Aujourd’hui, la femme est nue. Elle s’étale dans tous les coins, via la publicité, la télévision et la presse. On ne vend plus un parfum sans que l’actrice ne simule l’orgasme de sa vie, les stars se foutent à poils dans des torchons. M6 nous gerbe « Belle toute nue », émission dans laquelle des femmes ordinaires « apprennent » à se sentir bien avec leur nudité. Je n’ai aucune idée de la part de marché d’M6 pour ce programme mais soyons clairs: une femme a une nanoseconde de célébrité pourvu qu’elle se foute à poil. Cette émission vendue pour être le miroir de ce à quoi ressemble la femme lambda, celle qui est complexée par sa cellulite et ses vingts kilos de trop; femme lambda qui se sent moins que rien face au papier glacé, aux images toutes nettes de femmes qui n’ont de vrai que ce qu’on en camoufle à coups de Photoshop; cette émission hypocrite comme toute forme d’exhibition commerciale de la nudité féminine met à mal un tabou nécessaire. Cette prostitution de la pudeur banalise ce qui devrait être de l’ordre de l’intimité.

Hier, la femme nue et sexuelle était un acte politique et nécessaire. Aujourd’hui, c’est un produit marketing qui modifie la perception du beau. Qui enlaidit toujours davantage le corps des femmes et l’image qu’elles en ont.

J’ai conscience que mes trompettes de Jéricho n’enfoncent que des portes ouvertes.

Là se pose la question de la pudeur et de l’intimité. Mises à mal.

J’ai appris à détester mon corps, non pas par le regard de l’autre mais par ces images imposées et mensongères. Je suis totalement impudique dans l’intimité et paradoxalement pour certains, totalement complexée.

Je parlais aujourd’hui quelqu’un qui me disait ne jamais faire l’amour dans le noir. Ce quelqu’un m’a dit ne pas aimer ça. Pour cette personne, l’excitation sexuelle passait immanquablement par le visuel. Sans la vue de la nudité, le désir manquait. Ce discours était tellement catégorique qu’il m’a fait peur. J’avais envie de lui demander où étaient passés ses quatres autres sens.

Prenez une première fois. Pas celle où le couple s’aime mais simplement celle où le couple se désire. Cette première fois où l’intimité est encore à construire.

Pour une femme comme moi qui est atteinte par le matraquage du nu retouché, l’intimité est essentielle pour que je puisse sereinement montrer ce corps que je n’aime pas. Logiquement, les premières fois, il m’est impossible de baiser sereinement sous les spotlights.

Selon l’étude IFOP 2004 intitulée « les françaises et la nudité » près de 9 femmes sur 10 sont encore embarrassées par le fait d’être dénudée et la moitié des femmes éteignent la lumière pour faire l’amour. Je peux le faire mais je ne peux pas en jouir.

Ce facteur, aux yeux de la société, fait de moi une complexée, une coincée du cul ou pire, un mauvais coup. J’en rigole, hein. Bien sûr, je suis un coup d’enfer, demande à Pute. Une complexée donc, évidemment. Je me sens baisée par la vie courante.

Parce que j’aime découvrir l’autre dans la pénombre.

Oui, vois-tu, je suis partisane du sexe dans le noir. La vue obstrue des merveilles. La vue de la nudité ne m’a jamais excitée mais je n’en nie pas pour autant l’esthétisme. La beauté ne m’excite jamais. Aussi, je n’ai jamais joui avec un homme seulement très beau. La pornographie qui me plait est celle qui est ce qu’on peut qualifier de laide, avec des acteurs dont les corps ne sont ni musclés, ni maigres, ni épilés. Si j’ai l’impression que mon partenaire attache son désir aux standarts de la beauté actuelle, comment se sentir belle? Mon désir et mon plaisir sont entièrement dépendants de mon intellect. L’idée du noir m’excite car j’y suis à l’aise. Les mains étrangères peuvent me toucher et me découvrir sans que je ressente la moindre gêne. Le plaisir vient de l’odeur de l’autre, du contact de la peau alors que la lumière parasite mes découvertes. La pénombre fait s’envoler mes complexes même si les mains sentent comment je suis faite. L’intimité peut naître, le plaisir et l’orgasme suivent. Le sexe est un apprentissage permanent qui évolue au fil des partenaires et l’art du bien faire ne se regarde pas. Pour bien faire, je me passe de mes yeux. Le langage du corps est suffisamment vaste pour se permettre cette cécité relative. Peut-être qu’avec la lumière, je sens moins ces mains qui m’agrippent, ce sexe qui me pénètre, cette personne qui jouit.

Peut-être que le noir me rend belle.

 

Publicités