Certains jours poussent au souvenir, le plus souvent de façon très pernicieuse et ce jeudi matin de janvier 2008 devait en faire partie. En me levant, pas de problème, tout était très normal. J’arrive dans le salon pour découvrir l’une de mes piles de dévédés, j’reviens j’vais la mesurer, 1 m 65 écrasée au sol, l’une de mes chattes le cul posé sur Coffee and Cigarettes, l’autre faisant valser de sa patte Boys Don’t Cry. Après les avoir poursuivie et avoir tenté de les lapider avec ce qui me tombait sous la main, à savoir des clémentines, je me suis vautrée dans mon canapé, lasse d’avoir bougé mon gros bide et toute prête à repartir me coucher. Oui quoi normal pour 10h40, beaucoup trop tôt 10h40… Le téléphone sonne, correspondant invisible, j’en conclue que c’est ma belle-mère qui essaie sournoisement de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Elle sait bien qu’elle doit cacher son numéro si d’aventure elle veut avoir une chance que je réponde. Pas d’bol, j’me suis déjà faite avoir deux fois, pas folle la bête.

Message: (voix de pleureuse à l’agonie) « Bon bah c’est Yolande, j’ai essayé de t’avoir déjà hier, tu réponds pas (gros soupir), bah j’espère que tu vas bien (là, elle tousse pour me signifier que de son côté, elle risque de mourir d’une minute à l’autre), Bah j’voulais passer voir mon p’tit fils (j’ai envie de te dire… « Reviens dans trois mois ») Bah tant pis c’est pas grave, tu dois avoir aut’chose à faire (certes), bon bah j’t’embrasse, j’vais essayer sur ton portable, rappelle-moi. » Bien évidemment mon portable sonne deux secondes après, on prend les mêmes et on recommence. Un quart d’heure plus tard alors que je me crois enfin tranquille, on frappe à la porte. Là j’ai comme qui dirait des sueurs froides attendu que ça peut très bien être ma belle-mère et qu’elle n’a pas l’habitude de s’embarasser des convenances, si personne ne répond dans la seconde elle ouvre elle-même. Je me cache à pas de loup dans le cagibi en me maudissant de ne pas avoir fermé à clefs (erreur de débutante). Heureusement pas d’effraction en vue, j’me dis que je suis quand même sacrément parano et sacrément conne d’aller me réfugier dans une pièce de deux mètres sur un. C’est alors que je jette un oeil dans la pièce où Christophe a empilé des cartons qui menaçent sérieusement de se casser la gueule, ses outils, le dyson de Noël, mon bureau d’écolière, mes toiles de l’époque-lyçée-j’suis-une-artiste-incomprise-et-j’vous-dit-merde et allez savoir pourquoi une table de nuit. J’apprécie le tableau que m’offre ce grand n’importe quoi et remarque des feuilles norcies de pattes de mouches dégueulant de mon bureau. Je tire en déchirant la moitié au passage et découvre, stupéfaite, des lettres enflammées de mon premier amour, enfin pour être poète celui qu’a fait péter la capsule.

Et le souvenir me submerge comme une vague de Tang. Appelons-le Jonathan, il avait quinze ans et moi treize, portait une médaille Gun’s and Roses sur sa peau mate et salée, un vrai shalala prétendant faire du surf ou du body chais plus. Le fait est que je le voyais avec sa planche sous le bras, mais jamais dessus. C’était l’été à Cabourg, j’avais un p’tit copain surfeur qui le soir à la lumière d’un feu reprenait Nirvana qui reprenait David Bowie avec une guitare pas accordée: « Oui han hein ou sole ze wooooorld, tin nin nin nin, nin nin nin »

Extrait de la première lettre ( je laisse volontairement les fautes d’orthographe) « Cabourg, 10 aout 1995 Mon amour, seulement cinq minute que tu es parti et tu me manque déjà comme une plai ouverte sur la mère de mes souvenirs. Je n’ai pas put te regardé partir, je me suis caché pour pas qu’tu vois qu’je pleure. Garde bien la médaille des Guns comme un symbole de mon amour pour toi qui es belle comme une Gibson toute neuve. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerais. » je déconne pas!!! Ah la vache… ça m’a fait rire. Mais à l’époque j’ai pleuré sur cette lettre, sur mon amour parti avec la fin de la location de la maison, j’ai tanné ma mère pour qu’elle me réexpédie là-bas sur la plage.

Deuxième extrait « Cabourg, 25 aout 1995, Mon amour, seulement cinq minute que tu es parti et tu me manque déjà, j’ai pas pus te regardée partir parce que Lorraine (une espèce de pétasse beaucoup, beaucoup trop mignonne, j’m’en souviens) voulait me montré son tatouage ohéné. J’ai bien vue que tu été jalouse mais t’en fait pas, c’est une salop. […] Tu es belle et elle aussi mais toi je t’aime comme ma mère (putain, dire que j’ai apprécié le compliment à l’époque) On se voie à Villejuif. Je t’aime et je ne t’oublirai jamais mon amour. » Voilà. Du grand art. Je me languissais de lui, c’était atroce, c’était mon héros et j’étais bien co-conne. Et puis est venu le jour où… il m’a déniaisé. Extrait: « Villejuif, 15 novembre 1995, Mon amour, déjà cinq minute que tu est parti et je suis un homme maintenant. J’esper que c’été aussi bon pour toi que pour moi. C’était super, t’es bonne mon amour. Je me souviendrais toujours de cette chanson de Maria Carrey ou nos cors ce sont aimer pour la première fois (Moi aussi j’m’en souviens, il est jamais allé au bout de la chanson). C’est pas grave pour la tache de sans, je me suis ouvert le poignée en signe d’amour et tant pis si Martine( sa belle-mère) elle gueule. […] Je par biento pour Portmouth mais je te tromperé pas […] Ta chevelure feu d’hivers, braises de janvier, mon coeur brûle ici aussi » Il croyait vraiment que je n’avais jamais lu Stephen King???? Bon pour ceux qui ne connaissent pas c’est extrait de It, vous savez… le clown qui bute des gamins à Derry, Maine. Bref, il avait déjà moins d’allure mon surfeur. Et puis il est parti en Angleterre et quelques jours plus tard j’ai reçu ça: « Mon amour, les anglaises sont super, tous les soirs on fais des feus sur la plage […] J’ai un truc à te dire, j’ai gouté le teushi mais je le ferai plus jamais parce que j’ai rouler un palot à une fille et donc je t’ai trompé. J’été grave stone je suis désolé mais c’est toi que j’aime mon amour. » J’ai pleuré environ sept minutes avant de me barrer avec un bidasse en Fiat Panda. Jonathan est devenu agent immobilier. Ah l’amour…

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