Aujourd’hui, je voulais te parler de Rafael derniers jours de Gregory Mac Donald qui m’avait mis une grosse tarte dans la gueule en 1998 et je voulais aussi et surtout te faire part de mon effroi quand j’ai vu The Brave, la bouse cinématographique qu’en avait fait Johnny Depp. Et finalement du pourquoi il était raisonnable de dire à Johnny Depp: « Foutre bleu! Qu’est-ce qui t‘a pris? »
Le seul problème c’est que le bordel sans nom que constitue ma bibliothèque m’a quelque peu empêchée de retrouver le dit roman pour le relire et te démontrer par A+B, preuves à l’appui, qu’il faut parfois se contenter d’apprécier une œuvre sans vouloir à tout prix se l’approprier. J’étais colère. Tout Johnny Depp qu’il est, c’est pas une raison pour faire popo sur un très beau roman.
Mais tu vas devoir patienter. Je te propose de repasser en 2012 quand j‘aurais de nouveau l‘énergie pour une pareille entreprise. A savoir ranger ma bibliothèque.
A la place et sans transition, je vais te parler des romans qui ont jalonné ma vie et qui l’ont changée, d‘une certaine façon. En plus, c’est l’été et qui dit « été » dit « plage », qui dit « plage » dit « roman »… T’es pas en vacances? Moi non plus, je fais pas la gueule pour autant.
On a tous (ceux qui savent lire et qui ont la bonne idée d’exploiter ce savoir à des fins spirituellement nourrissantes) lu et relu certains romans. Tiens, ma sœur par exemple, c’est une fanatique des Rougon Macquart. Mais elle lit aussi Anna Gavalda et là je comprends plus très bien mais bon, c’est pas l’problème. Ces livres, je sais pas toi, mais moi je ne peux tout bonnement pas m’en séparer. Je les relis tous les ans, voire plusieurs fois par an. Tu me les enlèves, je meurs de chagrin.

Pour toi lecteur, Top 10 de mes romans trop d’la balle:

# 10: Opus Pistorum. Henri Miller:

Aussi sûrement qu’il faut avoir un  bon bouquin de cul dans sa bibliothèque, il faut avoir lu au moins une fois Opus Pistorum. Y’en a pour tous les goûts là-dedans. Que je le lis, je frétille direct. Ecrit à plusieurs mains et dans la clandestinité, ce roman sent tous les fluides corporels à la fois. Chaudement, que je te le recommande.
# 9 : Pedro Paramo. Juan Rulfo:

Ce livre, malgré les années et le nombre de lectures, reste un putain de mystère. C’est le genre de roman que tu lis avec les sourcils froncés et l’air constipé. C’est magique et incompréhensible. Ça parle de fantômes et du Mexique.

# 8 : Du mercure sous la langue. Sylvain Trudel:
Roman très court à dévorer d’une traite la nuit quand t’arrives pas à pioncer. Frédéric a seize ans et il va mourir d’un cancer. Il écrit des lettres du Purgatoire à ses proches à poster après sa mort, il glisse du popcorn sous son prépuce pour faire peur aux infirmières, il fait de la poésie, il t’apprend ce que c’est la joie de vivre. Mais pas sûr que ça t’aide à dormir.

# 7: Lolita. Vladimir Nabokov: C’était l’été que j’ai lu pour la première fois Lolita, je ne l’ai pas lâché avant de l’avoir fini. Peu importe ce que vous en pensez, c’est une légende. Humbert Humbert, ce prof amoureux de la jeunesse et de la cruauté de Dolorès, nostalgique de la sienne et de son premier chagrin d’amour. Universel.

# 6: L’Attrape-Cœurs. J.D Salinger: Roman de la jeunesse par excellence. Dérive initiatique de Holden Caulfield, seize ans, qui s’est sauvagement barré de son collège et qui erre dans les rues de New-York. Comment ça tu l’as pas lu?

# 5 Les Anges n’ont rien dans les poches. Dan Fante. Je suis une cinglée des premiers romans. Autobiographique, il relate les derniers jours de John Fante, L’image du père-« monstre », la dérive du fils, l’alcool, le désespoir et la folie dans les rues de Los Angeles. Gavé bien.

# 4 Demande à la Poussière. John Fante. Premier roman de Fante, le meilleur, évidemment. Autobiographique comme le reste de son œuvre, le roman raconte les galères du petit italien des Abruzzes qui veut être écrivain. C’est bourré d’humour. Histoire d’amour également: une paire de huarraches avec une serveuse mexicaine au bout.

Les trois prochains sont tous les trois # 1, il y a des choix qu’il faut ne pas savoir faire.

# 1: Et l’Âne vit l’Ange. Nick Cave. Le martyr de Euchrid Eucrow, muet et fanatique. Consanguinité, mon amour. Comment te dire ce que je ressens quand je lis ce roman? Non, je ne peux pas te le dire. Dire que c’est beau, que c’est terrible, que c’est écrit que tu n’en crois tes yeux: ce serait dire de la merde. Il faut que tu le lises, c’est tout. Problème: Il est n’est plus réédité donc bon courage.
# 1: Les Fleurs Bleues. Raymond Queneau: Enfin un français. Drôlissime et anti-dépresseur. Est-ce le Duc d’Auge qui rêve qu’il est Cidrolin ou Cidrolin qui rêve qu’il est le Duc d’Auge? Du Moyen-Âge aux années soixante avec des chevaux qui parlent et une péniche, du rêve en barquette.
# 1: L’Arrache-Cœur. Boris Vian. Moi c’est simple, les gens qui disent que Boris Vian faisait de la merde, je leur fait pipi dans la bouche. Jacquemort est psychiatre. Il arrive dans un coin particulier où la religion est un luxe, où les gens jettent leur honte dans un fleuve rouge, où les enfants volent, où le rien existe, où les pères partent et où les mères enferment.

Maintenant que je t’ai gavé de conseils de lecture, sois gentil rend-moi la pareille.

C’est quoi ta came?

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