Si t’as la chance inouïe de m’avoir dans tes FB friends, tu sais qu’hier soir je m’essayais à la pédagogie juvénile en participant à l’aide aux devoirs dans un quartier classé ZEP.

Foutre bleu qu’est-ce que je foutais là-bas te demanderas-tu peut-être.

Je vais te le dire.

C’était un entretien d’embauche. Ils sont tellement en chien dans l’Éducation Nationale que maintenant, quand tu veux être assistante d’éducation (tu noteras que l’utilisation du verbe vouloir tient plus de la nécessité que de la vocation pure) tu passes un premier entretien formel et ensuite, un entretien terrain qui leur permet de joindre l’utile à l’agréable à la main d’oeuvre gratuite.

En gros c’est quoi ce taff de cinglé que je me suis potentiellement trouvé ?

Tu prends des élèves en plein décrochage scolaire pour cause d’illettrisme, de toxicomanie, de vol aggravé, de violences familiales, de paresse (rayer la mention qu’a rien à foutre là) et tu les colles dans un espace exigu pendant quatre semaines durant lesquelles une équipe de gens très dévoués se font forts de leur foutre dans le crâne que mine de rien, l’école, c’est über-bath-mieux que la taule, la rue et la mort à base d’atroces souffrances.

Que ça s’appelle un Atelier Relais. Que ça remet les jeunes dans le droit chemin des études qui z’en ont rien à battre.

Ça t’ouvre des perspectives ?

Moi, j’ai jamais voulu faire dans le social.

Malgré tout mais surtout la famine guettant notre foyer, j’ai postulé pour ce dur de bâtard avec une lettre de motiv’ pas piquée des vers avec du rire et des larmes et du sang et de la sueur. Quand je me suis présentée à l’entretien, tout s’est bien passé. Je faisais très bien semblant de trouver le taff merveilleux de gratifications personnelles, je n’étais qu’altruisme et bonne volonté. Tout s’est très bien passé jusqu’à ce que la coordonnatrice de l’Atelier me demande si j’étais motorisée attendu que l’assistant d’éducation de l’Atelier Relais est censé se mouvoir de collège en collège avec la grâce d’une gazelle… Comment lui répondre que si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais même pas le droit de marcher ? Donc bémol mais j’ai quand même accédé au next level, le terrain mode gentil : l’aide aux devoirs pendant deux heures et demi, niveau 6ème/3ème.

So ? Bilan de l’expérience:

Vieux Félin ?

Sept lettres.

Pas mieux.

LACUNES.

Madame ? C’est quoi un COS ?

What the fuck, c’est quelle matière ?

Français, Madame.

Euh… T’as ton cahier avec toi ?

Non.

Bien sûr, trop facile. Un Bescherelle peut-être ?

Un beschquoi ?

(Vieux Félin compulse frénétiquement un bouquin de grammaire à la recherche de ce foutu COS)

Un COS est un complément d’objet second, il complète une phrase ayant déjà un COD ou COI et est précédé d’une préposition.

C’est quoi une préposition ?

À, dans, avec, contre, de, etc… Tu as compris ?

Non.

Ok, un exemple… Vieux Félin se consacre à l’élève avec courage, où est le COS ?

À l’élève ?

Hahaha ! Nan ! Dans ton cul ! Ça c’est le COD.

Avec courage ?

Tu vois quand tu veux ! Bravo. Tu as compris ?

Non.

Bah fais tes maths.

Plus tard…

Madame ?

Ouais ?

Vous pouvez m’aider ? Je comprends pas, je dois apprendre ma leçon parce que demain on va faire un texte, une dictée et faudra changer les temps et justifier.

Je n’ai rien compris.

Bah on va avoir un texte.

Ok

Et faudra changer les temps.

Ok.

Et faudra justifier l’emploi des temps.

D’accord.

Qu’est-ce que je fais ?

Pourquoi je ne comprends pas ce que tu ne comprends pas ? Tu as ta leçon ?

Ouais.

Bah révise l’emploi et la valeur des temps.

Ah.

Je reviens dans dix minutes pour t’interroger.

Ok.

Pendant ce temps, Vieux Félin compulse à nouveau son bouquin de grammaire pour réapprendre très très très vite pourquoi on utilise le passé simple, l’imparfait, le passé antérieur…

Qu’est-ce que je foutais à l’époque où, moi-même, j’étais supposée apprendre cette leçon et pourquoi ne l’ai-je pas retenue ? Ah, c’est vrai, je fabriquais des bangs démontables à base de marqueurs et de tuyauterie.

J’ai aussi jeté un oeil aux devoirs d’espagnol et puis j’ai reculé très très lentement pour que personne ne remarque ma fuite vers la sortie. Pour me rattraper, j’ai passé une demi heure à carrément faire les devoirs d’anglais d’une petite très maline attendu que je ne m’en suis rendue compte qu’une fois la tache achevée.

Madame, on se battait pourquoi pendant la Première Guerre Mondiale ?

(Pourquoi j’ai pas un smart phone ? Pourquoi j’ai pas un smart phone ???)

(La putain d’sa race, pourquoi on se battait bordel?)

Quand j’ai enfin trouvé où j’avais rangé la réponse (Entre Brian-Austin Greene et la naissance du Christianisme, oui bah je suis pas très Deway dans ma tête) le môme était déjà chez lui en train de mater Les Simpson.

Quand N. m’a raccompagnée, j’ai été un peu surprise, elle m’a dit que je m’en étais bien sortie.

C’est quoi au juste les critères de l’Éducation Nationale ?

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