Je me souviens quand je disais à Pute : « Pute, tellement on fait plus rien ensemble, j’te jure, on a de la croûte qui commence à se former. Mais non, pas n’importe quoi. Tiens, je la vois d’ici ta croûte, dans ton coeur et là, tu sais, où t’as plus de cheveux. ». Ce à quoi Pute rétorquait souvent « Si je ne t’emmène pas en vacances, c’est justement parce que j’en ai besoin [de vacances] et on est pas de ces couples qui s’aiment d’un amour tendre en se bavant des choses gentilles dans les écoutilles. On est le genre de couples qui s’aiment mais de loin et de préférence pas ensemble. ». Pute, il m’emmène jamais dans ses activités physiques et sportives parce qu’il pense que je ne suis ni physique ni sportive et je ne peux décemment lui en tenir rigueur. J’emmène jamais Pute avec moi non plus parce qu’il conchie Paris, qu’il n’aime ni la littérature, ni les bars, ni les tatouages. Là, tu te dis « qu’est-ce qu’ils branlent encore ensemble ces deux-là ? ». Et je dois t’avouer que régulièrement, Pute et moi nous asseyons pour deviser de ces choses-là. Il ressort de ces debriefings que si on est encore ensemble, c’est parce que Pute tient absolument à me tromper avec la sluty secrétaire asiatique qu’il embauchera quand il aura quarante ans et aussi parce que je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir collé des mômes, donc je m’applique à faire de son existence un chemin tord pavé d’embûches et de jouets Playschool qui font du bruit.

Putain, où est-ce que je voulais en venir ?

Ouais donc je disais qu’on ne fait plus grand chose ensemble, Pute et moi. Ce dimanche pascal, après avoir déjeuné chez la Sodomite des Marais Salants aka ma douce belle-mère, après y avoir sournoisement abandonné la marmaille repue des 312 oeufs de Pâques, nous avons fait cap vers notre domicile afin d’y fumer our troubles away en écoutant Enter The Wu. Nous étions donc affalés comme deux loques sur le plume, à nous tortorer un Maxi Kinder Surprise de Grumeau quand Pute a commencé en ces termes :

P: Tu veux venir avec moi et Prolo faire de la barque demain ?

VF : Faire de la barque c’est ta nouvelle expression pour dire ?

P: Pour dire « faire de la barque », connasse.

VF : Je croyais qu’on emmenait pas les femmes sur les bateaux… ou alors c’est les lapins… bon en tout cas y’a définitivement un truc avec les femmes et les lapins qu’on embarque pas rapport au scorbut ou je sais plus quoi… D’ailleurs tu sais pourquoi les marins ils se font tatouer des hirondelles ? C’est parce que ça représente les longues distances. Les départs et les retours. Quand les marins, ils voyaient des hirondelles, ils savaient que la terre était proche. Et pis quand ils avaient parcouru 5000 milles, ils en tatouaient une, la deuxième aux 10 000 milles. Un truc comme ça.

P: Mais tais-toi putain, tu vas me faire bader si tu mets à litaniser. Ça me stresse quand tu te mets à jaqueter comme ça. Tu m’en fais un beau, de marin de carte postale. Le seul bateau sur lequel t’es montée, c’est le ferry qui relie le bassin d’Arcachon alors tu repasseras pour te la jouer Jackie Sparrow…

VF : C’est faux… et je prends le train, c’est pareil.

P: C’est pas du tout pareil…

VF : C’est exactement la même chose.

P: Bon tu viens ou pas ?

VF : Où ?

P: Mais faire de la barque avec nous, putain, le poisson rouge, c’te meuf !

VF : Euuuuuuh, ouais ? Mais on fait quoi des mômes ? Parce que je suis pas sûre pour les lapins mais les Grumeau et les Culculine, là j’suis sûre, ils sont tricards sur les barques.

P: Je me souviens quand tu disais : « Ah non mais moi quand j’aurais des gamins, je les emmènerai PARTOUT avec moi ». On les prend.

VF : Ah c’est pour ça que tu veux que je vienne en fait, c’est pour faire garde-chiourmes pendant que tu te mets une mine avec ton bro.

