J’en ai déjà écrit des tartines sur le fastidieux et parfaitement scandaleux sujet de la maternité.

Mais je ne m’en lasse pas. Pas pour dire « regardez mes mômes comme ils sont chouettes, nan » plutôt pour prévenir que « Là, tu rigoles niaisement avec ton test positif dans la main et un peu de pipi sur les doigts mais tu verras ça va vite passer. DTC »

Il y a quelques jours sur Facebook, j’ai lu cette phrase formidable d’une nana, à propos des enfants, les siens en particulier « J’ai pas de gosses je les ai rendus. C’était juste pour être enceinte ». Bon, je ne pouvais que liker mais si je l’avais eue sous la main, je lui aurais roulé une pelle tellement c’est vrai.

Combien d’entre nous font des enfants majoritairement pour passer par la case enceinte ? Comme vous êtes toutes de mauvaise foi, je vais me dénoncer. Moi, tu vois, je voulais juste être enceinte, pour voir comment c’était de plus voir mes pieds et de doubler tout le monde aux caisses. Moi, j’ai doublé un handicapé à une caisse, à la Fnac des Halles. Bah ouais mais il était assis, lui.

Bref, je suis tombée enceinte à 25 ans et je l’ai su pendant que le père était en Amérique du Sud. Même que j’étais un peu bourrée. Je te plante le décor, m’en veux pas. Je taillais le bout de gras avec un pote pendant qu’on essayait de faire s’accoupler nos chats quand j’ai réalisé que ça faisait un sacré bout de temps que j’avais pas racheté de tampons. Donc j’ai vomi mon daïquiri et je suis partie ventre à terre à la pharmacie.

Après j’ai rigolé bêtement et j’ai pas pu finir mon dernier verre d’alcool avant une éternité. Comme ma passion avant la grossesse c’était l’alcool, j’ai pas dormi pendant des jours ou quand je le faisais, je rêvais que je démoulais un SAF, jusqu’à ce que les examens confirment que tout allait bien. Formidable, j’étais en cloque. Alors c’était super de me plaindre, c’était super de prendre 16 kilos, c’était über-bien d’attirer les sourires émus des hommes et les regards envieux des nullipares.

Sauf que.

A cinq mois de grossesse, j’ai appris que c’était un garçon. J’avais pas pris conscience que j’avais un vrai gens là-dedans. Tu connais le concept de procrastination ? Il est chouette car il s’adapte à toutes les situations. Je verrai bien quand j’accoucherai, ce problème de maman.

Quand on m’a dit « Ma p’tite dame, on va vous faire une césarienne. » j’étais perplexe. Quand on m’a montré mon fils, j’étais toujours perplexe. Et pis méfiante aussi. Pas un pet d’instinct maternel qu’est, soit dit en passant , juste la plus grande supercherie de tous les temps… avec Dieu et la mort d’Elvis.

L’instinct maternel te permettrait, en gros, d’aimer ton enfant tout-de-suite? Pardon mais je suis quelqu’un de sensé, j’aime pas les gens comme ça, eussent-ils passé 9 mois dans mon bide. La sage-femme me demandait pourquoi je pleurais tout le temps et disait des trucs à base de « C’est pas grave, c’est les hormones. Bien sûr que vous l’aimez, votre fils ». « Mais je le connais pas, bordel ! »

Après ça, elle m’a envoyé la psy direct. Après ça, on m’a dit que je souffrais de dépression post-natale. Bah ça m’en a bougé un sans faire danser l’autre. Comment tu veux sérieusement aimer un bébé? Parce que ça fait rien, en plus. À part régurgiter, te faire des peurs bleues, des couches immondes et dormir: peau d’balle et balais d’crin. Je me suis dit que ça viendrait quand il ferait des trucs, comme marcher. Que dalle. J’avais encore plus la trouille qu’il se casse. Quand il parlerait? Nope. Le mien, il m’a appelée Wowo. Genre Wowo, la tante sympa.

Et puis au fil du temps, je me suis rendu compte pourquoi j’aimais mon fils:

Parce qu’il est sympa. « Bonne nuit, Maman! » tous les soirs.

Parce qu’il est cascadeur. Je le récupère à peu près une fois par jour en haut de ma bibliothèque, à 2.50m de hauteur, donc.

Parce qu’il est franc. « Il sent pas bon ton tee-shirt, Maman. »

Parce qu’il est monomaniaque. « Oui-Oui sauve Noël » tous les jours depuis début décembre.

Parce qu’il est aussi têtu que je le suis et parce qu’il m’aime aussi.

Des raisons parfaitement rationnelles qui n’ont pas grand-chose à voir avec les liens du sang. Par contre, ça ne m’empêche absolument pas d’être une « Mon fils! » hein, mais j’y peux pas grand chose, c’est génétique.

Tout ça pour dire que la maternité et moi, on s’aime pas plus que ça. Faudrait voir à arrêter d’entretenir des mythes à la con, comme l’instinct maternel. Et commencer à accepter qu’être une mère, comme l’amour, ça s’apprend. Et comme tout apprentissage, ça fait mal.

C’est le métier qui rentre.

Article initialement écrit pour Voldemag

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