Lecteur,

Je sais pas si t’es au fait des traditions juives mais en ce moment, c’est Yom Kippour. Qu’est-ce donc que ce drôle de mot, me demanderas-tu, toi qui est resté sourd et aveugle à la Vérité si je mens, Comme t’y es belle, Rabbi Jacob et autres fleurons de l’humour juif, ahem… Yom kippour (jour de l‘expiation), ou Grand Pardon, est l’une (sinon la) plus importante des fêtes juives ou t’es censé jeûner 25h (ça ne dispense pas les femmes enceintes, hein) et où t’es censé réfléchir à qui tu as blessé, qui t’a blessé et comment refoutre un peu paix dans le dedans de ton cœur tout pétri de mécréantise.

Je ne vais pas t’abreuver de nos dogmes bizarres et de nos expressions imprononçables et vais aller droit au but de Kippour: demander pardon, pardonner, expier et se mortifier l’âme, tout ça, sans se brosser les dents.
T’as vu comme ça a l’air sympa?
Bon, moi qui suis pas très juivée, je ne fais que très très très rarement Kippour dans les règles de l’art. Pour être honnête, j’ai du le faire une fois sérieusement, avec passage à la synagogue et tout et tout… Je me rappelle toutefois avoir honteusement triché niveau clope… Mais laisse-moi te dire qu’après 25h de jeûne, des heures dans une synagogue surchauffée et bondée où tout le monde est cracra, quand vient l’heure pour toute la smala de se réfugier sous le talith du chef de famille, t’as juste envie de tomber dans les pommes. Ça te donne pas vraiment un goût de rev’nez-y
Pour te donner une idée du truc, de façon très pratique: tu passes 25h sans: te laver, te maquiller, te brosser les dents, lire, manger, boire, fumer, sexer, te masturber, regarder la télé, checker tes emails, bloguer, travailler… le plus simple étant de te dire ce que tu peux faire, ce que tu dois même absolument faire: prier et méditer sur ta pauvre petite existence impie, égoïste et crapuleuse. Ce serait l’enfer sur terre si je suivais ça, à 14h30, tu me retrouverais suicidée au javel dose. Le fait est que je ne peux tenir qu’une heure et demi sans coca light …
Dans mon Kippour à moi, appelons-le Le-Kippour-Light-de-Vieux-Félin, la seule interdiction maintenue est celle de travailler. Aujourd’hui, donc, je ne bosse pas, je mets mon téléphone en veille, je suis aux abonnés absents. Et j’adore, bien sûr.
Ajoutons-en une, si tu le veux bien Lecteur. Aujourd’hui, je n’engueulerai personne et je pardonnerai… Si t’as une annonce à me faire, profites-en, ça n’arrive qu’une fois par an.
Aujourd’hui donc, je pardonne.
Je pardonne à ma fille de prendre ma vessie pour un trampoline.
Je pardonne à mon fils d’être lui-même (ça parait violent dit comme ça, mais je ne vois pas comment le formuler autrement)
Je pardonne à ma p’tite pute de m’appeler Marcel depuis que je me suis vue contrainte d’acheter une salopette spéciale gros bide.
Je pardonne à ma belle-mère de me faire tourner en bourrique 365 jours par an.
Je pardonne aux gens qui m’envoient chier quand je les appelle.
Je pardonne à Free pour être mon ennemi n°1.
Je pardonne au vigile de chez Monop de me suivre à la trace, comme si j’allais voler l’intégralité du magasin.
Je pardonne à la CAF qui est en retard sur mes remboursements de libre choix de mode de garde.
Je pardonne à ma banque de me prendre autant d’argent.
Je pardonne à Dieu.
Je me pardonne à moi, pour toutes mes névroses et ma mauvaise foi.
Et je t’enjoins, Lecteur, à en faire de même, de ton côté, que tu sois juivy ou pas. On a tellement de choses à haïr qu’une petite trêve de temps en temps, ça fait du bien par où ça passe.

Va en paix, Lecteur.

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