Oh my… comme on dit.

Depuis plusieurs semaines et va savoir pourquoi, sans doute l’approche du printemps qui me fait neuf fois sur dix péter un câble, j’ai senti s’opérer chez moi une sorte de méga-régression comportementale. Depuis plusieurs semaines, j’ai seize ans et demi.

Et qu’est-ce que je faisais, à l’époque, quand j’avais seize ans et demi ?

J’allais pas en cours : Non, à la place, je traînais avec des copines de défonce près du monument aux morts. On était trop rebelles avec nos bouteilles de rosé et on déclamait du Sylvia Plath et du Shelley et ce poème trop mortel d’Emily Brontë à base de « Tell me, tell me smiling child, what the past is like to thee » en prenant des mines qui se voulaient tellement pénétrées. Je faisais de l’Art aussi. J’étais trop dark comme adolescente. Phrase choc: « T’façon t’y comprends rien à Marguerite Duras, t’es mort à l’intérieur »

Today : J’ai arrêté de m’occuper de tout un tas de trucs dont je suis censée m’occuper. Comme l’entretien de l’appart qui me rappelle étrangement le squat malien dans lequel vivait Pute fut un temps. Je déclame les Tarahumaras devant un Pute atterré en buvant de la Amstel Light et en lâchant régulièrement des « pffff » découragés. Phrase choc: « T’façon t’y comprends rien à Antonin Artaud, t’es mort à l’intérieur. »

Je fumais comme une salope : Oui parce que quand je dis « défoncée » je parle surtout d’herbe et de « bédo » parce que oui, aussi , je parlais à l’envers. Ta gueule, toi aussi je suis sûre. Donc près du monument aux morts ou partout d’ailleurs, avec mes copines de défonce (celles que tu ne supportes qu’en t’ayant mis une race), fumer joint sur joint. « Oh tiens, si on roulait un dix-huit feuilles ? Moooooorteeeeeeeel. T’es un peu la Sailor Moon du roulage de spliff. Et toi, t’es un peu la Goldorak de la douille. Merde on a plus de feuilles. Ça fait tièpe. Grave. T’as des thunes ? Nan. ». Après, on allait piquer de la bouffe chez Tan-Tan, l ‘épicier du lycée. Encore après, vautrées dans l’herbe, on se roulait des pelles. Phrase choc: « Je suis trop bisexuelle… Et chaudasse. »

Aujourd’hui : Si j’ai arrêté de fumer, c’est pour une bonne raison. La raison était que ça me rendait complètement paranoïaque et après c’était des coups à plus sentir ses mâchoires et à croire que son cerveau est en train de fondre… Bah crois-tu que ça m’arrêterait ? Nan. « Pute ! Roule-moi un bon gros joint bien gras ! » et plus tard sortir des trucs très profonds du style : « Tu trouves pas ça débile les gens qui disent « je le pensais pas ? » parce que si tu le dis à la base c’est que tu l’as pensé, ton cerveau a formulé l’idée et t’as dit de la merde, donc c’est hypocrite, non ? Non ? Mais grave c’est trop hypocrite » tout en me pensant dès lors aussi futée que si j’avais découvert le radium. Alors c’est sympa de jouir sur un vieux donught, de passer 25 minutes à scotcher sur une pâquerette et de se rouler dans la luxure avec le paquet d’oursons de mon fils MAIS quand je recommence à aboyer sur tout ce qui bouge, y compris ma putain de machine à laver, je me dis que c’est sans doute pas l’idée du siècle. Phrase choc: « Je suis tellement hétérosexuelle… Et chaudasse. Et j’ai pas d’enfants. »

J’étais totalement incomprise: Le monde m’en voulait et ne reconnaissait pas mon génie sans borne: « De toutes façons, vous me faites tous chier je fais ce que je veux, vous êtes tous morts à l’intérieur. » Partir sur ce constat, s’enfermer dans sa chambre et mettre Radiohead à fond.

Hoy: Le monde m’en veut et ne reconnait pas mon génie sans borne: « De toutes façons, vous me faites tous chier je fais ce que je veux, vous êtes tous morts à l’intérieur. » Partir sur ce constat, s’enfermer dans sa chambre et mettre Justin Bieber à fond. Oui bah rigole, c’est un acte politique.

Je ne voulais jamais me lever: Pour me sortir du plume, gros, fallait un tire-branches, trois cafetières et de l’argent (pour me soudoyer). Phrase choc: « Maman, laisse-moi dormir, t’es trop co-dépendante… »

Heute: Pour me sortir du plume, gros, faut un tire-branches, un pack de coca zéro et de l’argent (pour me soudoyer). Phrase choc: « Grumeau, laisse Maman dormir, t’es trop co-dépendant… »

Tout ça: l’exaltation, l’insouciance, la défonce, la jeunesse, c’est très très bien. Mais si je ne veux pas me retrouver d’ici quelques années à emprunter les strings de ma fille morte de honte ou réclamer à cors et à cris un bain d’ânesse dans des boîtes de nuits avec mon fils mort de honte, va peut-être falloir songer à se calmer.

A moins que

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