Ami lecteur, pelé de passage, famille, enfant paumé sur le ouèbe 2.0 qui n’a rien à foutre ici (dégage, c’est pas de ton âge),

Bonjour.

Alors voilà, je vais être obligée de vendre des meubles pour vivre.

Pleure pour moi, veux-tu ?

Je t’ai pas raconté comment s’est passé mon entretien d’embauche. Je t’ai même pas expliqué que c’est en fait la nourrice des morbacks qui m’a refilé le plan, ou comment mon employée me trouve un employeur, tout va bien.

Bon, je t’ai déjà dit que ma génitrice avait eu un date avec le patron du shop. Même qu’elle disait que c’était un, je cite : « gros connard de nouveau riche show-off et lourdingue qui commençait toutes ses phrases par moi je sans jamais les finir par et vous ». Bon. Ça me plaisait moyen, cette histoire. D’une ma mère n’est pas franchement « aimable », on se demande de qui je tiens, elle n’est pas franchement « diplomate », on se demande de qui je tiens bis repetita et je supputais qu’elle l’avait envoyé chier dans les grandes largeurs, l’anus dilaté et outré par le langage tendre de ma charmante maman pas sympa.

Deuzio, mon nom de famille est suffisamment rare pour qu’il puisse sans mal faire le rapprochement entre la mère et la fille.

Autant te dire que j’avais une chance de morue au soleil d’avoir le poste. Non que j’y tenais particulièrement, note-bien. Faut dire ce qui est, c’est un boulot de merde.

Qu’est-ce que je disais ?

Ouais. J’ai quand même pris mon téléphone pour les appeler et vérifier qu’ils cherchaient toujours une vendeuse. Pas de bol, ils cherchaient toujours. Rendez-vous le lendemain avec le fils, un certain Alexandre dont je savais à la voix qu’il était chauve. Oui, je peux deviner une calvitie au téléphone, c’est un de mes talents, qui figure d’ailleurs en bonne place dans mon cv.

Le lendemain gros dilemme, qu’est-ce que j’allais me poser sur le cuir pour avoir un tant soit peu l’air de convenir au poste. Ont rapidement jarté de l’équation mes Doc Martens et les deux-tiers de ma garde-robe. Avec ce qui me restait, je pouvais soit me déguiser en pute… soit avoir l’air d’être attendue à un rallye, ce qui, l’un dans l’autre, est parfois sensiblement similaire mais de toute façon j’avais pas de chapeau adéquat. Finalement, je me suis dit qu’il valait mieux attendre pour sortir le kit n°12, je me suis donc contentée d’un modeste mais efficace n°5.

Je suis arrivée et j’ai pu constater que 1) l ‘Alexandre en question était bien chauve et que 2) grand bien fasse à ma mère d’avoir rejeté les velléités sexuelles du papa d’Alexandre parce que là, comment dire, je lui en aurais voulu.

Alexandre « tu permets que je t’appelle Alexandre ? » comme dans « Vieux, tu permets que je t’appelle Vieux ? » ( Non mon gars, tu ne te permets pas tu vas d’abord te faire pousser des cheveux et ensuite tu permettras) me fait asseoir en face de lui et lâche un « m’kaaaaaaaay » que j’apprendrais très vite à ne pas supporter.

A: Alors, Vieux ? Comment ça va ?

VF : Melle Félin, s’il-vous-plaît. Le management à l’américaine, merci mais non merci.

A: Oh du caractère ! Joli ! M’kaaaaaaaaaaaaay

VF : Quels sont les horaires ? Quel est le fixe et le montant des commissions ? Je vous ai apporté un bulletin de salaire, histoire de vous donner une idée du chiffre que je peux faire en agaçant des gens par téléphone.

A: M’kaaaaay, ah !

VF : Alors ?

A: Alors c’est pas ici que vous vous ferez autant de pognon, ma jolie !

VF : Le « ma jolie » aussi, on va éviter. Qu’est-ce que vous voulez dire?

A: Je veux dire qu’on offre 1200€ fixe brut et 4.78 % de commission.

VF : Sur les ventes ? Vous blaguez, là…

A: Sur la marge !

VF : WTF ???

A: Ahem…ça ne vous semble pas suffisant ?

VF : Non, clairement.

A: Et ça vous choque ?

VF : Qu’on soit bien clairs, admettons que je vende une lampe d’un montant de… 119.60€.

A: Ouais…

VF : Vous enlevez la TVA, admettons que vous l’ayez vous-même achetée 50€, vous voulez dire que je toucherais sur cette vente 4% et des brouettes soit 2€ et quelques ??? (119.60€ – TVA 19.6% = 100€ – 50€ = 50€ x 0.478 + mon cul sur la commode = de la merde)

A: C’est ça.

VF : Vous êtes sûr que c’est légal ce que vous faites ?

A: Complètement sûr. Par contre, va falloir enlever votre piercing. Enfin, les visibles, hein, je sais pas si vous en avez d’autres, vous en avez d’autres ? Et puis vos tatouages aussi, c’est standing ici.

VF : Oui, c’est sûr, vous avez la classe dans votre genre. Maintenant faites-moi mal et parlez-moi des horaires.

A: Du mardi au samedi 9h15/19h plus 5 dimanches par semestre.

VF : Nom de Dieu mais elle est horrible votre offre d’emploi !

A: Oui mais y’a un CDI à la clef !

VF : Parce que vous croyez que ça va intéresser quelqu’un ?

A: On trouve toujours. Est-ce que vous parlez anglais, parce que nous non, alors on cherche quelqu’un qui parle anglais.

VF : Yes I do and pretty well I’d say. So convenient you do not… it allowes me to yell my wrath, how nauseous you make me, you and your dickhead, you and your loosy job. I already hate everything you are, sad, sad little wuss.

A: Parfait ! Vous êtes disponible à partir de quand ?

VF : M’en veuillez pas si je dis oui pour mieux refuser par la suite.

A: Euh m’kaaaaaaaay

VF : Juste, ayez conscience que je vais me barrer à la minute où je trouverais mieux.

A: Ahem m’kaaaaaaaaay. Mais ne vous avancez pas trop vite, si ça se trouve vous ne ferez pas l’affaire.

VF : J’aurais pas cette chance. »

Le papa d’Alexandre vous permettez que je vous appelle Alexandre débarque et demande si c’est moi « la fille qui causait bien au téléphone » ? Il acquiesce. Le papa d’Alexandre se barre vers l’espace cuisine.

La secrétaire a l’air triste, on dirait un cocker. La technicienne de surface semble quant à elle à deux doigts de s’étouffer avec sa serpillère.

Je crois que je vais réfléchir.

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