Il faut que j’aie fumé la weed de mon mec  pour écrire ça .

C’était Yom Kippour cette année-là, le 14 décembre, j’ai cru avoir attendu des années avant que ça n’arrive.

La première fois que tu aimes comme une grande. Je ne sais pas si tu ressens la même chose mais j’ai du mal à en parler correctement. Oui, tu vas me dire. C’est des trucs à vivre et c’est con de les raconter et c’est vieux, oublie ça. Tu ne disais pas grand chose finalement. Ce que j’ai le plus gardé de toi, ce sont tes pas sautillants dans tes gazelles et ton walkman jaune, ta silhouette devant moi dans les couloirs du lycée. Ta façon de marcher sur la pointe des pieds, les mains dans les poches « Bonjour, je vous suis en tous points supérieur ». Ton profil. Tes épaules m’accompagnent encore le temps d’une minute oisive. Tu te souviens des rats ? Ta putain d’épingle, celle que tu cachais dans ta trousse, tu l’enfonçais dans le gras de mes cuisses pour me faire jurer en classe. Les sauterelles en plastique qu’on sortait avant toute autre chose, les soufflettes pendant les cours de Friguy, sortir tirer des douilles. Se mettre minable à 8h30. Nos sourires niais et défoncés. Le jour où tu as quitté de lycée. Le jour où j’ai quitté le lycée. L’enfant qu’on a pas eu mais que je jurais qu’il aurait été foutrement bath.

La piscine chez tes parents. La grande chambre en face du bureau de ton père, les premiers mots qu’il m’a adressé le soir du 25 décembre, la première fois que j’allais chez toi « Bienvenue à bord! » prophétie, non ? Aujourd’hui tu retapes des bateaux et j’ai le sentiment que t’as tout compris au bonheur.

La cave à vins que j’ai pillée comme une brute. La fois où on avait saccagé la maison de la Hague.

Ces derniers temps, je croise très souvent ta mère. Tu sais qu’on ne s’aime pas. On se regarde vilainement l’une l’autre, c’est comme des crachats. Là aussi, comme son visage, c’était il y a dix ans et hier.

Pourquoi je te raconte tout ça ?

Tes colères dégueulasses et mes vengeances pitoyables.

La fois où on a cru que c’était pour toujours. Celle où tu m’as quittée. La fois où je ne suis pas revenue.

Je vais trop vite. Il y a eu la première fois dans mon lit avant la dernière je ne sais où.

J’oublie.

L’odeur. Tes mains. Ton sexe. Quand on faisait l’amour et quand on le faisait pas.

Je n’oublie pas.

Ton sourire. Ta voix. Tes doigts de pieds.

J’oublie.

J’ai oublié.

Je ne t’aime plus.

Et la pipe achetée sur un marché de Camden.

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