Lecteur,

Comme tu m’as souvent répété à quel point tu adorais Pute et en cette veille de weekend, n’étant moi-même qu’amour et décontraction, je m’en vais te délivrer une deuxième couche des astuces dont je te sais friand.

Pute ne paie pas de mine comme ça. A le voir, tu te dis que c’est vraiment une bonne pâte avec le cœur sur la main, un peu push over même. Ne te fie pas à cette toute frauduleuse image… Je m’y suis moi-même laissé prendre et quelle ne fut pas ma déconfiture lorsque j’ai découvert la vraie nature de ce bûcheron toxicomane et érotogène.

Avant, lorsqu’on avait pas d’enfant, ma vie avec Pute était une fête de tous les instants.
Pute m’emmenait quatre fois par semaine au resto, me laissait dépenser 700€ en vingt-sept minutes sur sa carte Printemps et me couvrait de bijoux.
J’avais envie d’aller à la mer, un mercredi soir vers 19h20? AUCUN PROBLEME, à 21h30, on bouffait des langoustines sur le port d’Honfleur.
J’avais très envie de lire la totalité de la rentrée littéraire ? MI CASA ES SU CASA, je retrouvais les 25 et quelques livres bien rangés dans ma bibliothèque.
Ça a duré environ quatre ans. Quatre ans durant lesquels il a enduré mes disques de David Bowie (il déteste, oui je sais, c‘est blasphème), de System of a Down (il conchie) alors qu’il voulait juste écouter Balkan Beat Box… Quatre années où le moindre de mes désirs se voyait comblé manu militari.

Depuis … rien.

Depuis, Pute me dit « on va faire comme si »

J’ai envie d’aller au resto, Pute me dit: « On va faire comme si on allait au Sot l’y Laisse »
Et Pute de se lancer dans la préparation d’un pot-au-feu discutable qui laissera ma cuisine exangue, empuantira toute la maisonnée avec des relents abjects de viande bouillie à la cocotte, d’os à moelle figé et de légumes blets. Je tiens à préciser que Pute sait que je déteste le pot-au-feu. Cette technique visant à provoquer un tel effroi chez sa bien-aimée qu’elle en oubliera sans doute le cœur de l’affaire, l’emmener au resto.

J’ai envie d’aller au ciné. Encore une fois, on va faire comme si.
Pute éteint toutes les lumières, lance Les Visiteurs sur le Freeplayer et se vautre à mes côtés, une main dans mon soutif, l’autre sur ma cuisse…
« – Alors? T’as pas comme l’impression d’y être???
– Non Pute, j’ai juste l’impression d’avoir treize ans. T’es gentil, t’arrête de me baver dans l’oreille. »

J’ai envie d’un cadeau.
Alors, bien sûr, Pute fait comme si.
Il va donc chercher dans mes affaires un truc qui a vaguement l’air d’être neuf et le met délicatement dans un sac rigide Dior avant de me le tendre, tout pétri de roublardise. C’est comme ça qu’un jour, il m’a offert un pendentif en cœur dont mon père m’avait déjà fait cadeau, quelques semaines avant sa mort. Ne m’ayant jamais vu avec, il a du en déduire que j’avais oublié son existence. Ai-je besoin de te dire que je l’aurais bien quitté ce jour-là…?

J’ai envie que Pute assiste à la naissance de sa fille.
Pute est en train de préparer un enregistrement de sa voix et ça donne à peu près ça:
«  Pousse, connasse, mais pousse bordel!

T’es nase, t’as pas d’ tripes ou quoi?

Ah c’est dégueulasse !

Moi aussi, je t’emmerde!

Attends, je vais couper le cordon !

Mais non, elle n’est pas moche… »

Alors tu vois, Lecteur, cette technique fonctionne à merveille. Je ne dis plus jamais que j’ai envie d’aller chez le coiffeur, ni que ma sœur me manque et que ce serait bien d’aller la voir, je ne dis plus jamais que je me taperai bien des sushis ou un falafel.
Malgré ces petites misères, Pute reste mon Pute.

Je l’aime, quoi…

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