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C’est pas dans mon genre d’aller au taff avec le sourire.
Nan.
Quand j‘étais solliceuse de zif et que je te vendais des sacs à gravats/ramettes de papier/gel hydro alcoolique/peau de chamois/blanco, on pouvait pas dire que je m’accrochais un sourire aux oreilles avant de composer ton numéro. Même si, à ma voix, tu pouvais sans difficultés me pictualiser en train de courir au ralenti dans un champ avec des coquelicots et tout plein de soleil et les cheveux au vent et pourquoi pas en robe vichy tant qu‘on y est. En vrai, j’étais avachie sur un fauteuil miteux, la clope au bec, pattes écartés à me gratter le nombril dépassant de mon tee-shirt « Club Mickey Cabourg 1987 ». Tout ça en tirant la gueule.Quand j’étais serveuse, c’était tout pareil et après c’étaient des coups à se poursuivre avec des couteaux de cuisine dans les rues du 20ème et donc ça donnait pas franchement envie de damer chez moi.

Maintenant que je ne suis toujours pas bibliothécaire, je vais au boulot en sifflotant le Pont de la Rivière Kwaï. Ça, ça veut dire que ça me rend jouasse. Et si en plus, on pouvait éviter de me payer en bons points ce serait über palpitant. Mon vieux, il disait toujours qu’on peut PAS avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de crémière. Force est de constater qu’il était champion ès sagesse populaire. Il avait bien raison.

Pourquoi je te raconte tout ça et pourquoi le lundi spécialement je te ponds des intros dont la longueur n’a d’égale que leur parfaite absconsserie?

Ouais.

Parce que ce que je préfère dans mon dur, ce sont les gens. Je te la fais courte parce que je te sens dans le vague.
Une bibliothèque: ça rassemble un nombre d’énergumènes que ça te ferait rêver la nuit. T’y trouves de tout.
En plus comme je suis censée être polyvalente, je vais un peu partout…
Ça va de la mère de famille en section jeunesse qui a trois beaux enfants et chacun porte une médaille de baptême et la marmaille coiffée au carré avec des serre-têtes ou porte un « chandail » avec un écusson dessus.
Mère de famille: Vous avez Mathilda?
VF: Oui je vais voir s’il est disp…
MDF: Jean-Médéric !  Lâche tout de suite cette petite fille!
VF: Si vous pouviez aussi dire à vot’ gosse là, ouais, celle qui bave et qui marche comme Bambi… Si vous pouviez lui dire d’éviter de massacrer le ghetto-blaster ce serait bath de vot’part et oui, on a Mathilda. Section roman à la lettre D comme « dans ton cul, Dahl »
MDF: Jean-Médéric!!! Oh, ça suffit maintenant!
VF: Ouais, je sais, de rien, je suis d’une grande aide, merci beaucoup, tout ça…
MDF: Jean-Médéric! OH!
VF: Le ghetto-blaster aussi, z’êtes aimable.
MDF: Ma chériiiiiiiiie? Victoria? Tu lâches cet appareil multimédia s’il te plait, ma chériiiiiiiiie? Victoria?
VF: Vooooilà.
MDF: Saperlipopette j’ai oublié ma carte!
VF: …
MDF: Je peux me servir de votre téléphone?
VF: QUOI?
MDF: Je vais appeler Geoffrey, mon mari, il va venir apporter les cartes des enfants. Téléphone… (et là, elle tend négligemment la main en agitant les doigts comme si ça urgeait et que vraiment, le p’tit personnel c’est plus c’que c’était)
VF: Allez au RDC, ici on peut pas passer d’appels extérieurs… mais je peux pas vous garantir qu’on ne vous envoie pas chier comme une malpropre.
MDF: Je vous laisse les enfants, je reviens.

A celui qui se fait vraiment chier dans la vie et qui suppute que puisqu’il se fait autant chier, ça doit être pareil pour toi.

Celui qui se fait vraiment chier: Bonjour, ça va?
VF: Bonjour.
CQSFVC: Fait chaud hein?
VF: Clairement.
CQFVC: Bon et sinon?
VF: Je peux vous aider, monsieur?
CQFVC: Je vais à Marseille la semaine prochaine.
VF: Vous cherchez un guide touristique?
CQFVC: Oh! Non, vous savez, mademoiselle, le nombre de fois que je suis allé à Marseille! C’est bien simple, Marseille je la connais comme ma poche! Déjà quand j’étais minot, ma maman elle me préparait toujours des tartines de miel alors voyez un peu?
VF: Non, j’avoue que je suis perplexe.
CQSFVC: Marseille de toute façon, c’est beau.
VF: D’accord.
CQSFVC: Vous faites quoi après?
VF: Après quoi?
CQSFVC: Après la fermeture.
VF: Je vous fuis, pourquoi?
CQSFVC: Ca vous dirait pas d’aller à Marseille?

Mais aussi à celui que tu ne comprends pas quand il parle:

Celui que tu ne comprends pas quand il parle: Iccchooou.
VF: Bonjour.
CQTCPQIP: Ichenavéfi avéchifo?
VF: What the fuck?
CQTCPQIP: Ichenavéfi avéchifo?
VF: HEIN?
CQTCPQIP: ICHENAVEFI
VF: Un film?
CQTCPQIP: Ni!
VF: Ok
CQTCPQIP: AVECHIFO?
VF: Est-ce qu’on a un film… avec… des seringues?
CQTCPQIP: Hon!
VF: Merde, mais articulez!
CQTCPQIP: Avé chi vo.
VF: D! Viens voir, j’entrave que dalle.
D: Je peux vous aider M. Tran?
CQTCPQIP: Iche navé fi avé chivo?
D: Un film avec des chevaux… Oui, veuillez me suivre!
CQTCPQIP: Con-nasse.

A celui que tu n’écoutes pas vraiment rapport à ce qu’il est beau comme un Dieu.

Brad Depp: Salut, ça va?
VF: Ouais!
BD: Dis, est-ce que t’as Kill The Young?
VF: ….
BD: Tu m’entends?  Kill the Young, s’il-te-plait!
VF: …
BD: Heps!
VF:…
BD: Allô?
VF:…
BD: D, est-ce que t’as Kill the Young?
D: Ouais, viens voir, je te donne ça.
VF: Hein quoi, qui me parle?
D et BD: Laisse tomber, va.

En plus de ça, je peux écouter tout ce que je veux et exclure des docs du prêt rapport à ce que c’est trop urgent que je les écoute/regarde/lise.

Finalement, je sais pas toi, mais je comprends vaguement pourquoi je suis payée en bons points.

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