Lecteur,

Si tu as la chance de ne pas avoir d’enfants, lis bien attentivement ce qui suit. Je m’en vais t’exposer les principales raisons pour lesquelles tu serais plus fute de vouloir skydiver au dessus de l’Everest que de te laisser aller à l’envie de te reproduire. Parce que oui, Lecteur, on te ment. Tout-à-fait, avoir des mômes, ça craint. Avoir des mômes, c’est bien loin du concept idyllique où on te fait bouffer de l’idée de famille le dimanche en forêt, la tribu toute de Ralph Lauren vêtue, sourire ultra-brite et tant pis si la petit dernière s’est maculée de glace jusqu’au sommet du crâne. Ça n’existe pas. Je ne vais pas la jouer women only et donc, je vais éviter de te parler de la grossesse. Je vais t’expliquer ce qu’il se passe après, quand Grumeau est sorti de sa phase larvaire et commence vaguement à ressembler à une vraie personne.

Premièrement, la légende selon laquelle ton môme est obligé de t’aimer n’est qu’une vaste fumisterie, crois-moi.

J’ai essayé de tout bien faire pour que Grumeau soit une petite larve béate et pendant un moment, j’ai cru que j’avais bien fait tout comme il fallait attendu que Môssieur Pue-la-Couche se faisait péter les cordes vocales dès lors que je quittais son champ de vision, ne jurait que par moi et donnait l’impression à son père qu’il pouvait aller mourir dans un caniveau sans que ça l’empêche de dormir.
Cette époque est, tu t’en doutes, révolue.
Depuis que Grumeau marche et qu’il a découvert tous les possibles que ça entraînait, moi sa mère, je suis prise dans les affres des remords et de la culpabilité.
En clair, depuis qu’il marche, je peux crever la gueule ouverte. Sauf bien entendu quand il a besoin de quelque chose, comme un gâteau, mais je développerai ce point plus loin. Pas que ça soit une mauvaise chose que l‘indépendance, loin de là… mais quand tu penses à toutes les nuits où tu t’es levé parce qu’il avait fait tomber son horreur de doudou, toutes les fois où il t’a gerbé (ou fait carrément) dessus, tous les rendez-vous chez le pédiatre, tous les biberons, toutes les chansons, tous les massages soit disant anti coliques (et je ne te parle pas des dents), toutes ses choses pour quoi? Pour une absence totale de reconnaissance. Tu crois qu’il court vers toi, alors tu t’agenouilles pour accueillir en ton sein le fruit des entrailles mais c’est en fait la basket de son père sur laquelle il se rue et il te dépasse sans te jeter un regard, tu restes donc comme ça, à genoux, les bras ouverts et ton cœur de se fendre comme une pierre en hiver. Tu deviens vite transparent aux yeux de ton môme. Chez moi, ça se traduit par des crises de larmes incontrôlables et des heures à me demander si je l’ai aimé suffisamment ou si je ne suis qu’une connasse de mère indigne qui n’a que ce qu’elle mérite.

Ton môme, sache-le, ne sera pas obéissant. Je sais ce que tu te dis quand tu vois des enfants turbulents dans la rue. Tu te dis que ça ne se passera pas comme ça, chez toi. Petit niais, va. T’auras beau être hyper strict (et crois-moi, c’est chiant), t’auras beau lire « Obedience for dummies », si ton enfant a décidé de faire quelque chose, il le fera. Par exemple, Grumeau, il trouve très drôle de mettre ses doigts dans le nez du premier quidam venu, le premier quidam venu étant en général votre obligée. J’ai beau expliquer à Grumeau que ça ne se fait pas de racler les fosses nasales des autres, même les siennes, c’est limite, j’ai beau dire « Non », hurler « Non, bordel, Grumeau!!! », j’ai beau lui racler sa petite fosse nasale à lui pour qu’il voit ce que ça fait (il adore, soit dit en passant), il continue comme si de rien n’était. C’est pareil pour ses chaussettes qu’il s’obstine à retirer, ça ne modère en rien sa passion débordante pour les télécommandes et plus généralement le matériel multimédia, ces réprimandes ne l’empêchent pas non plus de jeter tout ce qui lui passe sous la main dans les chiottes dont il sait ouvrir la porte. Pendant ce temps, t’as juste envie de t’arracher les yeux.

Et tu sais, ça t’énerve quand les gens disent en parlant de leur progéniture: « Il a son p’tit caractère »??? Perso, ça m’énervait moultement. Mais force est de constater que mon fils a un caractère de merde, violent même. Il griffe, il mord, il tape. Et quand ça fait six fois qu’il te griffe la gueule parce que tu as eu l’outrecuidance de lui remonter son futal ou simplement de vouloir changer sa couche infecte, t’es obligée de te dire que t’as foiré quelque part. Soit gentil avec toi-même, épargne-toi ces heures d’inutile introspection, va te faire stériliser tout de suite. Tu ne le sais pas encore, mais ton fils qui te voyait jusqu’à présent comme le centre de son univers va bientôt jeter son dévolu sur son autre parent et te jeter comme une vieille merde. Mon fils ne jure maintenant que par son père, injustice s’il en est…
Dans mon cas, on ne peut pas dire que son père mérite vraiment cette soudaine et inconditionnelle affection. On parle quand même de celui qui lui a coupé un bout de pouce en voulant lui tailler les griffes au coupe-ongles pour adulte et qui lui a fait se gaufrer salement sur le bitume d’un parking Leclerc en voulant prendre leur caddie en plastique pour un skateboard… Imagine la scène, tu t’es tapé toutes les corvées: le change, le bain, le diner. Grumeau commence tout juste à être humainement acceptable et tolère un câlin quand Monsieur déboule tout de copeaux saupoudré et te vole la vedette en deux secondes. En deux secondes, ton fils ne te voit plus, te repousse quand tu veux l’embrasser et tape des mains en clamant « Papa, Papa! » (Toi, il t’appelle « Tata », tu sais pas trop comment tu dois le prendre). Quand tu en parles à ta psy, elle te dit que c’est tout à fait normal et que ça prouve que tu as bien fait ton boulot de mère. T’as comme envie de lui dire de pas te prendre pour une conne.

Voilà, en gros, ce à quoi tu peux t’attendre si tu t’entêtes à vouloir te reproduire. Heureusement que l’INPES est là pour te sensibiliser…

Et si tu persistes, bah je peux plus rien faire pour toi. Je te laisse, je vais aller préparer une compote… Putain d’hormones…

Publicités