Aujourd’hui, j’ai rendez-vous à Paris.

Le genre de rendez-vous qui vous colle une pression pas possible. Le genre de rendez-vous qui vous incite à dire à vos espoirs : « Ta gueule, tu vas me porter la poisse ».

Donc là, je suis dans le train. Si tu me connais, tu sais que j’ai une phobie. [Bon, j’ai plein de phobies en fait comme les caisses de supermarché, les guêpes, les frelons et les enfants. Mais celles-ci ne vont pas servir à illustrer mon propos.] Les transports en commun : train, tramway, ferry, bus et métro. Énumération battant crescendo la mesure de la panique qu’ils m’inspirent.

Donc, là, je suis dans le train. J’ai sorti mon netbook [petit excursus sur les netbooks : on nous en vend de plus légers, plus petits, chaque semaine pour éviter de nous encombrer. Laisse-moi te dire que c’est de la connerie. Le mien est tout petit et pèse genre une plume. N’empêche que mon sac pèse un âne mort parce que j’ai pu y caser toute une foultitude de trucs apparemment indispensables mais finalement superfétatoires. Alors que si j’avais eu un netbook gros format, je n’aurais pas emporté toutes ces merdes et mon sac, sans parler de mes épaules, m’aurait sûrement dit merci. Fin de l’excursus sur les netbooks tout petits et leur confondante hypocrisie].

Donc je suis dans le train, plus précisément à Mantes-la-Jolie, là où, exactement onze mois plus tôt, je donnais naissance à Culculine, ma fille adorée et magnifiquement super awesome. T’as vu comme j’arrête pas de digresser ? Ça, c’est la diversion pour éviter de parler du fait que j’ai la trouille. Une trouille qui se manifeste par un déplacement des épaules de leur place initiale à mes oreilles, une respiration saccadée, des sueurs froides. Du pipi de chat, donc, en comparaison de ce qui m’attend dans trente minutes. La ligne 12, de Saint-Lazare à Porte de Versailles.

Mais j’ai rendez-vous. Un rendez-vous que j’ai aucune envie de louper, le genre de truc qui me fait MOI GRANDE PHOBIQUE DES TRANSPORTS bouger mes fesses à la Capitale by the train et the métro.

Le métro. Engin du Diable avec plein de diables dedans. Je n’ai aucune idée de l’origine de cette phobie bien emmerdante pour la parisienne que j’étais. En fait, si, je sais. Mais c’est très con. Je te le dis ?

Bon. Je devais avoir 4 ans, je sortais du métro avec mon père quand je me suis rendue compte que j’avais paumé le petit nounours bleu turquoise parfaitement moche qui faisait alors ma joie de tous les instants. Mon père me demande de rester où je suis et redescend les escaliers de la bouche (la bouche, quoi. Non ? Personne?). Je suis donc là à les attendre, pétrifiée à l’idée que le métro me les engloutisse tous les deux.

Je t’avais dit que c’était con.

Y’a de ça et aussi des faits raisonnables étayant ma peur irraisonnée :

Le métro est sous terre.

Le métro fait du bruit, beaucoup.

Les gens dans le métro sont prêts à te marcher dessus pour un strapontin.

Dans le métro, y’a pas de nombre de places limitées : tant que les portes ferment encore tu peux y aller.

Dans le métro : y’a des gens qui meurent, des gens qui se font tripoter, des gens qui se font marrave la gueule. Disons que t’as significativement plus de chances de t’asseoir à côté d’un malade que de Marie Dinkle.

C’est intelligent ce que je suis en train de faire, dis donc, lister les faits raisonnables qui font du métro un endroit maudit. Juste avant d’entrer dedans.

Et puis d’ailleurs, je suis en train de me le self-souligner : Où est-ce que je vais sortir, Porte de Versailles? Chuis sûre qu’il doit y avoir à peu près 12 sorties différentes. Où je réalise que j’aurais du me décider pour le smartphone quand j’hésitais avec le netbook. J’aurais pu live-tweeter mon trajet dans le métro. Du genre « 475 followers et pas UN pour m’aider à traverser cette épreuve ??? #bandedegrosbatardsjevoushais  cc : @laxololt #vieilleputedelacheuse @Le_Velu #youredeadtome»

Je me serais fait des potes, ç’aurait été chouette. J’ai demandé à tous hasards sur FB si quelqu’un était dispo : on m’a suggéré le vélib’. Ah, si, un pour me demander si j’étais blonde à forte poitrine…. « Ahem ».

J’arrive bientôt à Saint-Lazare. J’ai une furieuse envie de pisser et il se peut que je sois en chouille en retard.

Putain.

Tout va bien.

La rame est presque praticable, peu de monde en ce début d’après-midi. Je pose mon boule dans un box de quatre places, en face d’un monsieur qui a l’air très calme. Je me dis que c’est une position stratégique et que le loisir de contempler sa face placide m’aidera peut-être à bloquer mes vicieuses attaques de panique. Je me concentre sur lui et son sac de courses avec des boîtes de thon à l’huile.

Ça démarre et bizarrement, je ne ressens rien, absolument rien.

A côté du type placide, une femme dodeline de la tête, prête à piquer un somme. Je suis subjuguée, comment fait-elle ? Je compte qu’il y a 14 stations entre mon rendez-vous et moi, ça n’est pas pour me calmer. Je prends mon troisième demi-lexomil de la journée, j’ai chaud et mon cerveau va fondre. J’estime que dans approximativement 20 secondes, je vais appeler à l’aide. Je jette un coup d’oeil dans le reflet de la vitre cradingue. On dirait un raton-laveur avec des cheveux très longs et comme un énorme coup de soleil. Le monsieur placide se lève, merde, donc. Je prends sa place en demandant à la femme si ça la dérange pas trop parce que je préfère être dans le sens de la marche.  » I don’t fucking care » me répond-elle. Zut, le type qui était assis à côté de moi semble prendre mon changement de place pour du racisme. Mais où est Marie Dinkle?

Bon, je suis un peu déçue parce qu’en fait, ça se passe à peu près bien. Il y a juste des mots auxquels je ne dois absolument pas penser : aspiration, souterrain, mort, situation professionnelle et mendicité. A part ça, ça va. Le métro est calme. Les gens sont moches et fatigués.

J’arrive Porte de Versailles sans m’en rendre compte.

J’ai beau chercher, je ne vois pas de sortie  » direction Guy Birenbaum « . Je demande mon chemin une fois remontée à la surface des choses. C’est où BFM ? Téléphone : « J’arriverai derrière vous »

Pour couper l’herbe sous le pied des mauvais pensants sales avec leur clavier : je n’ai pas couché avec Guy Birenbaum.

C’est lui qui n’a pas voulu.

Ensuite, j’ai retrouvé Le Velu. La seule chose que je puisse avouer, c’est qu’on a pas du tout les mêmes lectures et qu »il fait un peu semblant de te demander ton avis pour finalement ne pas en tenir compte. On s’est séparés en se promettant de ne plus jamais nous revoir.

Pour en revenir au métro : si les peurs sont des ectoplasmes accrochés à nos basques, est-il possible que certaines s’envolent sans prévenir ?

Je suis pleine d’espoirs.

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