Lecteur,

Tu sais que j’ai souvent le chic pour me mettre dans des situations pas possib’. Bah pas plus tard qu’hier matin, c’est encore arrivé et je m’en vais te le raconter.
Je n’aime pas particulièrement les agents immobiliers (je sais, c’est d’un original, bref..) et surtout les agents immobiliers de mon agence immobilière, en particulier le directeur, un gros type porcin en diable que tu le regardes, t’auras tendance à vomir ton p’tit déj’. Ce type m’avait fait fort mauvaise impression lors de la signature du bail, il avait eu l’outrecuidance d’encaisser ses petits frais d’agence et son p’tit dépôt de garantie avant la signature. J’avais pas trop apprécié et l’histoire s’était finie à coup d’insultes à tendances charcutières. Je me doutais donc en tapant ma lettre de préavis (qui demandait d’être gentil et de bien vouloir relouer l’appart au plus vite ) que les choses n’allaient pas être faciles et que je me fourrais le doigt dans l’œil jusqu’au coude si j’espérais qu’il allait raccourcir mon préavis…
J’en ai eu la confirmation quelques jours plus tard lorsque indignée de ne pas trouver mon appart en annonce sur leur site, j’ai appelée Melle Descours, qui m‘avait loué l‘appartement deux ans plus tôt.
Melle Descours et moi, on se connait depuis le collège. Elle fait semblant de ne pas s’en souvenir et moi, je fais semblant d’ignorer qu’elle est anorexique au dernier degré…
– Bonjour, Vieux Félin à l’appareil. Dites, je vous ai envoyé mon préavis il y a une semaine et mon appartement ne figure toujours pas sur votre site.
– C’est qu’on est en effectif réduit en ce moment et pis, je veux pas dire, mais la loi prévoit un préavis de trois mois donc légalement, rien ne nous oblige à relouer l’appartement pour le moment.
– Vous voulez dire que vous vous en battez les escalopes que je paie deux loyers, soit 1400€, pendant trois mois?
– Oui, en substance.
– Sophie, fais pas semblant de ne pas me remettre. Tu sais très bien qui je suis.
– Oui, je le sais bien. Je peux te filer une pancarte à louer pour accrocher à ton balcon si tu veux…
– Tu te fiches de moi?
– Ok, alors, t’as qu’à me dépanner d’un p‘tit truc à fumer, j’serai p’têtre plus conciliante.
– Je ne fume plus. J’ai jeté tous mes bangs et mes shiloms et mes pipes en verre à regret en 2001, j’avais tout le temps l’impression que ma mâchoire fondait…
– Tu déconnes? Toi? Tu fumes plus? Mon cul, ouais.
– Ton cul, si tu veux, n’empêche que JE NE FUME PLUS.
– T’étais déjà radine au collège, tu ne me dépannais jamais.
– La question n’est pas là, Sophie. Si t’avais été plus sympa, on aurait peut-être fumé ensemble mais ça se confirme, on dirait bien que t’es une grosse conna…
Melle Descours ne m’a pas laissé le temps de finir mon mot, elle a raccroché.

