Bonjour petite chose sale et angoissée,

Au vu de mes expériences passées, amoureuses j’entends, je me pose certaines questions purement capitales telles que « L’intelligence, je m’en passerais peut-être très bien ou c’est juste une sensas? » « Finalement, ma grande gueule ne jouerait-elle pas contre moi? » « Oh et puis si ça tombe,  je me serai éclatée en CAP coiffure » (mate comme je te fais entrer dans la confidence) celui dans lequel le corps enseignant a proposé de m’envoyer à la fin de ma troisième sous prétexte que « Non elle est pas conne mais elle nous fait chier, prenez-la en techno et ce sera marre. » Mais ma mère devait avoir pour moi des desseins autres que le récurage des bacs à shampooing et des squames en veux-tu en voilà. Elle a dit « Non, prenez-la au lycée, elle fera très bien en Arts Pla. La preuve, elle se drogue ».  Dans les années 90, il s’agissait surtout de regarder une prof déguisée en Princesse Leïa se biturer au Jack avec toute la dévotion du culte et assener des verdicts terribles sur nos petites crottes en acrylique. Ma mère devait moyen apprécier la perspective que je tourne débile mentale et ces heures de profondes humiliations quant à mes atermoiements esthétiques devaient sonner comme la meilleure des écoles. Aussi, à cette époque, n’avais-je dans ma classe qu’une Licorne atteinte de troubles du comportement alimentaire.

Non pas que les coiffeuses soient toutes connes ou que toutes les Licornes soient coiffeuses. Y’a cependant un lien très évident que la compassion et sans doute un vieux fond de décence m’empêchent de formuler plus avant. Ce qui m’a amenée à me demander si je ne serais pas par hasard passée à côté de moi-même.

Pourquoi je te parle de ça? Parce qu’il y a une chose que je me dois d’avouer, de confesser et d’assumer publiquement: J’aurais aimé être une Licorne.

Portrait de ces femmes faites de pure magie.

Car c’est d’un véritable clan dont je parle. Un cercle fermé et intriguant, qui sent Anaïs-Anaïs et la pâte-à-modeler. Un univers magique où tout n’est que Justin Bieber, Marc Levy et Secret Story, où les Bisounours de l’enfance siègent en bout de plume comme pour juger ceux qui auront atterri là et où les posters d’équidés sont autant de pairs protecteurs et bienveillants. La Licorne, ma caille, c’est le rose ultime et l’ultra-féminin. C’est joie de vivre,  sexualité roudoudou et niaiserie de compétition. Elles se pavanent en banc aux concerts de Lily Allen, ce sont aussi les seules à encore se servir de myspace. La Licorne, c’est toujours doux et ça a des étoiles dans les globes oculaires, des vraies, et chacune sans exception a dans son portable un sms disant « Ton père est un sale voleur, il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux. » Ce texto, c’est l’équivalent du Bac Licorne. Si tu l’as pas t’en es pas une. C’est comme avec l’affiche de l’Enfant de Spencer Rowell. La Licorne, ça porte aussi des tampax Hello Kitty avec des leggings fushias, parce que les Licornes vénèrent le fushia, cette couleur de merde. La Licorne, si tu la lèches trop, t’auras les dents cariées. La Licorne, tu la croirais sortie d’un épisode de Plus Belle, la Vie. Bref, comme leurs amies imaginaires, ça sort tout droit d’un monde dans lequel les contes de fées existent.

Attendu que je me fais présentement l’effet d’un routier du Var dans le corps d’une mère de famille – autant pour le potentiel érotique que pour l’humeur – je me dis qu’il serait peut-être de bon ton de réfléchir à une stratégie de repliement et que devenir Licorne, après tout pourquoi pas. J’ai tenté de les rejoindre, ces putes vérolées, mais il me fallait d’abord réfléchir à ce qui les rendaient aussi irrésistibles. J’en ai rencontré et ces connasses sont terriblement attachantes avec leur regard de veau. Chaque fois, j’avais envie de leur demander un truc:
Dis, t’as pas joué dans Shrek? Mais je le faisais jamais parce que la Licorne n’a pas conscience qu’il existe plus d’un degré sur Terre. Elles auraient répondu: « Nan j’crwa pa. »

Bah j’ai trouvé et je vais te dire c’que c’est: LEUR PUTAIN D’OBSCÉNITÉ , voilà. Une Licorne, c’est complètement obscène. Je me mets deux secondes à la place d’un homme. Je vois une petite chose rose fagotée comme un arc-en-ciel qui est ok pour que je la culbute? Je la bouillave dans le quart d’heure suivant. Pour salir. Pour foutre le bordel dans ses mèches et pour avoir, une fois l’outrage commis, une petite chose douce et calme à caresser avec frénésie.

Et j’ai pu noter l’efficacité redoutable des atouts de Licorne. Tu me croiras si tu le veux mais j’ai juste eu à enfiler un t-shirt estampillé Petit Poney pour provoquer chez Pute le besoin immédiat de me sodomiser avec décadence.

« C’est magique, ça fonctionne vraiment! » me suis-je dit avant de regretter amèrement ce tout petit problème d’anus pas d’accord.

VF: Crayyyve, tu me la may pa dan le cu.
P: Tu m’excites PUTAIIIIIN, ALLEEEEEZ, juste le bout… fais pas ta pute.
VF: Vou disay toujours sa é cay pas vrayyy aprayyy vou maytay tous.
P: Rhaaaaaaaaaaa, viens ici! Où tu vas? VIENS  TOUT-DE-SUITE  PRENDRE  TA  PÉTÉE.
VF: Mé sa va pa nan? Espaysse de PAYRVAYRE !!! Lache-mwa… pa avent le maryage BORDAYL !
P: Oh ouais vas-y parle ! T’arrête surtout pas de parler.

J’étais à deux doigts (oui, je me l’autorise aussi, celle-ci. J’ai peur de rien.) de changer de taille et de prier Harry Potter quand j’ai eu la présence d’esprit de tomber le t-shirt et de me remettre à parler comme d’habitude.

VF: Bon ça suffit maintenant, merde à la fin! Tu prends les rabots qui te servent de pogne et tu vas te palucher comme un grand.
P: Quoi, quoi? Non mais qu’est-ce qui se passe? Non, merde, j’y étais presque, so unfair.
VF: Disons que j’ai fait une expérience un poil trop concluante pour mes petites limites. C’est pour le blog, tu vois?
P: Je déteste ton blog. Ton blog, je l’encule, okay?

Depuis, je ne l’ai plus revu…

Tout ça pour dire que depuis cette mésaventure, je ne remettrai plus jamais en doute le pouvoir magique de la Licornerie. C’est une chose à prendre avec beaucoup de sérieux qui n’est pas à la portée de la première gueuse venue. Moi-même, je suis incapable de revêtir le costume. Trop d’abnégation et une poésie que je n’ai pas pour continuer de faire vivre les  légendes.

Bless their heart.

Publicités