Hier, en taillant le bout de gras sur mon réseau social favori, une fille m’a offert en messagerie instantanée la chose la plus drôle qu’il m’est été donné de lire depuis un bail. Elle me dit : « Tu sais pas la dernière, je suis en train de me faire larguer » ce à quoi j’ai répondu un laconique « Oh merde, dis donc ». Elle me fait « Ouais mais attends, c’est pas ça le plus drôle. Le plus drôle, c’est qu’il me demande comment faire. » « KEEEEEUWAAAAA ??? », que j’ai fait, parce que j’étais pas sûre de bien comprendre. « Ouais, ouais, il me demande comment faire pour me larguer. ». D’abord, j’ai cru que j’allais m’évanouir et puis j’ai éclaté de rire, même que j’ai fait « lol », c’pour dire, quoi.

Je l’avais jamais entendue celle-là. Ça, c’est de l’inédit. Mais c’est limite brillant, imagine qu’on te dise ça : « Chéri(e), j’ai envie de te larguer, tu préfères quoi ? ». Ce concept a le mérite non négligeable de sortir des horribles : « Notre amour est impossible » et autres « C’est pas toi, c’est moi ». Ce qui me séduit dans cette idée, c’est la volonté du larguant à être arrangeant . Qu’est-ce qui te ferait le moins mal ? Tu préférerais avoir des dents en bois ou une jambe en mousse ? Parce que si dans la volonté de ménager celui ou celle dont on souhaite se défaire, le « C’est pas toi, c’est moi » est insupportable et hypocrite, le « Comment te larguer, mon amour ? » est progressiste et bienveillant, dès lors que l’on ferme les yeux sur le tragique manque d’imagination face au crucial, comme les éternels : « On bouffe quoi, ce soir ? » « Chais pas, t’as envie d’quoi ? »

Pour tous les hommes qui butent face à cette question, quelques recettes de bon aloi :

« Je suis homosexuel » : Oui, tout-à-fait. Loin d’être l’insulte ultime pour celle qui voit plus loin que le bout de son nez, le « Je suis gay, finalement » est imparable. En effet, le problème alors n’étant pas la fille en tant que personne mais justement son genre, le fait qu’il lui manque trois pièces à sa parure. Comment se sentir vraiment mal ou culpabiliser ? « C’est pas ma faute, je ne peux pas rivaliser. Ça n’a effectivement rien à voir avec moi. Sois heureux mon amour. » Bon, sans doute pas « Sois heureux » mais bon, ça, ça ménage. Cette excuse préservera l’orgueil de la demoiselle. Le plus crédibilité : Soyez de plus en plus tactile avec votre entourage masculin.

« Je veux entrer en religion » : Dites-lui combien il était bouleversant d’avoir été « appelé », combien la force de cet appel et l’amour de Dieu vous ont tout-de-suite comblé. Et comme l’esprit est faible et la chair corruptible, finalement. Que Jésus a payé sur la croix pour racheter tous les péchés des hommes, cette bonne pâte. Que la moindre des choses est de lui rendre grâce ad vitam aeternam en acceptant de se défaire des vices, de faire voeu de pauvreté, de charité et d’abstinence, jusqu’à la fin du monde, le 21 décembre 2012, comme ils l’avaient prédit ces foutus mayas. Cette excuse suscitera une peur bleue chez la meuf. Le plus crédibilité : Accrochez une icône de Sainte Catherine de Sienne à votre rétroviseur, ou un chapelet, écoutez Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois.

« J’ai enfin trouvé ma vocation, acteur porno » : ne fonctionne bien évidement que sur celles qui vomissent le porn. Avouez-lui que vous n’envisagez d’être heureux qu’après une journée levrette-double-péné-bukake-sodomie, que sans porn la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, que le porn c’est la vie, le sel de la terre… Que vous devez à l’humanité de partager ce membre dont la nature vous a pourvu dans son infini génie des choses drôlement bien faites. Cette excuse suscitera le dégoût chez votre future-ex-partenaire. Le plus crédibilité : Strings + bronzage + épilation intégrale. Et mettez vous à boire du Gatorade et à faire des pompes.

« J’ai décidé de rejoindre le cabinet de Marine Le Pen » : Parce que cette femme est totalement incomprise et qu’il est injuste de voir un grand esprit ramer toute seule comme une pauvresse. Que ses idées brillantes vous donnent envie de la suivre. Que la France est aux français et que de toutes façons, pourquoi tu crois que t’as pas de taff, ma chérie ? Bah ouais, les étrangers. Et le vélo qu ‘a disparut de la cave, c’est le roms, cherche pas. Cette excuse suscitera un dégoût profond chez la single-to-be. Le plus crédibilité : Hurlez de joie en clamant que « ça y eeeeeeeeest Marine me suit sur Twitter ♥ ♥ ♥ »

Bien sûr, ça peut se décliner à l’infini mais vois-tu je n’ai pas toute la journée. Le principal tu l’auras compris : pour une rupture propre, une rupture cool, valorise-la. Quand même, tu la largues, la moindre des choses est de lui faire croire que t’es une sombre merde à côté de la femme qu’elle est, non ?

Enfin, j’dis ça…

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