J’ai l’impression que j’ai pas parlé à un adulte depuis une vie et que j’ai pas écrit depuis le 18ème siècle. Tu sais pourquoi ? Parce que ça fait 27 jours que je m’occupe de mes mômes toute la journée. Ouais gros(se). Même moi, je t’avoue que j’en reviens pas trop de respirer encore, juste je suis à l’agonie mais je respire encore. Autant te dire que si j’entends ne serait-ce qu’un quart de fois de plus « Maman, cherche mon dinosaure. » ou « Ce rêve bleu je n’y crois pas c’est merveilleux » je balance à Grumeau que Oui-Oui pue du cul et que les dinosaures sont tous morts dans d’atroces souffrances à base de brûlage vif. Oui quand je suis à bout, je tape avec les mots et les images, tavu. Comme je commence à avoir l’air d’un cadavre et que j’ai pas spécialement envie de briser les rêves de mon fils, je me suis mise en quête d’une baby-sitter et ce pour pouvoir dans l’ordre : pleurer, prendre une douche, me masturber, écrire, fumer en écoutant de la zique et peut-être pleurer une fois de plus, mais de joie cette fois-ci.

Sur un site internet spécialisé, j’ai trouvé une jeune fille de compétition qui s’appelait Marine. Tellement cute que tu vois sa pic de profil, tu lui laisses essayer toutes tes fringues et coucher avec ton mec. Marine est blonde et elle vient d’avoir son bac S avec Mention TB. Marine, quand elle t’écrit un mail, y’a pas de fautes de français. Marine, elle prend 6€ de l’heure. Sauf que cette petite catin de Marine m’a plantée à la dernière minute. Je me suis donc rabattue sur une autre jeune fille : Prisca. Et c’est là que mes mômes m’ont foutu la chouma.

Prisca sonne au moment même où Grumeau émerge de sa sieste et il est à signaler qu’à l’instar de sa mère, parler à Grumeau alors qu’il vient de se réveiller augmente de 83% le risque de se prendre un coup de boule dans les parties génitales. Je laisse la porte d’entrée ouverte et part finir rapidement une conversation téléphonique dans ma chambre quand j’entends Grumeau crier et une voix d’homme lui répondre. Je me précipite donc ventre à terre dans le salon pour trouver Grumeau traumatisé devant Prisca.

Pourquoi ?

Jusqu’ici je ne vois pas bien pourquoi. Ne serait-ce sa voix légèrement grave et son survêt’ Sergio Tacchini, Prisca a l’air d’une jeune fille normale. Imaginez la conversation suivante avec Grumeau caché dans mes cheveux. Ah oui et sachez que le grand truc de mon fils en ce moment c’est qu’il est persuadé que les gens sont tristes. Nan mais tu vas voir ça va servir.

VF : Bonjour, désolée, il est de mauvais poil au réveil.

P: C’pas grave tavu. (c’est pas la private joke, hein, elle le dit VRAIMENT)

G: Marine ?

VF : Non, ce n’est pas Marine, c’est Prisca. Assieds-toi. Tu veux un bib ?

P: Nan ça va j’ai mangé avant de venir.

VF : Je parle à mon fils. Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit servez-vous.

P: T’es sympa.

VF : D’accord, donc, on se tutoie. Prisca, je vais rester ici. Je veux juste la PAIX, tu vois ?

P: Nan mais j’ai l’habitude tavu j’ai plein d’enfants en dessous de moi. Je gère, t’inquiète.

Prisca amorce une approche vers Grumeau qui décline poliment, fuyant et criant et faisant des moulinets avec les bras. Je crois que je commence à comprendre… Prisca aussi et un silence gêné s’installe durant lequel je me perds volontairement dans la contemplation de mes Doc Martens. Heureusement (façon de parler) Culculine se réveille et Prisca, qui se laisse pas démonter, m’emboîte le pas dans la chambre.

VF : Bon, elle c’est une sauvage par contre. Essaie de pas parler comme Kool Shen et ça devrait bien se passer.

P: Salut Culculine !

Le cri qu’a poussé ma fille de 18 mois s’est entendu jusque dans le Limousin, environ.

VF : Prisca, sors s’il-te-plaît. Je suis désolée mais elle a peur.

P: Ouais ok.

Je suis arrivée dans le salon et pour te dire, j’avais pas besoin de mes bras, Culculine tenait toute seule sur ma hanche. Ma fille a des cuisses de catcheuse. Re hurlement de chaton égorgé à l’épilateur.

Je pèse le pour et le contre de l’histoire. Mes enfants sont terrorisés et Prisca est gênée. Mais d’un autre coté je vais mourir si je m’allonge pas deux secondes sur mon lit. Only my face operation.

Démerdez-vous.

Au bout de quelques minutes, les cris s’estompent.

Arrivée à l’étape 3 de mon programme de fin d’après-midi, Prisca frappe violemment à la porte de ma chambre.

P: Je bosse pas pour des racistes, je me casse !

VF : QUOI ?

P: Sale raciste !

VF : Mais ça va pas bien, non ?

P: Oh ça va, j’ai bien vu qu’ils flippaient parce que j’suis noire, tes mômes !

VF : Bah oui mais j’y peux rien si t’es très noire! Ils sont trop petits pour être racistes, t’es conne ou quoi ?

P: Pour moi, les enfants qui font des dessins pour Marine Le Pen, c’est des enculés de racistes.

VF : Qu’est-ce que c’est que ces conneries ??? J’ai JAMAIS eu de carte électorale de ma vie, putain. Mes enfants ne connaissent pas Marine Le Pen.

P: J’me casse, salope de facho !

Elle est partie sans demander à être payée. J’étais sur le cul.

Grumeau arrive vers moi et me tend son dessin.

VF : Tu l’as fait pour Marine parce que tu crois qu’elle est triste, j’parie…

G: Marine Le Pen.

VF : Marine A DE LA peine !

G: Prisca triste ?

VF : Bah ouais, Grumeau. Ouais.

CONNASSE DE MARINE.

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