Je sais pas si tu fais ça aussi avec ta moitié ou avec ton ficus si t’es célibataire. Avec Pute, on le fait dans des moments de crises. En ce moment, on a tellement de raisons de se foutre sur la gueule, comme tiens par exemple, le fait que Grumeau fasse une fixette sur les sous « J’veux un sous, Maman » et qu’il passe son temps à me faire les poches ou à mendier, ça fait marrer Pute moi j’ai envie d’envoyer mon fils vendre des jonquilles déguisé en roumain pour lui apprendre la vie, donc je disais on a tellement de raisons de se foutre sur la gueule, comme tiens aussi sa manie de se désaper quand il rentre, en se semant ses frusques pleines de copeaux jusqu’au canapé ou encore le fait que sa mère m’appelle à chaque fois qu’elle paume un truc (environ tous les jours) « Dis, est-ce que c’est pas toi qui m’aurait volé ma biographie de Rika Zaraï dimanche dernier? » que finalement, jouer à pourquoi tu m’aimes devient indispensable à la non-explosion de la cellule familiale.

Pute aime pas trop ce jeu. Tu as du t’en douter, Pute est avare de compliments. Quand je fais un truc bien ou quand je vais mal, Pute préfère me rabrouer, clamant très sérieusement que c’est sa façon à lui de me coatcher.

Connard, oui.

Ce soir, Pute est rentré tout jouasse et un peu bourré alors que j’étais sur le point d’aller buter ma belle-mère avec son exemplaire d’Un prénom pour la vie. A le voir comme ça à poil, tourner du cul au rythme de Caribou pendant que sa mère était en train de me chier consciencieusement dans les bottes, j’ai pas pu résister. J’ai raccroché et je me suis tournée vers mon élagueur.


Pourquoi tu m’aimes, Pute ?

Première réaction de l’intéressé : volte face les yeux hagards, « J’ai rien fait, c’pas moi. »

Pavlovien, le truc.

VF : Mais rien, t’as rien fait. Pourquoi tu m’aimes ?

Pute : Non tu fais chier, je suis crevé.

VF : Allez…

Tu vois là, t’es une femme, tu t’attends à des réponses comme « parce que tu me fais rire » « parce que t’es intelligente » « parce que tu le vaux bien ». Mais non, c’est pas le genre de Pute. Pute, c’est le genre de mec qui pense qu’une femme ne PEUT PAS être belle ET intelligente, tu me suis ? Faut choisir. Il est convenu de part et d’autre que dans le pourquoi tu m’aimes, les réponses induisant la parentalité ou la dextérité au plume sont irrecevables.

Pute : Euuuuuuuh. Euuuuuuuuh. Je t’aime parce que t’es pas maniaque.

VF : Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

Pute : Bah rien, juste que tu me rappelles un peu mon cothurne de l’internat.

VF : Tu m’aimes parce que tu me trouves … cradingue ?

Pute : Ouais, dommage que je puisse pas te faire de brûle-gueule* parce que là, ce serait vraiment comme au lycée agricole.

VF : T’es un enfoiré de fils de pute.

Pute : A toi.

VF : Je t’aime parce que… t’as l’intelligence du coeur.

Pute : Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

VF : Que t’es intelligent du sentiment, à défaut d’autre chose.

Pute : T’es une salope.

VF : À toi.

Pute : Je t’aime parce que t’as pas honte de tes tatouages moches.

VF : Je t’aime parce que même si t’adores la musique de merde, t’as le bon goût de t’abstenir de chanter.

Pute : Je t’aime parce que t’as les cheveux longs, c’est d’ailleurs la seule raison pour laquelle je ne t’ai pas quittée en 2007.

VF : J’étais enceinte en 2007 !!!

Pute : Oui.

VF : Je t’aime parce que tu fais semblant d’être c’que t’es pas, un bon père.

Pute : Je t’aime parce que j’ai pas besoin de te faire des câlins après t’avoir culbutée, tu ronfles avant moi.

VF : Je t’aime parce que t’es comme mon chauffeur : je te respecte MALGRÉ le fossé socio-culturel.

Pute : Je t’aime parce que je trouve courageux que tu te lèves tous les matins MALGRÉ ta condition de merde de fin de race déchue.

VF : Je t’aime parce que je te vois pas souvent.

Pute : Je t’aime parce que tu gueules même plus que je ne t’emmène pas en vacances.

VF : Je t’aime parce qu’il n’y a que moi pour le faire, à part ta mère.

Pute : Je t’aime parce que t’es plus alcoolique que Prolo !

VF : Je t’aime parce que j’ai arrêté de boire. Avant, je t’aimais pas plus que ça.

Pute : Je t’aime parce que j’aurais aucun scrupule à me barrer avec ma secrétaire quand t’auras 40 ans.

VF : Je t’aime parce que tu crois sincèrement qu’on sera toujours ensemble quand j’aurai 40 ans.

Au bout d’un moment, on arrive en panne de raisons. Alors on se tait. Et on s’aime. Ou pas, ça dépend.

* technique visant à humilier ses amis en collant leur visage à un radiateur allumé.

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