Je suis de ces femmes modernes qui pensent que passé 18 ans, la Saint-Valentin, c’est l’un des trucs les plus pitoyables qui soient. Chocolats dégueus, lingerie moche et pute, fleurs qui tâchent, cartes qui chantent de la merde et gifs, ces putains de gifs, ça me fout une gerbe de tous les diables. Et c’est pas parce que cette année, Pute et moi n’avons pas un kopeck et qu’on se hurle dessus à propos des factures et autres « faut coucher avec qui pour avoir du chauffage dans cette putain de baraque ?» que je dis ça. Bon, un peu mais vraiment chouïa.

Hier soir, une copine m’appelle pour me demander ce qu’elle va bien pouvoir acheter à son mec cette année, j’avais envie de lui répondre une pipe à la neige (son mec est un con) ou une pierre ponce pour la corne (mes copines sont des salopes #proud) mais je me suis abstenue.

Achète lui un parfum dégueulasse, genre Booster de Lacoste, ça fera la rue Michel. Après on a blablaté sur l’utilité de la fête. Dans son cas, c’était l’occasion de l’année pour se faire bouffer le berlingot, de mon côté… Rien. Je voulais un Iphone mais j’ai du me résoudre à y renoncer. Comme cette nana et moi nous connaissons depuis l’époque bénie où on pouvait entrer dans du 36 sans avoir l’air d’un sablier, on s’est mis à se raconter nos Saint-Valentin de la honte, à base de « tu te souviens ?» et de « hahaha mais ouais! ». Donc ça m’a donné l’idée lumineuse de vous faire parler de vos Saint-Valentin de la honte, à vous, lecteurs chéris. Mais pour ce faire, échange de bons procédés, je vais pas faire ma putasse et je vais vous raconter la plus belle, celle que si je pouvais je l’encadrerai pour l’accrocher au mur.

Personnellement, mes plus mémorables Saint-Valentin ont été consécutivement celles de mes 14 ans, 15 ans et 16 ans. Et toujours avec le même mec, j’appelle Le Bidasse en Fiat Panda. J’en ai déjà parlé ici mais je vais te faire un petit récap’. Le Bidasse en Fiat Panda, appelons-le Fabien, avait deux passions dans la vie: fumer du shit et puer des pieds. Si, si, pour en arriver à que tu rentres chez lui, tes genoux ils flanchent, faut y mettre une certaine dose de conviction. Et il aimait le cul, c’était un peu pour ça que j’étais dans ses parages, ça et le shit, et le fait qu’il me laissait conduire la Fiat Panda et que j’veux dire, au collège ça en jetait un max. Il avait 20 ans et foutait pas grand chose de sa vie, quelques missions d’intérim histoire de pouvoir se payer une sav’ sans faire de chrome. Oui, je parle comme en 1997, tu m’excuses je me remets dans le bain. Donc traduction pour les plus jeunes: quelques missions d’intérim histoire de pouvoir s’offrir une quantité non négligeable de haschich et ce, sans passer par un crédit. Bref, cette année-là, je m’étais fendue du dit parfum Booster qu’il avait réclamé à corps et à cri. A cette époque, y’avait deux parfums, ça et Farenheit. Je crois me souvenir que j’avais eu en retour un pendentif « L » tout nase en plaqué-or.

On avait prévu de sortir avec Patoche (la soeur de Fabien) et Steven (le mec qui la culbutait à l’époque et qui lui a aussi fait un môme, tant qu’on y est). Oui, à cette époque, j’adorais les beaufs. Je les aime toujours d’ailleurs, ils m’émeuvent. Je digresse, là. Donc Patoche, Steven, Fabien et moi sortons en habits de lumière de la Super 5 de Patoche sur le parking du Romantica. Un restau-boîte qui faisait des soirées de folie pour 250 francs par tête. Mousseux, cocktail de crevettes et côte d’agneau, sans oublier le petit Pic-Saint-Loup qui va bien. Musique! A notre arrivée, on était déjà passablement défoncés et très vite, on décide, accord tacite, de se mettre une murge conséquente. Jupes ras-le-bonbon, Patoche et moi, on donne tout ce qu’on a au rythme de Corona et de Reel2Real pendant que Steven et Fabien roulent pétards sur pétards. Je te maudis, loi Evain. On se sent trop des bombasses, on a le rythme dans la peau. Nan mais Queens du dancefloor.

Comme on est des reines de beauté et de grâce avec nos talons de 15 cm, on décide de ne pas manger, riche idée, tu verras. Vers 23 heures, on remarque que notre table se trouve, dis donc c’est bien pratique, tout près de la sortie de secours… Comme on a consommé l’équivalent d’un smic et qu’on est complètement schläss, on décide de se barrer à la cloche de bois. C’est donc toutes pleines de naturel que Patoche et moi nous dirigeons vers la sortie pour « Aller chercher des voitures dans la clope » comme on dira au videur, faisant tourner le moteur en attendant que Fabien et Steven ne se barrent scrédi par la sortie de secours. Brigands, quoi. Adrénaline au top. QI absent, ça va sans dire.

Ils sortent mais on démarre trop tôt, Fabien se casse la gueule et ripe son visage sur le gravier du parking. Mais c’est pas grave, il est tellement rond que de toute façon, il ne sent plus son corps.

Direction Le Château, une boîte ambiance château mystérieux avec différents étages et différents styles de musique. Patoche et moi sommes de moins stables sur nos talons mais de plus en plus bonnes, ça on en est sûres. Vu qu’on est si bonnes que ça et qu’on danse trop bien, on décide d’aller en faire profiter l’étage ragga. Après, je sais pas trop ce qui s’est passé. Patoche et moi étions innocemment en train de simuler avec un coït avec deux garçons à la peau noire quand Fabien et Steven se sont ramenés avec des gueules pas contentes. Pugilat dans la boîte, je sais plus qui défendre parce que je sais plus avec lequel je couche d’habitude. Steven? J’ai un doute. C’est qui ce mec qui pue Booster et qui me hurle dans les oreilles? Pourquoi frappe-t-il ce black? Oh merde, et voilà, c’est comme ça qu’on se fait péter le nez… Les videurs n’ont pas tardé à faire leur apparition à l’étage et à traîner Fabien et Steven dehors. « Vous les connaissez? » « Nan » qu’on répond. On s’en fout de toute façon, c’est Patoche qui a les clés de la Super 5. On se remet à danser comme des queens du dancefloor avant de s’écrouler sur une banquette, vers 4 heures du mat’. On se réveille, on a copieusement gerbé l’une sur l’autre.

Sur le parking presque désert, la Super 5 est là. Fabien et Steven ont pissé sur les portes avant et barbouillé « Grosses putes » sur le pare-brise. Autant te dire, qu’à mon âge, la seule Valentine que j’aime, c’est celle de Anne Guillard.

 

 

Pas mieux. Maintenant accouche des tiennes, fais pas ta pute.

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