Lecteur,

Force est de constater (et là, je parle de ta petite vie à toi toute personnelle, même pas celle qui implique l’accession d’un petit sboub à la tête de l’Epad) que la vie de tous les jours ne ressemble pas à un épisode de Friends, ou de Off Centre, ou de Two and a Half Men, séries dans lesquelles les personnages ont tous de gentils voisins, déjantés certes, mais gentils.
Non, dans la vraie vie, tes voisins ne sont ni drôles, ni pittoresques. La plupart du temps, faut dire ce qui est: ce sont des cons.
Et là, tu peux me dire « On est tous le voisin de quelqu’un » mais je te dirais froidement que ce n’est pas le débat.
Depuis que Pute et moi avons emménagé dans notre 100 m2 en bords de Seine, on s’est pas vraiment fait des amis.
Bon déjà, quand j’ai vu la gueule de la résidence, pelouse taillée au millimètre, fleurs bien rangées dans les plates-bandes et façades blanchies de près, j’ai su deux choses.
La première étant qu’on allait faire tâche avec nos gueules de voleurs de poules.
La deuxième étant que la moyenne d’âge des habitants devait bien frôler les 70 printemps.
Bilan: on sentait déjà à plein nez les mesquines embrouilles de proximité.
Dans le coin gauche: ma famille (Pute, Grumeau et moi-même), dans le coin droit: tous les autres. Dans le rôle de l’arbitre: un gardien tellement physiquement intéressant que t’as envie de te l’étaler sur du pain frais. Bon.
Il est très gentil, ce gardien, on le sent bien dans son rôle: arranger tout le monde, être serviable, ramasser les vieilles quand elles se cassent le coccyx.
Premier jour: Déménagement.
«  – Dites, Mademoiselle Vieux Félin, faudrait que votre mari, il gare son camion ailleurs parce qu’il bloque le passage des ambulances et des pompiers.
– Mille excuses, c’est vrai que ça doit tomber comme des mouches ici. On le déplacera dès qu’on aura fini de se bousiller le dos à monter nos merdes qu’on a pas le droit de mettre dans l’ascenseur…
– Je suis désolé, hein, vous savez, c’est pas moi, c’est les habitants qui se plaignent.
– Mais ça fait que 45m qu’on est là…
– Comme je vous le dis, je suis désolé. »
Troisième jour:
«  – Dites, Mademoiselle Vieux Félin, faudrait que vous gariez mieux la poussette, ça bloque le passage des bicyclettes, les habitants se sont plaint qu’elle prenait toute la place.
– Dites donc, si ils ont suffisamment de vigueur pour se plaindre de n’importe quoi, juste pour le plaisir de se plaindre, ils peuvent aussi avoir la vigueur de la déplacer eux-même, cette poussette de merde, quand elle « bloque » le passage de leur bicyclette de merde, merde!
– Mademoiselle Vieux Félin, j’vous aime bien, moi, c’est pas moi hein, c’est eux.
– Mais moi aussi je vous aime bien, allez, vaya con dios. »
Sixième jour:
«  – Bonjour, Mademoiselle Vieux Félin !
– Putain mais vous sortez toujours de nulle part comme ça?
– C’est pour vous demander de déplacer les chaises vertes parce qu’elles bloquent le passage des jouets du petit fils de Madame Muche.
– J’ai pas de chaises vertes.
– Mais si, vous savez, celles qui bloquent le passage des jouets du petit-fils de Madame Muche.
– J’entends bien mon brave, je vous dis que c’est pas à nous.
– Ah bon?
– Bah vi. Par contre, on nous a fauché notre sèche-linge.
– Un vert aussi?
– Ouais.
– Ah.
– Quoi?
– Bah j’ai vu Monsieur Muche avec, il allait le porter à la déchetterie.
– COMMENT ???
– Non mais vous en faites pas, je vais le rattraper, j’vais vous le récupérer, promis. »
Septième jour:
«  – Hé, Mademoiselle Vieux Félin !
– Bonjour, on vous a déjà dit qu’à 7h00, ya encore des gens qui dorment?
– Désolé, j’ai retrouvé votre sèche-linge!
– Merci, c’est gentil.
– Ah et puis, Monsieur Truc s’est encore plaint que le camion de votre mari était dans le passage.
– Ooooook… Dites-lui qu’on le déplacera quand on aura un démarreur qui fonctionne et quand il sera bien gentil de me tenir la putain de porte lorsqu’il me croise les bras chargés de courses.
– Vous savez, je crois que c’est la tête de mort sur les portes du camion, et les tronçonneuses sur le capot qui plaisent pas par ici.
– Et en quoi ça me concerne?
– Bah…
– Baheuh, rien du tout, Pute est ELAGUEUR, ELAGUEUR, OK ?
– Vous énervez pas, je trouve ça joli moi!
– Si ça plait pas, j’m’en branle, c’est son outil de travail, ok? Dites-leur d’arrêtez de faire chier, ok?
– En fait si vous pouviez juste le garer dans le coin sombre là-bas…
– Vous voulez dire là où les jeunes fument du crack le soir?
– Vous aussi vous avez remarqué?
– En gros, ce que vous me dites, c’est qu’il fera moins tâche chez les camés que dans la résidence qu’elle est proprette?
– Je suis désolé.
– Je sais, m’en veuillez pas si je vous claque la porte au nez. »

Et ce matin j’ai placardé une gentille missive dans le hall:

A l’attention des habitants de la résidence,

Bonjour,

Consciente du vide abyssale de vos hivers, j’ai pris sur moi d’ignorer vos plaintes de tous poils mais cétacé dit la baleine, retournez donc vous indigner devant Toute une histoire et Sans aucun doute et surtout, surtout, allez tous vous faire mettre !

Voisinalement vôtre,

Vieux Félin »

A suivre…

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