Lecteurs,

Travailler à domicile, c’est un rêve pour grand nombre d’entre vous, ne le niez pas bande de sournois, tout le monde se dit qu’on serait tous vachement plus motivés et efficaces si on bossait dans nos meubles et pas à la lumière blafarde et malsaine d’un néon faiblard comme un sombre avertissement sur nos têtes, celui qui dit que nous serons encore là bien après nos soixante étés, entourés de collègues que l’on a appris à mépriser profondément aux fils des différentes fêtes de bureaux et pots de départ en retraite. Après ya ceux qui ne jurent que par le travail en extérieur, comme ma moitié bucheronne, qui hurle tout nu dans la forêt de Bizy « I’m free like a river » pour peu que tu l’aies laissé cinq minutes de trop en intérieur… Mais, là encore, c’est pas l’sujet.
Moi, j’ai la chance (?) de travailler à domicile et laisse-moi te dire que souvent c’est un combat de tous les instants.
C’est un combat limite perdu d’avance quand tu es aux prises avec ton FAI (FREE, pour pas les nommer, cette bande d’enculés de la pire espèce) qui fait absolument tout sauf raccorder ta putain de ligne dans ton nouveau domicile. (Je rappelle pour le nouveau là-bas au fond que mon boulot c’est de te vendre par téléphone des trucs hyper chers pour faire bosser des autistes et des trisomiques dans des CAT. En ce moment, je mets le paquet sur le gel pour les mains bactéricide et virucide, ha ha ha …Si t‘as conscience que je fais du  fric sur la PEUR, tu vas vite te dire que je suis une sombre rapace et t’auras pas complètement tort). C’est donc un combat dans le sens où  pas de connexion, pas de téléphone. Pas de téléphone, pas de sacs à gravats/ PQ/ramettes de papier/ gel pour les mains bactéricide et virucide. Pas de tout ça, pas de salaire. Comment te décrire ma rage quand je répète mon problème (chômage technique depuis trois semaines) à un « technicien » perdu au fin fond du Maghreb qui n’en a absolument rien à battre que je ne puisse pas faire mon fric et que ça me met passablement les babines à la sauteuse… Entre le 15 août et hier, moult tickets d’incidents ouverts, moult appels onéreux à la hotline qui n’est gratuite que quand tu n’as aucun problème donc aucune raison de te taper leurs dix minutes de pop fadasse avant de parler enfin à quelqu’un de vivant et surtout presque un mois sans faire une putain de vente.
Tu dois te douter qu’hier, j’étais comme qui dirait au taquet, limite un peu trop et que ça n’a pas servi à grand-chose, vu que je me suis rapidement rendue compte que j’étais tellement stressée que je faisais peur aux gens et que donc ils me raccrochaient au nez. Que de que… J’avais du oublier de mettre ma voix de pute parce que ça donnait ça:
« – Mr Boufette?
– Oui?
– Bonjour, Mademoiselle Adam à l’appareil, des Libellules Bleues, je souhaiterais connaître vos besoins en gel bactéricide et virucide…
– Hein?
– La GRIPPE A! Mr Boufette! Ce gel vous permettra sans doute de passer au travers des filets de ce virus dangereux! Avez-vous des problèmes respiratoires, Mr Boufette?
–  Qu’est-ce ça peut te foutre, grosse connasse??? Tuuuut, tuuuut, tuut.
Autant te dire que je n’ai pas vraiment fait un bon chiffre…
Ce matin ça allait un peu mieux, j’avais mis ma voix de pute et tout, le baratin qui va bien et qu’est censé te faire acheter PLEIN DE CHOSE « pour devenir acteur de l’insertion des personnes handicapées », donc cahin-caha, je progressais doucettement vers mon chiffre. Et là où bosser à domicile devient traître, c’est que lorsque tu prends ta pause dèj au bureau, bon, tu peux revenir un peu somnolent mais quand tu bosses à domicile et que tu te cales dans ton canap’ devant Nurse Jackie (pour peu qu’en plus t’aie un mousse dans la soute), les chances de t’endormir avoisinent rapidement les 95%. (penser à ne pas recommander cet article sur FB, mon patron pourrait le lire, ça serait dommage) Et moi de baver allègrement sur le coussin, que si quelqu’un avait mis les images en ligne sur ce blog, plus jamais tu viens me lire… La douce sonnerie de mon portable me tire des bras de David Bowie ( mes fantasmes ont une régularité effrayante ) aux alentours de 15h40… (tousse, tousse)
