Bon, on arrête de déconner cinq minutes parce que l’heure est grave.
C’est pas tant le fait d’être interdit bancaire qui pose problème. C’est pas tant le fait de ne pas avoir de boulot parce que l’un dans l’autre, je préfère largement être devant mon écran à écrire que de bosser comme une conne pour deux roubles.. C’est pas tant l’histoire du complexe social qu’accompagne le statut de chômeuse. Ce qui me fait chier les babines du bas, c’est que je suis pas sûre sûre de pouvoir payer ma nourrice. Et moi, c’est pas possible, je peux pas vivre normalement sans nourrice. Je crois que je préfèrerais encore arrêter de fumer.
Bref, c’est drôle la vie. Quand t’es petit tu t’attends à plein de trucs sympa et si t’es pas trop mal lotis, tes parents t’apprennent que tu pourras faire à peu près ce que tu voudras pour peu que tu t’en donnes les moyens. (Enfin, je dis ça, c’étaient les années 80 je sais pas pour les plus jeunes). Si t’as pas d’bol, ils te diront que t’es rien qu’une sous-merde qui ne pourra jamais que les décevoir.
Quand j’étais petite, au début, je voulais être vétérinaire et là tu me dis « Comme c’est original » et je te réponds « Ta gueule s’il-te-plaît ». Ma sœur elle voulait ouvrir une pâtisserie avec un rayon bijouterie ou l’inverse, je sais plus. Maintenant, elle est avocate spécialisée en droit de l’environnement. Moi non plus je vois pas le rapport.
Je disais je voulais être vétérinaire. Le truc c’est que j’avais pas d’animaux chez moi, mon père ne voulait pas, rapport à ce que c’était pas vraiment un ami des bêtes. Cette idée a tenu bon quelques temps, jusqu’à ce qu’un après-midi d’été je découvre un nid de martinets dans le garage de la maison. Mes parents me disaient d’arrêter de tourner autour mais j’ai jamais écouté ce qu’on me disait. J’ai trouvé un petit martinet tombé du nid, avec du duvet et trop plein de mignonnerie pour la toute petite fille niaise que j’étais.
Dans ma tête de toute petite fille niaise, ça tournait sec. C’était mort pour le remettre dans son nid parce que je l’avais touché et je voulais pas qu’il périsse sous les coups de bec de ses parents et je voulais pas trop prévenir mon père rapport à ce que je supputais la rouste. Je me suis donc décidée à lui apprendre à voler.
Là, tu te demandes comment j’ai fait mon compte.
Bah tout simple, hein. J’ai pris une raquette de tennis en plastique rose, j’ai posé le bébé martinet dessus et je l’ai envoyé très haut dans les airs. J’ai répété plusieurs fois l’opération et même une fois je l’ai rattrapé au vol et je l’ai smashé. Il retombait toujours par terre, le con. Il est mort en me chiant dans la main et mon père m’a collé une mandale. Une carrière étouffée dans l’œuf.
Ensuite, je voulais être danseuse étoile. Et là tu me dis « Comme c’est original » et je te dis « On avait dit que tu fermais ta gueule, s’il-te-plaît ». Mais j’avais une prof sadique que tenait absolument à faire elle-même les chignons des danseuses afin que ces dernières ressemblent toutes à de petites asiatiques au cuir chevelu ensanglanté par de meurtrières épingles. Plié-arabesque-pas-de-bourré-rejeté-sissonne-sissonne-révérence. Je me suis mise au modern jazz et puis j’ai laissé tomber ma carrière quand je me suis retrouvée sur scène déguisée en ticket de métro. Bon. Nan, j’ai pas de photos. Personne n’en a.
Entre-temps, mon père est mort.
Y’a rien de tel pour te mettre à l’écriture. Depuis je n’ai pas arrêté. Je voulais être écrivain. Y’a même Emir Kusturica qui m’a remis un prix (ouais, je me la pète) pour un concours autour de Jonathan Livingston le Goéland organisé par les écoles de la région (oui, bon c‘est moins reluisant).
Après, il y a eu des années où j’ai successivement arrêté mes études, sombré dans les substances illicites et l’alcool, galéré comme une chienne et je suis partie en désintox.
Quand j’en suis sortie, j’avais pas la queue d’une idée de ce que j’allais faire de moi. J’avais un truc comme 23 ans. Je suis devenue barmaid, j’ai posé et j’ai rencontré des gens.
On m’a demandé si ça me dirait d’être actrice. Ça me bottait vachement jusqu’à ce que j’apprenne que si Claude Lelouch voulait me rencontrer, c’était pour me faire passer un tout autre genre d’essai. Une carrière de moins.

Maintenant, je cherche toujours ma voie mais surtout un dur. Et les annonces polemploi elles me font trop marrer. Quand y’en a.

J’ai jamais cessé de vouloir être écrivain mais ainsi va la vie, je suis blogueuse.

C’est pas si mal.

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