Lectorat,

En temps normal, je ne suis pas sympa. La preuve, j’ai genre trois amis. Mais peu me chaut, je sais pas si j’aimerais en avoir plus. Après, c’est des coups à recevoir des tonnes de pokes et des bennes de cadeaux kitsch et autres « tes amis t’attendent à l’apéro ! » Je bois pas, connasse.
Je sais pas si t’as vu, toi, mais Facebook, il se lance dans le sondage d’opinion et commence à te poser des questions du genre « Crois-tu que la paix dans le Monde soit envisageable dans les 50 prochaines années? ». A cette question hautement intelligente, pour ne pas dire cruciale, non mais sans déconner, tu ne peux répondre que par oui ou par non. Tu peux aussi aller te faire foutre. Con de site.
Bref, quand il arrive que des gens tombent sur mon profil et se disent « Oh mais je la connais, cette bougresse ! » et qu’ils m’envoient des invits pour redevenir mon ami/e: je me pose deux questions:
1/ Est-ce que je connais cet énergumène?  (moment de réflexion intense, imagine la tête de qui essaierait de diviser 1 585 748 par 663)
Oui parce qu’il m’est arrivé moult fois de me dire qu’avec ma cervelle trouée de boulettes, il est probable que j’oublie mais que la personne, de bonne foi, ne mérite pas de se voir envoyer bouler très loin. Alors j’accepte. Mais la plupart du temps, ce sont des gens que je ne connais pas, même s’ils jurent qu’on a bu un coup un soir dans le 20ème ou encore qu’ils étaient assis à côté de moi en maths en 1989. Alors je vire.
2/ Est-ce que j’ai envie de faire semblant de m’intéresser à ce qu’est devenu cette personne? Il en résulte donc un  non catégorique.
Pas plus tard qu’il y a un mois, j’ai reçu une invit d’une fille qu’a quand même été ma meilleure amie pendant de longues années, j’ai accepté of course. Ya une semaine, je me suis rendue compte que ni l’une ni l’autre n’avait tenté d’engager la conversation.
Tout ça pour dire, outre que ce paragraphe est un hymne à la digression absconse, que les amis, de façon générale, c’est pas pour moi.

Là où je voulais en venir, si tu t’es pas déjà endormi, c’est que si en temps normal, je ne suis pas une fille affable, imagine ce que c’est quand je suis enceinte.
Au premier trimestre, je deviens folle furieuse, écumante. Je déborde littéralement d’hormones et ça fait comme Hiroshima dans mon cerveau déjà pas très clair.
C’est au cours de ce trimestre, par exemple, qu’il peut m’arriver de dire à l’un des gamins autistes et traumatisés que garde ma belle-mère que non, il rêve, c’est pas parce qu’il m’appelle Maman que je vais l’adopter. « Ta mère est morte, petit, fais ton deuil et arrête de manger tes poignets. »
Au deuxième trimestre ça se calme un peu, je me retiens de faire des croches-pattes à la petite débile de ma belle-mère qui a l’outrecuidance d’appeler mon fils Grumeau. Je lui fais juste remarquer que si elle en veut un à elle, elle n’a qu’à arrêter la pilule et aller tripoter Jean-Jean là où c’est dur. Pour le reste, elle laisse mon marmot tranquille. Ma belle-mère, bien sûr, est en tête de liste de mes gentillesses, et je vois bien cet éclair d’appréhension traverser ses yeux quand elle me voit me dandiner dans sa direction. Peut-on gentiment me dire de fermer ma gueule, non, parce qu’en plus d’être vilaine, je suis aussi violente.
Aujourd’hui, je suis bien plantée dans mon troisième trimestre et commence sérieusement à en avoir plein le cul. Quand je pense à la façon dont je me plaignais quand je portais Grumeau, je me rends compte que c’était du pipi de chat par rapport à ce que me fait endurer ma fille non-née. Je ne peux plus me lever sans devoir être tractée, mon dos me rappelle que l’angle d’une colonne vertébrale n’est pas censé dépasser les 90°, mes doigts ne sont plus que de vilaines saucisses de Morteau, mon ventre fait plus d’un mètre de circonférence (1m05 pour être précise) et se pare de ces si jolis poils noirs qui heureusement ont la bonne idée de tomber suite au vêlage. Je me vois aussi obligée de porter des couches à nichons, même si Pute veut bien se charger de me traire, comme il me le propose régulièrement.
Frappée par la somme de toutes ces petites misères, je redouble d’ignominie.

Avec ma nourrice, Claudine le Dédale:
VF: – Dites, elle a une haleine de jockey vot’gamine !
CLD: – Je vous permets pas! Non mais ça va pas bien !
VF: – Quoi? Moi c’que je dis c’est que vous devriez la vermifuger, une haleine pareille, c’est sûr, elle a des vers. Z’avez pas intérêt à infester Grumeau ou je la tonds, vot’ môme.

Avec mon échographiste:
E: – Ce sont vos enfants?
VF: – Le blond, oui, l’aut’, grand Dieu, non, hahahahahahahaha !
E: – Sont tous les deux blonds.
VF: – Celui qu’a une lumière d’intelligence dans le regard c’est le mien, l’autre il a pas de parents, il a ma belle-mère.
E: – Ah.
VF: Vous savez, avec une conversation pareille, ce serait bath si vous ne m’adressiez pas la parole.

Avec ma boulangère:
B: – Ce sera tout?
VF: – Non, quand on est pas foutue de faire autre chose de sa vie que de vendre des baguettes, la moindre des choses c’est d’avoir une peau convenable. On dirait que vous vous être échappée d’une léproserie, là.

Avec mon agent immobilier:
VF: – C’est bon? Ils sont bien faits les travaux? Dégagez de chez moi, j’ai pas que ça à foutre.
AI: – Parlez-moi sur un aut’ton Melle Vieux Félin, sachez que je peux tout à fait réclamer le remboursement du loyer gratuit dont vous avez bénéficié.
VF: Si pour ce prix là je peux vous en mettre une, ce sera pas cher payé. Barrez-vous ou je sors la tronç’

Avec un ami qui voulait seulement savoir comment j’allais:
UA: Allô, VF? Comment tu vas, ma couille?
VF: – J’ai pas d’argent à te prêter.
UA: – Attends mais je t’ai rien demandé…
VF: – Tu me les rends quand ces bouquins que je t’ai prêté ya de ça, oh, au pif, trois ans ???
UA: – Bah quand tu veux, hein, tu veux qu’on se voie?
VF:- Bah ça dépend, t’es toujours avec la connasse de l’été dernier?
UA: – Elle s’appelle Marie et on est marié !
VF: – Mazal Tov, rappelle-moi quand elle t’aura trompé avec un pompier volontaire.
UA: – T’es vraiment qu’une salope, tu le sais, ça?
VF: – Et toi, t’es pitoyable au plumard, c’est pas pour autant que je t’insulte.

Comment te dire, Lecteur?  C’est tout bonnement un mystère, comment se fait-ce que personne n’ait eu la bonne idée de me taper?
Il me reste, au pire, 52 jours de grossesse. Passé ce délai, je veux rien entendre, je vais la chercher moi-même. Non, parce que, pas que ça soit une habitude chez moi, mais je commence à avoir des remords.

T’aurais pas des forceps sous la main?

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