[Je ne poste que maintenant sur mon virage en bonnes et dues formes car non seulement je ne voulais pas que ça ressemble de près ou de loin à une justification mais aussi car une fois le  « beaucoup de bruit pour rien » retombé, je peux être à peu près sûre que cet article ne fera pas l’objet d’une polémique à base d’enfonçage de portes ouvertes. Je n‘ai pas réagi aux articles publiés sur l‘histoire parce que je n‘en avais aucune envie. Je remercie juste Guy Birenbaum ici avant de pouvoir le faire en IRL, peut-être bien à l‘horizontale. #shame]

Attention, cet article n’est pas écrit par cette connasse de Vieux Félin mais par celle qui se cache derrière.


Admettons que vous ayez ouvert un blog dans le but affiché d’y raconter « une » vie.
Votre vie?
Presque. Une vie qui ressemble très très fortement à la vôtre, à ceci près que vous la romancez un minimum et que vous y ajoutez votre MOJO. Le mojo? Votre patte, pour ne pas dire style car il ne faut JAMAIS galvauder le concept de « style » et ne parlons surtout pas de littérature. Parce que la littérature, c’est pour ceux qui écrivent vraiment. Il faut avoir une légitimité pour prétendre faire de la littérature. En plus, j’veux dire, tu racontes ta vie alors tout le monde s’en branle, t’as aucune légitimité.
Mais je m’égare déjà en l’espace d’un paragraphe.

Où en étais-je, nom de dieu de merde?

Oui! Tu ouvres ton blog pour y raconter ta vie. Peut-être parce que tu aimes écrire. Peut-être parce que tu aimes donner du plaisir aux gens qui viennent s’égarer quelques minutes sur tes bafouilles. Tu veux leur donner du plaisir en les faisant rire parce que tu te souviens vaguement qu’au début du siècle dernier, les gens riaient 15 minutes par jour alors qu’aux dernières nouvelles, on ne passait plus que 5 pauvres minutes à se marrer. Peut-être que tu veux les faire rire avec ta vie et ses emmerdes parce que toi, t’en as pas du tout envie.

Donc admettons que cette perspective te débride complètement et que tu te lâches et que tu t’en tamponnes les babines du bas de dire merde à chaque phrase. Qu’est-ce que ton blog commence à devenir? Quelle place tient-il dans ta vie? Dans quelle mesure cet autre-toi prend vie?

Ton blog et ses lecteurs deviennent ton meilleur ami numérique et là, y‘a Lorie qui chante « Je se-rai là tou-jours pour toi »
Il tient une place très importante. La preuve, tu préfères souvent écrire un billet plutôt que remplir ta déclaration d’impôts ou donner à bouffer au chat.
Ton avatar, cet autre-toi, prend de plus en plus de place. La confusion peut naître, tu ne sais pas laquelle des deux tu as vraiment envie d’être.

Suis-je Vieux Félin?
Oui et non.
Oui parce que ce que je raconte, c’est bien ma vie. Oui parce qu’effectivement, dans la vraie vie, je jure comme un charretier. Oui parce que les émotions bien cachées dans mes proses sont tout-à-fait réelles. Oui parce que mes tripes y sont, elles sont juste déguisées en blagues.
Non, parce que je ne m’appelle pas Vieux Félin. Parce qu’il m’arrive de temps à autres de faire des phrases correctes. Et non parce qu’à mon grand damne, je ne suis vraiment drôle qu’à l’écrit.

On en revient au blog que tu as créé pour raconter ta vie qu’elle est misérable mais funny-funny quand tu la racontes. Tu te lâches, tu racontes des faits très inspirés du réel sans te soucier qu’on puisse te pincer ou pas, attendu que tu croies profondément avoir le droit d’écrire ce qui te chante sans avoir à te justifier ou à demander pardon.
Au début tout va bien, attendu que t’as environ 3 lecteurs et demi dont ta mère. Mais au fil du temps, des gens viennent et une communauté se créé autour des bêtises que tu postes.

Et un autre jour, tu postes un portrait des spécimens de ton nouveau taf et la Principale te convoque, te menace de porter plainte et te vire sans autre forme de procès.
Tu ne sais pas exactement pourquoi vu qu’elle ne te l’a pas dit et que tu étais trop sur le cul pour le demander. Délation? Je ne pense pas. Googlelisation de ton nom? Très plausible. Simple alerte Google sur les mots Atelier Relais. Très très plausible.
Comme tu n’es pas du genre à t’auto-googleliser parce que tu as un égo de malade mais pas jusque là et aussi parce que tu es un peu naïve, pour pas dire complètement conne, tu n’avais aucune idée que l’on pouvait passer de ton nom à ton blog très facilement.

Là, tu te flagelles en te disant que t’es vraiment rien qu’une grosse truie débile.

Est-ce que je regrette d’avoir posté l’article du mini scandale? Mais non, merde!
Droit de réserve? Quand aucun nom n’apparaît, je dis fuck.

Là où ça coince quand tu racontes ta vie sur un blog et que le dit-blog se retrouve d’un coup d’un seul avec 15 000 visites, quand l’histoire est reprise et bien sûr déformée, c’est que tout t’échappe. On dit que tu es folle furieuse qui mange des bébés morts et qui tabasse ses élèves et qui ensuite vient pleurer dans les jupes des médias. On dit que tu es prof (Mme Fort qui s’est escrimée à m’enseigner la philo doit se retourner dans sa tombe à l’heure qu’il est) et on dit plein de vilaines choses, non pas sur ton avatar mais sur toi, individu de chair et de sang. On dit bien fait pour ta gueule de quoi tu plains.

Et si tu ne te plaignais pas?
Si tu admettais qu’en ayant fait gaffe à protéger ton anonymat, ça ne serait pas arrivé?
Si tu ne remettais pas en cause ton renvoi?
Si tu avais la ferme conviction de n’avoir rien fait de mal en écrivant sur ton taf?
Si tu revendiquais le droit d’écrire?

TOUT LE MONDE S’EN FOUT de qui se cache derrière ton avatar. Se plaindre? Non. C’est la faute à Voltaire, pas de chance, bibi.

Depuis cette histoire, j’ai juste l’impression qu’on m’a chié dessus ( ce qui, j’en conviens, est débile) et que ce blog n’a plus de raison d’être. Vieux Félin aura 4 ans le 28 novembre prochain et je ne sais pas si je peux toujours continuer à baver ma vie. Je l’ai bien cherché.

Le vrai problème, selon moi, c’est le flou de la frontière entre l’individu et l’alias numérique. Dans mon cas, la frontière est bien mince et les limites incertaines. Forte de ce constat, que faire?

Je ne peux qu’engager les futurs blogueurs Moi-Je à protéger leur anonymat et je dirai aussi: « Bavez, bavez, bavez. Parce que, putain, ça fait du bien ».

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