« – Hein?
– Mademoiselle Adam?
– Nan, c’est Vieux Félin, vous faites erreur
– Je ne suis pas sur le portable de Mademoiselle Adam, des Libellules Bleues???
– Euuuuuuuh si, quittez pas je vous la passe… Allôôôô ?
– Bonjour, entreprise Boufette et Boufette à l’appareil. (Je cherche dans mon cerveau embrumé de quelle commande il s’agit et tout )
– Oui, en quoi puis-je vous aider?
– Vous avez passé commande avec mon mari au mois de juillet pour des housses à bac, seulement la commande n’est pas recevable pour plusieurs raisons. (Je rame comme une malade pour entraver de quoi elle me cause…)
– Voyez-vous ça…
– Comme je vous le dit, vous aviez dit à mon mari qu’il s’agissait d’un don, en plus la facture n’est pas adressée au nom de l’entreprise mais à notre nom, en plus ça passe pas auprès de notre comptable qui gueule qu’on peut pas faire passer 200 housses à bac 330 L pour les besoins de notre entreprise qui je le rappelle est une entreprise de ramonage… J’ai le colis sous les yeux, là, j’l’ai pas ouvert…
– Attendez une minute Mme Boufette, vous êtes bien en train de me dire que votre mari a cru qu’il s’agissait d’un don? Qu’est-ce qu’il n’a pas compris dans des mots tels que « commande » « mode de paiement » « prix hors-taxes » et « livraison » ?
– Bah euh…
– De plus, je me souviens bien avoir rempli deux adresses différentes, une pour la livraison à votre bureau et une au siège pour la facturation.
– Oui, c’est pas vous, je vois sur le bon de commande que vous aviez bien écrit ce qu’il fallait mais après ya quelqu’un qui a barré et qui a mis idem pour la facturation.
– Ce n’est pas moi qu’il faut contacter Mme Boufette… C’est le CAT.
– Vous pourriez pas le faire?
(J’ai du carton dans la bouche, les paupières collées et je me gratte les fesses)
– Mmmm, je suis extrêmement occupée vous savez… Bon , oui, si vous voulez. Mais une dernière chose, votre mari a obligatoirement reçu un appel d’une de mes collègues pour confirmer la commande?
– Oui, c’est juste.
– Pourquoi n’a-t-il pas réglé le problème avant que vous soyez livré, m’évitant par là même le lent et long et probablement infructueux effort d’annuler votre commande..?
– Bah euh, on veut pas annuler on veut avoir un papier qui dit que c’est un don, pour le comptable.
– Il ne s’agit pas d’un don, Mme Boufette (je lui gueule un peu dessus). Dans « don » on retrouve quoi?
– Euh « donner »..?
– Bien, Mme Boufette. En l’occurrence, un don n’attend rien en retour, or une commande suggère un achat, vous voyez? Argent contre produit ou service…
– Oui. Mais on peut pas faire comme si c’était un don?
– J’en sais foutre rien Mme Boufette, moi aussi j’aimerais bien faire comme si. Faire comme si je me faisais sauter par David Bowie tous les soirs que Dieu fait, mais je ne peux pas, malheureusement. Alors, je vais voir ce que je peux faire pour vous et je vous rappelle, ok?
– Merci, vous êtes gentille.
– Non, Mme Boufette, je ne suis pas « gentille ». »
Après un appel à mon bureau où ma responsable m’a gratifié d’un « Oh mais je m’en fous un peu là! C’est le weekend, là, rappelle lundi. Allez, salut. » j’ai considéré un tant soit peu la situation historique.
J’ai pas bossé depuis presque un mois et quand je récupère enfin ma ligne c’est pour ronchir tout l’aprèm sur mon canapé, et en plus le seul coup de fil de ce même après-midi aboutira sans doute à une annulation…
Bilan: travailler chez soi, c’est comme qui dirait à double tranchant.
Oh, ça va, hein!

Et bon weekend.

Publicités