Je ne me laisse pas abattre, si les locataires potentiels ne viennent pas à Vieux Félin, Vieux Félin ira aux locataires potentiels, en passant par Vivastreet. C’est comme ça que je me suis essayé au sombre métier d’agent immobilier. J’ai passé une annonce, j’ai gentiment répondu à tout le monde, j’ai insulté personne (j’te jure) et j’ai fait visiter mon chez-moi.
Chaque fois, j’avais bien briqué le truc et avait accueilli les visiteurs dans une odeur de Saint-Marc nuits étoilée de jasmin à la fleur d’oranger du Mexique. Tout brillant de milles feux, en ayant pris soin de décrocher des murs mes indiennes lesbiennes, le formidable dessin de Grand Corléone représentant Charles Ingalls sodomisant le révérend Alden et le calendrier Stihl de Boy dont j’avais hitlérisé toutes les playmates.
J’ouvrais avec un grand sourire, le poil brillant et l’haleine fraîche.
Alors ça plaisait, ça plaisait pas, le fait est que je n’ai eu aucune nouvelle de mes visites. Et puis hier matin, alors que j’étais, pardonnez-moi l’expression, cul nu en train de changer Grumeau, voilà qu’on sonne.
Le matin, je ne suis pas très alerte et j’ai du oublier de mettre un futal avant de me pencher sur le balcon pour voir de quoi il retournait. Plein les yeux… Ahem
C’étaient des visiteurs dont j’avais complètement oublié la venue: le genre mariés, deux enfants, un peu bobos.
Bon. Chez Vieux Félin, à huit heures et demi du matin, ça ne sent pas vraiment le propre, c’est pas propre du tout d’ailleurs. J’ai du les faire patienter cinq bonnes minutes avant d’ouvrir, le temps pour moi de cacher tout ce qu’il y avait de cachable, de faire mon lit et d’ouvrir grand les fenêtres. Pas bien malin de cacher la crotte au chat quand tu fais visiter un appart, attendu que le concept, c’est quand même que les gens puissent apprécier la capacité des placards dans lesquels t’as vainement essayé de planquer tes merdes.
Heureusement le couple est sympa et fait genre « T’inquiète, c’est pareil chez nous ». Leurs deux enfants cavalent tant qu’ils peuvent, tripotent Grumeau qui ne se sent plus de joie et qui commence à baver en signe de totale amitié. Ils visitent la chambre de Grumeau qui heureusement est la seule pièce de la maison rangée et propre. Ça leur plait. Ils visitent ma chambre et me demandent des explications quant au choix de ma housse de couette. « Vous savez, un samedi chez Ikéa, la foule toussa, on fait parfois des fautes de goût… ». Bon, ça leur plait aussi. Ils visitent le salon et la femme s’extasie sur mon présentoir à cartes postales déguisé en bibliothèque «  Ah nan, mais c’est gé-niaaal, pure idée, quoi ». Ça leur plait. Ils visitent la cuisine, ça leur plait beaucoup moins tant c’est le bordel. Monsieur rigole quand il voit le calendrier Stihl et me balance un « Jalouse… » que je ne suis pas sûre d’apprécier.
Et puis ils vont dans la salle de bain. Monsieur me demande s’il peut jeter un œil aux placards et je réponds « A vos risques et périls mais si vous y tenez… » Et là, j’ai pas le temps d’arriver que je trouve le couple abîmé dans la contemplation de ma collection de sex toys… Là, je me déteste d’avoir oublié de les planquer.
(honte, honte)
Madame est rêveuse, Monsieur rigole « Et sinon, vous êtes enceinte? », les enfants demandent « C’est quoi cette grosse matraque rose??? »
Bien entendu, je ne m’étale pas sur la suite de la visite, ce post est déjà long comme le Nil, vous êtes déjà sans doute partis.
Merci beaucoup, on vous rappellera, on vous tient au courant sans faute.
Hier soir, alors que j’étais en train de changer Grumeau, Monsieur rappelle (Note qu’il choisi vraiment ses moments).
– Vieux Félin?
– Oué c’est pour quoi?
– C’est les visiteurs de ce matin…
– Vous ne le prenez pas, c’est ça?
– Non, au contraire, on a adoré, vous nous avez beaucoup plu !
– Vous avez conscience qu’il s’agissait d’une location et pas d’un plan à quatre?
– Hahaha! On voudrait le revisiter, mais vide, cette fois-ci. Ça peut se faire? On est très intéressés, on pense être heureux dans cet appart…»

Voilà lecteur, pas besoin de s’esquinter le dos à tout nettoyer. Parfois, faut que de la gêne, un calendrier coquin, une collec’ de sex toys et la magie opère…

PLUS JAMAIS.

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