Ignominie s’il en est, et il en est, nous ne partons pas en vacances cette année.
Pleure pour moi, Lecteur, je n’en ai pas la force.
Nous ne rejoindrons donc pas les hordes d’aoûtiens shootés à l’Ambre Solaire et aux cafés infâmes des bords de route. Nous n’investirons pas les plages bondées, les campings merdiques et les foires à neu-neu. Pas plus que les Club Med 4 tridents, les hôtels luxueux, les petits-gîtes-pittoresques-tout-bonnement-extraordinaires.
Non, pas de batifolages dans les vagues partant, plus de joie.
Bon, on a un Vernon-Plage mais si vous voyiez la gueule que ça a, vous aussi ça vous déprimerait plus qu’autre chose.
Nous, à la place, on peut décoller du papier peint et se prendre plein de petites émanations toxiques dans les naseaux. On peut s’ébattre dans les allées des magasins de bricolage. On peut s’énerver vivement contre le vaporisateur qui envoie le truc nocif qui décolle le papier peint et qu’on se prend dans les naseaux.  On peut s’engueuler à propos des plinthes, des baguettes, des caches radiateurs et du vaporisateur qui pulvérise les émanations nocives qui décollent le papier-peint.. On est prêt à s’arracher les yeux pour défendre nos couleurs: à qui du gris, à qui de l’ocre façon éponge (façon dégueulasse moi j‘dis).
Deuxième raison pour laquelle je ne suis pas en train de parcourir New-York / Lac Erié au volant d’une décapotable (chacun son rêve, mon ami) c’est que je dois travailler, absolument…. Et pendant que mes sœurs de galère s’ébrouent dans les vagues et le lichen de la mer du Nord, je passe toujours mon temps pendue au téléphone. Ne tire pas de conclusions hâtives, je ne suis pas si amère que ça.
Mes clients, eux, mes « potentiels », le sont, en vacances, pour la plupart (le reste est en train de déposer l’bilan) et voilà à peu près comment ça se passe:

« – Bonjour Mr Boufette?  (ils s’appelleront tous Boufette)
– Oué?
– Melle Adam à l’appareil, déléguée auprès des Libellules Bleues de l’Eure…
– Chuis en vacances, qu’est-ce vous voulez?
– MMmh … Vous êtes… en… vacances…. Monsieur Boufette…..?
– Oué…
– Ouh.. J’ai chaud, et vous êtes où là…. Haaaaaan?
– A Hyères… qu’est-ce vous m’voulez à la fin?
– Et il fait chaud à Hyères ???? Ooooouh… (tu rêves pas, j’me touche…)
– Oué, héhé! J’bois un p’tit Pastis, là !
– Mmmhhh… Et il est frais le Pastis? Mmmmhh, ouah, Aaaaah!
– Bah euh, ça dépend, vous l’aimez frais, vous?
– Oh… oui! Oh… oui! Oh…! Je l’aime frais ! Oh… oui!
– Ya des glaçons dedans, ça vous plait les glaçons?
– Oh… Monsieur Boufette !  Oh oui ça me plait les glaçons, OH… vous m’rendez folle ! Vous jouer à la pétanque aussi?
– Un peu oué, j’avais lancer l’cochonnet, là.
– Haaaaan! Haaaaaaan ! Le COCHONNET, han, OUI !!!!  Lancez les boules, Monsieur Boufette, j’vous en priiiiiiiie! Lancez les bouuuuuules, haaaaaaaaaa !
– Ca y est? C’était bon?
– Ahem, j’vois pas de quoi vous parler…
– Vous, vous partez jamais en vacances, hein?
– …. Non.
– C’est bien c’que j’pensais, bon, vous vouliez quoi au fait?
– Vous proposer de façon exceptionnelle une large gamme de produits d’entretien et de papeterie visant à collecter des heures de travail pour nos CAT. Il s’agit d’un geste de cœur, afin que nos personnes autistes et trisomiques puissent travailler dans la dignité.
– M’intéresse pas, j’viens d’le faire le geste de cœur, avec vous, héhé !
– Monsieur Boufette, vous vous moquez de moi?
– Un peu ouais!
– Pffff, CONNARD, va! »

Sois indulgent, Lecteur, c’est aussi ça, la grossesse…

Voilà.
Saches pour ta gouverne que c’est épuisant…
J’te laisse, Lecteur, j’vais pleurer le temps où Christophe et moi prenions trois mois de congé par an…

Vaya con dios.

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