Lecteur,
Je pars du principe que tu n’es toujours pas légion.
Lecteur,
Par où recommencer?
J’t’ai dit que je faisais une thérapie? Non? Bah voilà c’est fait. J’ai pas toujours été très chaude pour ce genre de trip, rapport au fait que j’avais déjà eu quelques déceptions.
Du genre la psy qui est super efficace (je la voyais pour mes phobies, ça allait du métro aux frelons en passant par les files aux caisses dans les supermarchés, ahem…) et qui fait qu’en trois séances tu te sens déjà vachement mieux. Tu te risques même à prendre le métro sans que le frelon bloqué dans la rame ne te fasse ne serait-ce que sursauter, avant d’aller faire tes courses chez Auchan, Porte de Bagnolet, un samedi à 14h. Donc on dit que t’es mieux en diable, que tu pètes la forme et tu te dis que finalement, t’as absolument pas besoin d’une thérapie.
Bon.
Quand enfin tu reviens à la raison, après t’être évanouie au beau milieu de Leader Price ou être passée pour une sombre foldingue qui clame à qui veut l’entendre qu’elle sent son cerveau fondre auprès des habitués de la ligne 2, tu retournes ventre à terre chez ta psy.
Le problème c’est qu’entre-temps, ta psy n’a plus vraiment de place pour te prendre. Et c’est la bouche en cœur qu’elle t’annonce qu’elle peut te prendre une fois par mois. Le second problème étant qu’elle part en vacances un mois sur deux pour la simple et bonne raison que les cinglés dans ton genre, ça la fatigue beaucoup…
Tu te dis que ça vaut vraiment la peine et tu regrettes qu’aux premiers progrès tu aies abandonné comme la sombre merde que tu es. Plusieurs mois passent et les améliorations se font tout de suite moins sentir attendu qu’avant tu la voyais toute les semaines, l’attente te semble bien longue.
Tu fais bientôt la grave erreur de croire avoir plus intéressant à faire (tu te demandes par exemple si ton/ta voisin/e de pallier est ou non un bon coup, faut absolument que tu vérifies) et tu loupes l’un de tes rendez-vous mensuels. Grave erreur dans le sens où lorsque tu te radines le mois suivant , ta psy t’envoie chier sévère: « Melle Vieux Félin, vous n’aviez qu’à venir la dernière fois, maintenant c’est trop tard. Allez-vous en, je vous prie ». Bref, elle te vire sans autre forme de procès.

Autre genre de thérapeute: la psy beaucoup, beaucoup trop disponible… A éviter, crois-moi. C’est celle qui peut aussi bien te recevoir le matin à 7h00 que le soir après 22h00. Tu te demandes quand elle dort, t’as raison de te poser la question… Quel genre de thérapeute travaille de 7h00 à 22h00? Pas un bon, tu t’en doutes.
C’est le genre de psy avec laquelle tu n’as jamais été foutue de te sentir à l’aise. Quelque chose chez elle te gêne profondément, peut-être sa non-coupe de cheveux, même que t’as l’impression qu’elle cache sa calvitie en mettant tous les matins la tête dans une machine à barbe à papa. Peut-être le fait qu’elle te regarde intensément ou encore peut-être, le fait qu’elle te dit beaucoup trop souvent à quel point elle te trouve sexuelle.
Quand tu lui parles de tes soucis avec ta consommation d’alcool et qu’elle te sort que le problème ne vient pas de l’alcool, que l’alcool en lui-même est inoffensif et que le meilleur moyen de ne pas être dépendant est de simplement rejeter l’idée en bloc… tu fuis, chérie.

Vient ensuite celle que tu ne peux pas t’empêcher de comparer à un môme de cinq-six ans. Déjà elle en a la touche: regard perpétuellement étonné (un peu comme si tu lui avais rasé les sourcils pour les lui recoller au beau milieu du front), palmier au sommet du crâne et tâches de rousseur. Celle-ci non plus n’est pas à proprement parler crédible, comme la précédente, elle est même un brin louche.
C’est la questionneuse (d’où mon truc avec le môme de cinq-six ans), dès que tu as le malheur de prononcer un genre de phrase, elle embraye: « Pourquoi? ». Au fil des questions, les pourquoi perdent rapidement de sens.
Je vais vous laisser comparer par vous-même deux conversations, l’une avec le fils aîné d’un couple de potes, l’autre avec la questionneuse.
«  – T’as vu ces lumières, Pierre?
– Pourquoi ya des lumières sur la collégiale?
– Parce que c’est une fête des lumières.
– Pourquoi ya du rouge?
– Parce que ça symbolise l’oriflamme de Clovis.
– Pourquoi Clovis?
– Pourquoi pas?
– Pourquoi pourquoi? »
Et…
« – Pourquoi venez-vous me voir, Vieux Félin?
– Parce que je sais pas ce qui est le mieux: mettre ma tête dans le four ou sauter du balcon en espérant tomber sur la tête…
– Pourquoi pensez-vous à la mort?
– La question la plus juste serait plutôt: qui n’y pense pas?
– Pourquoi les autres?
– Pourquoi une île?
– C’est juste, Vieux Félin, pourquoi une île? »
Là aussi on fuit rapidement…
Et puis finalement, avec de la chance et de la bonne volonté (bah ouais, on retente le coup quand même, respect) on tombe sur la bonne: Elle n’est ni suspecte, ni dragueuse, ni cinglée. Et elle ne pose pas sans arrêt des questions à la con.
L‘entrée en matière commence un peu comme ça:
«  Vous avez une mine AFFREUSE… Je peux vous dire qu‘on a du pain sur la planche …»

Tout ça pour te dire, lecteur, que la course au bon thérapeute est un chemin semé d’embûches mais que ça en vaut la peine. Je ne sens plus mon cerveau fondre dès lors qu’il y a trois pelés devant moi à une caisse. Je ne pète plus les fenêtres quand un frelon vient se paumer chez moi. Je m’aime même un peu plus. Que demande le peuple?

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