Hier soir, il m’est arrivé un truc incroyable. Le genre de truc que tu ne ressens que rarement, qui touche au divin, qui tient du miracle même.

J’aime pas faire les courses, surtout quand j’essaie pathétiquement de retenir par la main mon grumeau hyperactif avant qu’il n’aille semer la terreur au beau milieu du rayon accessoires Wii. C’est qu’on cherchait un cadeau pour remercier un pote de mon boy pour nous avoir aidé avec l’appart. Le genre de pote qu’est tellement ton pote, qu’il dégage les angles avec toi jusqu’à trois heures du mat’. Je sais pas vous, mais des amis comme ça, moi, j’en ai pas.
Bref, lassé par l’attitude mussolinienne de mon rejeton sans cœur, je suis allée faire un tour au rayon librairie, la mort dans l’âme puisqu’il est de notoriété publique qu’on y trouve plus facilement Amélie Nothomb qu’Harper Lee, Candace Bushnell que Sylvain Trudel. Qu’on y trouve de la merde, en gros.
Sans grand espoir, donc, je me mets à errer entre les têtes de gondoles et ramasse quelques exemplaires fleurant bon la colle. Rien à me mettre sous la dent.
Quand je le vois, tout seul et un peu timide, le petit exemplaire qui d’une seconde à l’autre va me chambouler le dedans. Régime sec, Dan Fante.
Je ne peux pas te dire depuis combien d’années j’attends qu’un éditeur français ait la bonne idée de le traduire de nouveau, mon idole.
Je pourrais dire que j’ai trois amours: Fante, père et fils, et la boisson, mais là je passe encore pour une mauvaise mère. Peu me chaut, l’ami.
Et c’est comme ça, oui Lecteur, c’est comme ça que je me suis retrouvée à fondre en larmes au beau milieu de mon petit Leclerc de province.
Si j’avais pu, j’aurais laissé en plan boy et grumeau pour filer lire ma perle mais je ne suis pas garce à ce point-là, je les ai juste enjoins à aller se perdre en forêt le temps pour moi de me plonger une fois encore dans l’un de mes auteurs préférés.
J’ai d’abord lu le père avant de lire le fils. J’ai idolâtré John Fante mon adolescence durant et puis j’ai vite embrayé sur le fils et son génial Chump Change alias, Les anges n’ont rien dans les poches. Puis j’ai lu En crachant du haut des buildings, et ensuite La tête hors de l’eau, et puis rien…
Dan Fante est le genre d’homme qui me parle: alcoolique paumé et tendre, père trop présent même mort, petits boulots merdiques et difficultés à écrire. Le genre de mec qui vend l’exemplaire des Raisins de la Colère dédicacé de sa girlfriend pour aller se saouler à mort. Je m’en vais te le citer et tu vas voir tu vas comprendre: « Ma vraie difficulté – mon problème -, ce n’était pas mes accès de dépression ou  mon alcoolisme ou mes échecs professionnels, ni même la peur inexprimée d’être un foutu cinglé.
Mon problème, c’étaient les gens. Et il y en avait partout. »

Régime Sec ( Short Dogs) est un recueil de nouvelles drôlissime et émouvant sur le LA de Dan Fante, celui qui, au-delà du strass et des paillettes, rassemble bon nombres d’oubliés de l’Amérique. Va l’acheter tout de suite. Va tout acheter tout de suite.

Dan Fante offre même une note aux lecteurs français dans laquelle il explique pourquoi il est un auteur français. Il explique comment, à l’époque de Chump Change, il ne trouvait aucun éditeur américain suffisamment éclairé pour publier son manuscrit. Et il en a fait des tas, des éditeurs, tous, à l’en croire.
Et puis un jour Dan Fante rencontre April March, et April March lui conseille un petit éditeur français et c’est comme ça, Mesdames et Messieurs, que nous a été offert le grand bonheur de le lire. Et quelle joie…

Va l’acheter, j’te dis.

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