Lecteur,

Pourquoi donc, les gens, ils annulent leur commande?
Je t’essplique.
Nous, aux Libellules Bleues, on est hyper sérieux, on est pas du genre à te demander ton numéro de carte pour payer des trucs, nan. Chez nous, si tu passes commande, tu règles genre 1 mois et demi après. Ça te permet de pas te faire entroufigner, de voir les produits avant de les régler toussa toussa. C’est-à-dire que quand je fais une vente, une semaine après ya une personne qui rappelle le monsieur/la madame pour lui demander « vous êtes bien sûr, vous achetez ça, ça et ça? » C’est là que moi, je me fais entuber (par les clients, hein, pas par ma boîte). Parce qu’on m’a dit que mon taux d’annulation (qu’est pas censé dépasser 10% de mon chiffre) bah il est plutôt élevé, genre à dépasser les 3000€. Après m’être étouffée sur mes crok’sels, j’ai dit à la dame qui vérifie mes commandes:
«  – Bon Dieu Marjolaine, mais c’est une blague ou quoi???
– Et que des grosses commandes en plus, c’est pour ça que ça fait beaucoup.
– Tu me fais marcher, c’est pas Dieu possib’…
– Bah non Vieux Félin, yen a même un qui dit que c’est de la vente forcée et qu’il a rien commandé, à moi de te demander: c’est une blague ou quoi?
– Quoooooi?  C’est qui l’enculé qui t’a dit ça? C’est un scandale !
– Attends je regarde c’est Monsieur…. Boufette, il est maçon dans l’Oise… »

Si tu te rappelles bien, Lecteur, Mr Boufette, je te l’avais emballé comme un bouquet, du velours cette vente. D’où ma profonde consternation. J’ai donc pris mes doigts pour rappeler Monsieur Boufette et lui remonter les bretelles. T’oublies tout de suite la voix de pute, il m’avait vraiment énervé…

«  – Monsieur Boufette?
– Oué.
– Mademoiselle Adam, des Libellules Bleues, dites-moi Monsieur Boufette, vous avez chié dans l’ventilo là, qu’est-ce que vous avez raconté à ma collègue ? De la vente forcée? De qui vous vous foutez au juste, Monsieur Boufette?
– Bah c’est-à-dire que…
– C’est-à-dire que rien du tout, Monsieur Boufette. Je ne vous ai pas forcé la main tout de même!
– Bah euh…
– Bah euh, bah, euh, c’est pas une réponse ça! Vous imaginez pour qui je passe auprès de l’association?  J’vais pas vomir dans vot’ bétonneuse moi!
– Oui en fait c’est que …
– C’est que rien du tout, bordel! Vous allez être gentils et vous allez les acheter ces putain de sacs à gravats et ces putain de ramettes de papier, c’est pour les handicapés, compris???
– Oui, c’est que c’est ma femme, elle voulait pas, rapport au prix.
– Et ouais Monsieur Boufette, la générosité, ça commence chez soi: mettez-lui un coup dans la motte vous verrez comme elle sera tout de suite plus réceptive à notre action…
– D’accord.
– On peut donc compter sur votre soutien?
– Euh… oui
– Très bien, Mr Boufette, merci infiniment pour votre générosité. »

Voilà, on dirait qu’en fait, le coup de la voix de chatte en chaleur, c’est pas forcément le meilleur plan qui soit… Oui, imagine je t’appelle, je te chauffe grave, limite t’écoute même pas les prix tellement tu te demandes quelle gueule irait avec cette voix-là. Donc tu passes commande, pis tu te dis après que finalement t’en a rien foutre d’aider un CAT. D’ailleurs qui c’est qui t’aide, toi, quand t’es dans la merde?
Ou alors c’est ta femme, qui tient pas seulement les cordons de cette bourse-là, qui te dit un truc du genre : « Tu te touches, à acheter des sacs à gravats aussi chers, après m’étonne pas que tu fais semblant d’avoir oublié mon anniversaire ou que je peux faire une croix sur les vacances à la dune du Pila !!! »

La question qui me tourneboule maintenant les méninges est la suivante: quelle attitude dois-je adopter? Parce qu’il s’agit de se mettre au diapason de la misère affective des gens.
M’est avis que j’ai pas fini de plancher là-dessus… J’ai pas fini non plus de pleurer sur ma paie.

Putain d’crise.

Demain, si tu veux, je te parlerai de mon nouveau bidet dans mon nouveau domicile à moi que j’ai et je t’expliquerai pourquoi ces choses-là sont d’utilité publique.

Vaya con dios.

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