Quand t’as fait la sottise de te reproduire, une foultitude de nouvelles obligations s’accrochent à toi comme des moules sur un rocher et très vite tu commences à reléguer tes pauses égoïstes aux oubliettes de tes souvenirs. Aujourd’hui dans le genre obligation où la nouveauté se dispute avec le chiant, je dois me rendre au rendez-vous que m’a fixé Mme Ledur, directrice de la halte-garderie la plus proche de chez moi. Quand je dis la plus proche, ça veut surtout dire la moins-putain-de-loin, attendu que l’autre crêche de cette saloperie de bled est à 3km de chez moi. Je te rappelle que je viens seulement de m’inscrire au permis de conduire…

3km… Je ne marche pas 3km. Je ne marche pas 3km en tractant mon fils. Je ne marche pas 3km en tractant mon fils pour me rendre dans le trou du cul de la cité dans laquelle j’ai pas mis les pieds depuis la fin des années 90, tout ça pour inscrire un grumeau que neuf fois sur dix, j’aurais la flemme d’emmener.

Apparement, j’aurais eu une chance de salope d’avoir pu l’inscrire dans cette halte-garderie. Mouais… je demande à voir. Ce qui m’aurait plu, ç’aurait été d’embaucher une nourrice mais ma p’tite pute dit que je dream alone, qu’on a pas les moyens.

Ce rendez-vous, comme vous le voyez, m’emmerde. Il m’emmerde déjà avant d’avoir commencé, rien que la conversation téléphonique: j’avais envie d’aller me coucher.

« – Alors Madame Maliette…

– C’est pas du tout mon nom.

– Oui pardon excusez-moi j’avais mal lu, Madame Mashiass…

– Toujours pas, laissez tomber.

-… Oui bon alors, il vous faudra deux-trois documents à me présenter

– Certainement, lesquels?

– Alors, une attestation de responsabilité civile au nom de Lazare, votre livret de famille, votre avis d’imposition, une attestation signée de votre médecin traitant indiquant que votre fils est apte à la collectivité…

– Doucement.

– Le carnet de santé de votre fils, une ordonnance à son nom pour du doliprane. Votre carte d’allocation familiale, un justificatif de domicile, les trois dernières fiches de paie de votre conjoint.

– Attendez je veux mettre mon fils en crêche, pas louer un appart… »

Et puis est venue l’heure du rendez-vous, la crêche est sympathique avec deux grumeaux qui se battent en duel pour trois nourrices qui se jetent manu-militari sur le morpion:

« – Bonjour Madame Maliak!

– C’est toujours loin d’être mon nom.

– C’est quoi son p’tit nom à ce grand bonhomme? Gouzi-gouzi! Oh lala! Qu’est-ce qu’il est éveillé!

– Il dort, là. »

L’entrevue a été d’un ennui mortel, j’étais limite à crier « Mais ferme ta gueule, connasse! » La directrice m’a entretenue pendant environ une heure et demi du fonctionnement de la crêche, de ce qu’est l’adaptation-mon-cul »

J’ai dit: « Comment ça je peux pas vous le laisser et me barrer???

– Ah bah non, certainement pas. Dans un premier temps vous passez une heure ici avec votre fils et une nourrice, ensuite vous pourrez le laisser un quart d’heure, ensuite une demi-heure, faut y aller petit à petit… Vous pouvez espérer, si tout se passe bien, le laisser deux heures d’ici trois semaines.

– Madame Lecul…

– Ledur, Madame Ledur.

– Oui je sais, pensez-vous que j’ai la tête de quelqu’un qui peut faire ce genre de chose?

– Bah c’est à dire que…

– C’est à dire que rien du tout, Madame Lecul!

– Ledur.

– JE SAIS!

J’ai tenu bon sans insulter personne. Sur le pont pour rentrer chez moi, en traversant la Seine, je ne serai pas tout-à-fait honnête si je vous disais que je n’ai pas une seconde penser à faire passer Lazare par-dessus bord, mais que voulez-vous? On s’attache à ces choses-là.

Putain, six mois…

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