qui traversait une petite parcelle de forêt d’un côté et des rangées de champs de l’autre. Nous fêtions tous mon départ, prévu pour le lendemain, jusqu’à ce que mon mec décide de nous quitter sans autre forme de procès pour se coucher.

Bientôt nous a rejoint un autre groupe, des garçons plus âgés et visiblement marginaux, ronds comme des queues de pelle qui regardaient les filles de notre bande avec méchanceté tout en leur tendant leurs bouteilles. Les garçons de notre bande se méfiaient de ces punks de Cherbourg, ils évitaient leurs regards et éloignaient régulièrement la moindre d’entre nous approchées par ceux qu’ils voyaient comme des fauves.

On m’a tendu une bouteille de Grenat, j’avais déjà sifflé un litre de Sangria et ma vessie se rappelait à mon bon souvenir toutes les 45 secondes. Je remontais la route et grimpais dans un champ pour y poser culotte, la démarche de moins en moins assurée.
Au début, j’ai demandé aux filles de m’accompagner mais au fur et à mesure de la soirée, les éclairages publics étant inexistants dans ce trou paumé, chacune rentrait aussi chez elle. J’étais seule avec A, F et Y, qui avait 14 ans à l’époque et qui est déjà décédé des suites de l’alcool.
J’avais toujours la bouteille de Grenat offerte par l’un des types marginaux de Cherbourg, dans laquelle évidemment il y avait une sorte de Rohypnol et ça n’était plus de l’ivresse ou même le marteau de la cuite que je sentais monter. C’était un état cotonneux où chaque mouvement semblait m’enfoncer d’avantage dans l’inertie.
Une fois de plus, je voulais pisser. J’y suis allée seule, les gars de Cherbourg, voyant qu’il ne restait qu’une proie sous haute protection, étaient partis traîner leurs godasses ailleurs.
Il fallait grimper une petite pente pour accéder au champ, je m’y hissais avec difficulté, baissait mon pantalon et tombait de tout mon long en arrière. Mes bras et les jambes incroyablement lourdes, ma langue échouait à formuler haut et clair le ridicule de ma posture et l’aide que je réclamais à ce que j’espérais être cors et cris.

A. est arrivé, il a tendu un bras pour m’aider à me relever mais je ne réussissais qu’à le faire tomber sur moi. Je ne pouvais pas m’expliquer. Dire non quand il a cru à l’occa’s en or, c’était impossible, il ne m’écoutait plus.  Je ne pouvais que grogner.
F. est arrivé ne nous voyant pas revenir et A. a dit que je l’avais allongé sur moi et que j’en voulais dans les pattes. Je gémissais, F. a mis son sexe dans ma bouche et l’a remué peu de temps avant que je ne m’étrangle sur son foutre.

Et puis le noir complet jusqu’à l’aube.
J’ouvrais les yeux seule dans ce champ où la rosée marquait des lignes de poussière et de sang que je découvrais le long de mes cuisses nues, mes vêtements roulés en boule non loin. J’ai eu peur, je ne me souvenais de rien.

J’avais l’impression d’avoir dormi un an, je me levais en découvrant que j’avais perdu le bracelet en or offert par ma marraine.
J’ai couru chez Y, la plus proche maison et il m’a ouvert, les yeux effarés: qu’est-ce qui s’est passé?

JE SAIS PAS.

J’ai couru trois kilomètres de plus jusqu’à la maison d’écriture du père de mon amoureux où je ne le trouvais pas.

Ma mère m’a trouvée très bizarre quand je suis finalement montée dans sa voiture, incapable de me souvenir de ce qu’il s’était passé la veille. Je n’ai rien dit pendant longtemps faute de me souvenir et je n’ai jamais porté plainte.

C’est après plusieurs mois que les flash sont revenus et que j’ai pu reconstituer les faits.

Un truc ultra-ordinaire. Deux garçons serviables. Deux garçons gentils. Deux garçons qui s’ennuient.

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