Lecteur,

On en a bien des misères, chacun de notre côté, dans nos petites vies installées. Et comme j’envisage égoïstement ce blog comme mon cahier de doléances, je m’en vais essayer de te tirer un peu d’émotion, une pointe de compassion, un chouïa d’empathie pour la pauvre petite mécréante de la vie que je suis. Il semblerait que ça soit un fait avéré: je ne peux PAS vivre une grossesse peinarde. Les images idylliques de parturientes ivres de bonheur, d’hormones et de fraises ne sont pas pour moi. Nan.
Quel est le problème cette fois-ci?
Je vais te le dire.
Comme tu le sais, pour Grumeau, mon problème était qu’au septième mois, les médecins s’étaient rendus compte qu’il était censé peser un bon kilo de plus. J’avais donc eu droit aux regards accusateurs des infirmières et des médecins et des sages femmes qui traquaient le moindre signe permettant de les conforter dans leur idée, à savoir que j’étais une camée de la pire espèce. Il n’en est rien, tu t’en doutes, j’espère.
En fait, il devait y avoir une seule et unique parcelle de mon utérus où il ne faisait pas bon de s’installer pour un grumeau, c’est malheureusement là que mon fils avait décidé de poser son baluchon. D’après ce qu’on m’a expliqué, une fois qu’il fut bien clair dans l’esprit de tout le monde que je ne prenais ni alcool, ni coke, ni crack, il s’agissait de mauvais échanges et Grumeau ne recevait pas assez de bouffe et pas assez d’oxygène. Soit. Quand aujourd’hui je le vois ignorer royalement mes interdictions et mes menaces de toutes sortes, je me dis qu’on aura sans doute toujours un problème de communication, lui et moi. Mais le problème n’est pas là.
J’étais über inquiète pour cette grossesse-ci mais heureusement, Paupiette fait son poids donc visiblement, on ne rejouera pas « Vieux Félin en unité de grossesse pathologique contre les autres cas sociaux de Seine-Maritime  »
Seulement voilà, problème il fallait. Je suis aujourd’hui censée rester allongée 90% du temps. Non que l’idée en elle-même me déplaise, loin de là, mais c’est chose ardue lorsque tu décides de déménager et que ton conjoint qui bosse comme une brute de 6h à 18h te laisse seule faire l’intégralité des cartons. C’est chose ardue quand tu te rends compte que tu avais gravement minimisé la longueur de tes deux trajets quotidiens visant à déposer/chercher ton fils chez la nourrice à pied car tu n’as jamais été foutue d’aller au code et de passer ton permis, pute que tu es. Quand tu marches près de deux heures par jour, que dis-je marches, dandines serait nettement plus approprié, le fait est que tu as la démarche de qui aurait les testicules dans le plâtre, je disais donc, quand tu te dandines deux heures par jour, soufflant comme un bœuf sous le cagnard, ça tire un peu dans le ballon. T’as l’utérus qui fait des vagues et t’as comme qui dirait des douleurs pas supposées arriver avant trois mois.
Bon j’explique pour les hommes et pour les femmes sans enfants, une contraction, ça fait un peu comme si on t’enfilait un futal trois tailles trop petit et qu’on essayait de fermer la braguette, mais de l’intérieur. Ça serre. Il est normal de ressentir des contractions pendant la grossesse. c’est le ballon qui s’entraîne en prévision du match, mais c’est pas supposé faire mal, ni survenir toutes les cinq minutes… J’en ai bien sûr fait part à mon Armoire Normande qui s’est contenté de me soupçonner de vouloir en faire le moins possible.
Un soir, dans notre nouvelle chambre fleurant bon la peinture fraîche, l’Armoire Normande ronflant du sommeil du juste à mes côtés, je sens enfler le truc du futal trop petit et la douleur arrive et je sens mon gros ventre devenir dur comme de la pierre. J’attends que ça passe mais ça recommence comme ça quatre-cinq fois, je réveille ma moitié:
-Pssss, PSSSSSS !!!
– Quoi, bordel?
– J’ai des contractions et je morfle un peu, dis, faudrait peut-être s’affoler, là…
– Mais nan, putain, qu’est-ce que tu ferais pas pour me faire chier.
– Mais euh… euh… connard, va. T’as vu comment je trime comme une brute?
– Ecoute-moi bien, Chu. Les femmes enceintes des tribus africaines, elles font soixante bornes à pied par jour pour aller chercher de l‘eau, elles s’en portent pas plus mal. Arrête de me saouler avec tes contractions.

« Il a dit quoi???? » s’est scandalisée ma gynéco.
« – Comme je vous le dit
– T’as bien fait de m’appeler, on va voir si ces contractions n’ont pas modifié ton col.
Ma gynéco me tutoie, elle me connait depuis ma première pilule du lendemain, aux alentours de 1999.
– Ok, Vieux Félin, tombe ton fut’ et monte sur la table. C’est bien ce que je pensais, ton col est raccourci. Ecoute-moi bien, si t’arrêtes pas tout de suite de jouer les joggeuses, dans deux semaines je t’hospitalise jusqu’à l’accouchement.
– Mais euh, vraiment?
– Oui, ma p’tite, vraiment. Monte sur la balance.
– C’est obligatoire?
J’avais déjà suffisamment de soucis pour ne pas vouloir m’en rajouter une louche avec une pesée. Je monte malgré tout et m’étonne du chiffre indiqué.
– Est-ce que tu te rends compte que tu pèses moins qu’à ta première visite de grossesse???
– Ah?
– Bon, c’est bien. C’est très bien, ta Paupiette est en pleine forme mais il FAUT que tu arrêtes et que tu TE REPOSES, compris?
– Je demande que ça, vous savez. »
Sur ce, elle me prescrit une tonne d’examens sanguins et une montagne de vitamines, puis, elle se met à écrire un truc sur une ordonnance. Voici le contenu:
Je soussigné, Dr X, certifie que l’état de santé de Melle Vieux Félin nécessite un REPOS COMPLET A DOMICILE. Quant aux femmes africaines que vous avez balancé à la tête de votre compagne, sachez qu’en tenant compte de la mortalité infantiles ainsi que celle des femmes en couche, votre argument vaseux n’a pas plus portée qu’un pet dans le vent.
– Bon, tu me promets de faire attention?
– Oui.
– Allez file, je te revois dans deux semaines et si t’as pas fait gaffe entre temps, c’est hôpital/plateau repas dégueulasse/monitoring jusqu’à Noël, pigé???

Quand je vous dit que je ne peux pas vivre une grossesse peinarde. Faites des mômes, tiens…

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