Les entretiens d’embauche me font souvent l’effet d’un examen hyper invasif du style de ceux qui impliquent les efforts conjugués d’un côlon et d’une caméra.
Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, je passais un entretien d’embauche pour redevenir serveuse rapport à ce que finalement, Alexandre, tu permets que je t’appelle Alexandre voulait vraiment me la mettre trop profond et que bon, on se connait pas, c’est pas propre. Donc je voulais pas de son boulot de merde qui consistait à vendre des trucs qui coûtent un bras sur lesquels je ne gagnerais que 2.50 €.
Comme je vis dans un département dont d’aucun dirait que c’est à l’étranger et que bon, faut dire ce qui est, je suis aussi une bonne à rien patentée sans autre diplôme qu‘un DAEU, j’avais pas des masses de choix. Caissière, serveuse, secrétaire médicale: du rêve, quoi. Je me suis rabattue sur du facile, du qu’on connait, du très familier, à savoir la restauration.
J’ai fait comme ils disaient et je me suis abonnée aux offres Polemploi.
La bonne blague.
Du rire tous les matins dans ta boîte mail.
Ya une semaine, je vois une annonce qui semble me convenir avec du CDI et de la mutuelle dedans. Et un salaire que t’as pas tout de suite envie de pendre.
C’est une crêperie, ça tombe bien j’adore l’andouille de Guéméné.
J’appelle et me souviens que j’avais postulé un an plus tôt pour un poste de cuisine. Greta qu’elle s’appelle, la patronne.
Elle dit qu’elle se souvient de moi et me demande ce que j’ai fait depuis un an.
Un môme et des bêtises, que je réponds.
On se voit dans la journée. Tout se passe bien.
Tout se passe bien jusqu’à ce que Greta me balance entre une clope et un café qu’elle tient à ce que je sois « validée » par sa maman.
Je prends deux secondes pour halluciner avant de répondre un « Mais bien sûr, c’est tout à fait normal » dont l’hypocrisie le dispute au foutage de gueule.
Rendez-vous hier à 14h avec la dite maman.
Jamais je plais aux mères.
C’est un genre de curse.
Les mères me détestent. Je la sentais très moyen cette histoire de validation. D’ailleurs d’où elle me valide cette connasse, d’abord?
Bon.
J’arrive à la crêperie. Elle est fermée. Ça commence mal.
Trois coups de fil plus tard, Greta m’ouvre la porte du Saint des Saints à 42 couverts.
Là, je rencontre Jeannou. On dirait cette pute de Yolande en pire. Je sais pas quelle première impression je lui fait, une chose est certaine la mienne est foutrement mauvaise. Le fait est qu’elle ressemble à ma belle-mère. Physiquement aussi. Du coup ça me perturbe et par principe je fais la gueule.
On s’installe à une table. Jeannou a mon cv sous les yeux et le fait glisser frénétiquement.
J: Alors c’est vous qui pensez convenir au poste?
VF: Non. C’est pas moi, je me présente parce que je pense justement ne pas convenir au poste .
J: Vous plaisantez?
VF: Qu’est-ce que vous en pensez?
J: Ma fille ne sait pas choisir ses employées.
G: Euh Maman, t’y vas un peu fort, là.
VF: …
J: C’est comme son môme, elle lui mange dans la main.
G: Je crois pas que Vieux Félin soit venue pour entendre ça.
VF: Mais ouais, trop pas. Greta… euh.. Salaire? Euh… Attributions?
J: Elle dit qu’il est handicapé mais en fait c’est juste qu’elle sait pas le tenir.
VF: Mais euh, sinon, le poste tousssa, focus Jeannou.
G: Il a le syndrome d’Asperger, Maman!
J: Foutaises.
VF: D’accord. C’est pas grave.
J: J’aime pas votre piercing, vous êtes baba cool, vous? Ou gothique je sais plus. Faudra vous attacher les cheveux aussi. Vous avez quel âge pour garder les cheveux si longs?
VF: 1) J’ai 28 ans. 2) Je ne suis ni gothique, ni baba cool ou alors vous n’avez pas le bon dictionnaire. 3) Au bout de plus de trois ans à faire ce boulot, j’ai cru comprendre que c’était mieux de le faire avec les cheveux attachés.
Là je fais de mon mieux pour cacher mes 54 tatouages trop visibles.
J: Moi j’ai mon caractère. J’ai 60 balais et je compte pas me faire chier, c’est pas aujourd’hui que je vais changer. Vous êtes quel signe?
VF: Quel rapport? Bélier.
J: Ascendant?
VF: Encore une fois, quel rapport? Cancer.
J: Donc votre boulot ce sera d’être souriante et de bien vous occuper des clients et de vous occuper de la salle de A à Z. Vous vous en sentez capable? Non parce que de toute façon on va tout vous apprendre, hein.
G: Elle a trois ans d’expérience dans la restauration.
VF: J’ai trois ans d’expérience dans la restauration.
J: On se tutoie.
VF: QUEL RAPPORT?
J: Vous savez mémoriser des commandes?
VF: Jeannou, comment te dire que j’ai trois ans d’expérience dans la restauration et que tes pauvres 42 couverts ne sont rien en comparaison des 96 excités du tickets restau que je m’enfilais toute seule, ce n’est rien en comparaison de mon kabyle de patron qui me hurlait dessus en arabyle et qui me menaçait régulièrement avec ses couteaux quand il voyait tanguer une couscoussière tenue par la seule force de mon pouce bionique.
J: Oui mais ici, c’est pas Paris, c’est la bourgeoisie de province, c’est autre chose.
VF: Non. C’est pareil.
J: C’est de quelle origine ton nom de famille?
VF: QUEL RAPPORT?
G: QUEL RAPPORT?
Ça a continué pendant une heure et demi. Je suis sortie de là j’étais lessivée.
J’ai dû lui rappeler encore trois quatre fois que je connaissais à peu près le dur.
Elle a continué de dénigrer sa fille pendant ce temps-là.
Genre elle voulait me donner la réponse demain.
Genre j’ai dit que fallait voir à pas trop se foutre de ma gueule.
Elle s’est sentie un peu agressée et du coup, j’ai commencé à lui plaire.
Quand je suis partie elle m’a tapé la bise.

Au secours, quoi.

Je te laisse avec l’égérie des bains de sièges © Le Velu. C’est de circonstance.

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