Lecteur, mon chéri, mon hamburger,
( celui qui trouve la référence hautement cinéphile gagne une bise)

Ce matin, j’ai passé un truc qu’est censé te remuer les tripes tout le reste de ta vie, l’échographie du deuxième trimestre et je me demande, lecteur, pourquoi les choses ne se passent jamais normalement. Pourquoi ma vie n’est pas à l’image de la collection Arlequin, léviesque oserai-je dire, moi qui aimerait simplement vivre dans bouquin du genre « Emile, Louise et le palefrenier » et qui vit pourtant dans « La tête hors de l’eau ». Dites-moi si j’en fais trop.
Bon déjà, nous étions en retard, faute à qui? Suivez mon r’gard…


Le monsieur que tu vois là, celui qui partage ma couche et mon livret de famille, bah ce monsieur là, quand il est paumé qu’est-ce qu’il fait? Il va chez Décathlon, parce que c’est pratique ces cartes au sol et il en profite pour s’acheter une paire de basket et pour se renseigner sur le rapport qualité/prix des arbalètes… Comme si on avait que ça à foutre bordel, me diras-tu.
Tu en conviendras, Lecteur, il n’est pourtant pas compliqué de suivre l’autoroute A13 jusqu’à la sortie Mantes-la-Jolie…
Ça commençait donc bien, notre histoire.
Bon finalement on arrive à l’hôpital foutrement grand et compliqué, fallait juste laisser le temps à l’individu sus-nommé de se garer en plein soleil. Monsieur soutient qu’il faut se présenter directement à la maternité et moi qu’il faut préalablement passer par la case admission. Monsieur est borné (c’est son côté terrien, très terrien, terroir si tu veux) et vas-y qu’on nous envoie chier comme des malpropres lorsque nous arrivons les mains vides d’attestation de consultation. On y retourne, cet hôpital c’est bien simple c’est n’importe quoi. Entre rez-de-rue, rez-de-jardin, rez-de-chaussée et sous-sol,  on devait bien avoir une heure de retard lorsque j’ai finalement réussi à déposer mon petit dossier dans la petite « bannette » n°2 et à poser mon cul sur une banquette moche et inconfortable. On nous fait entrer dans la salle d’échographie et la sage-femme commence à poser ces petites questions.
« – Vous vous appelez ?
– Vieux F-é-l-i-n
– Ok Vieux Félin, qu’est-ce qui s’est passé lors de votre précédente grossesse? (elle doit lire un truc du genre « ne cuit pas bien les mômes » sur mon dossier)
– Euh, bah, j’ai eu une grossesse extra-utérine.
– C’est moche.
– Oui.
– Rompue?
– Bah non vous voyez bien, on est toujours ensemble…
– Non! La GEU, rompue ou pas rompue?
– Rompue.
– C’est moche.
– Oui.
– A gauche ou droite?
– Je sais plus, on est plus très copain mon utérus et moi, gauche je crois.
– Et vous n’étiez plus trop censée avoir d’enfant, vu l’état de la trompe restante… C’est beau… la résilience du corps.
– Y’a comme qui dirait des miracles dont on se passerait très bien.
– Je vois aussi que vous avez développé une toxémie et une pré-éclampsie pour votre premier enfant… Jusqu’où êtes vous montée en tension?
– Non. J’ai jamais fait de pré-éclampsie, j’ai la vitalité d’un salsifi en boîte, par la malpeste j’ai jamais fait d’hyper-tension.
– Pourquoi que c’est écrit toxémie gravidique alors?
– J’en sais rien moi, y’avait pas de raisons pour que mon grumeau soit microbique mais c’est pas parce qu’il n’y a pas de raisons qu’il faut en inventer une… bordel…
– Oui mais vous aviez un notch.
– Certes.
– Alors c’était bien une toxémie !
– Non, putain!
– Vous fumez de la drogue?
– Non.
– Vous buvez de l‘alcool?
– Oui (j‘avais compris « avez-vous arrêté votre consommation d’alcool? »)
– Ahem… Combien de verres par jour? Vous savez que l’alcool nuit gravement au fœtus, vous connaissez le syndrôme d’alcoolisation fœtale???
– Faîtes pas attention, elle est sourdingue, non elle ne boit pas d‘alcool (c‘était Christophe)
– Ok, tombez l‘futal on va voir ça de plus près»

Bon elle m’appuie comme une malade sur le ventre, regarde le cœur, les reins, le cerveau et les pieds de ma grumote, tout va bien. 519gr, c’est très bien, madame.
Ya un truc qui me chiffonne gravement, ma fille ressemble à son père. Ça me vexe profondément de savoir que nous deux, c’est lui qui a les gènes dominants. Le même nez, encore, la même bouche, encore. J’en ai déjà marre qu’on me prenne plus volontiers pour la nourrice que pour la mère de Lazare. Et puis une version féminine de ma p’tite pute, ça me rappelle tout de suite sa mère, et je ne VEUX PAS d’une deuxième belle-mère à la maison. Etonnons-nous après que l’on retrouve des nouveaux-nés dans les bacs à glaçons… Christophe jubilait à la vue de ce nez long comme le Cap Féret, moi j’avais comme une envie de la rapporter au magasin.

Demain si tu es sage, je t’expliquerai comment je me suis payée la honte de ma vie dans le Maisons du Monde de Family Village, à cause d’une pute guêpe qui m‘en voulait personnellement, la pute.

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