P: Nan, j’ai parié avec Prolo qu’on aura même pas besoin de te pousser, que tu tomberas toute seule à la flotte.

VF : T’es bâtard. Je te préviens, je rame pas.

P: Je suis pas bâtard, je suis réaliste et j’aime profiter des bonheurs simples et te voir te croûter d’une barque en est un.

Le lendemain, après les « Mais qu’est-ce que t’avais besoin de te ramener en kit n°12, on dirait que tu vas au salon du porn de Lille et pis faudra que tu rendes tes lunettes de soleil à Polnareff, il fait la gueule » de Prolo, les «Maman j’ai peur ! » de Grumeau, les « grrrrrrrrrrraou miao miao » de Culculine qui se prend pour un chat et les « Attention regarde bien elle va se vautrer… Maintenant ! » de Pute, on avait tous nos culs posés dans la barque et j’avais tous mes poils secs. J’étais juste complètement stressée de voir ma progéniture en danger sur cette toute petite embarcation trop précaire et sans moteur vaillant. Quand Pute et Prolo se sont mis à faire un concours de « qui ramera le plus vite pour imposer sa direction tu vas voir, c’est drôle », j’ai bien cru que j’allais effectivement sauter pour rentrer à la nage mais c’était sans compter sur le fait que j’ai environ les poumons de Gainsbourg mort. Culculine, dans sa grande entreprise de « Je suis un chat » me griffait avec application les avant-bras pendant que Grumeau prenait mes cheveux pour un gilet de sauvetage en hurlant « Au secours ! ». Pute et Prolo, à la cool, rétorquaient à l’adresse de mon fils : « Est-ce qu’on a peur, nous ? ».

Non, vous n’avez pas peur, bande de chibres, vous êtes bourrés et cons.

« Regarde, Grumeau, une carpe morte ! »

« Culculine, té-ma le ragondin là-bas, mais té-ma ! »

« Eh VF, t’as ramené une copine ? La vérité c’est sympa. ».Après tout ça, on est arrivés sur l’île. Grumeau s’est croûté environ 200 fois dans les orties et les ronces et a passé un temps infini à balancer des pommes de pain sur les carpes, Culculine a manqué de manger une fiente d’oie et moi, j’ai joué à John Locke une bonne partie de l’après-midi.

Pute et Prolo, ils regardaient ça avec comme de la résignation dans le regard.

Pute : Putain, elle est même pas tombée à la flotte.

VF : J’entends c’que tu dis, tu sais…

Prolo : Pourquoi j’ai fait un môme aussi ?

Pute ; Parce que tu t’es fait baiser, amigo.

VF : Et parce que tu savais pas quoi faire d’autre.

Prolo : T’es sourde quand tu veux, toi… Non mais sérieux, en vous regardant ça avait l’air cool.

Pute : Ouais mais non.

Prolo : Elle fait quoi ta meuf, là ?

Pute : Elle joue à John Locke.

Prolo : Nan parce qu’elle a un couteau.

Pute : Je sais, c’est l’oie ou elle.

VF : C’est elle ou moi.

Prolo : Pff, ça me dépite la famille.

Pute : Ouais, surtout si j’avais ta meuf . Heureusement la mienne, elle gère à peu près. Pis elle écrit, ça a un certain cachet.

Prolo : Elle gère rien du tout, la mienne elle pose du parquet. La tienne elle est décorative, la mienne est utile.

Pute : Ouais mais elle est moche, non ?

VF : Haha ! Dans ton cul, Prolo !

Prolo : Elle a pas le physique souriant, c’est vrai… Franchement, je sais pas pourquoi tu l’as emmenée.

Pute : Parce que ça me manquait de rien faire avec elle.

VF : Haaaaaw Puuuuuute. Pourquoi t’as pas pris la tienne ?

Prolo : Parce que ça me manque pas encore, peut-être.

Après, on est rentrés. Dans le camtard, quand les mômes dormaient, j’ai regardé Pute et je savais pourquoi on vivait toujours ensemble.

Qu’est-ce qu’on se marre.

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