Je me regardais dans un miroir hier et nonobstant du fait que vous doutiez, ça n’arrive pas souvent. J’avais rien d’autre à faire aussi, donc bon. Tiens, me suis-je dit, si je comptais un peu mes cheveux blancs pour voir combien ils sont depuis la dernière fois ?

Une heure plus tard,  j’étais dévastée par l’évidente explosion démographique des satanés tifs blancs et maudissais ma génitrice pour m’avoir transmis le gêne de ceux qui sont poivre et sel voire chauves AVANT trente ans. Parce que tu dois savoir, lecteur, que je plaisante pas avec les tifs, moi. C’est un peu mon fond de commerce, les cheveux.

Donc, te disais-je, j’étais émotionnellement ruinée par ma découverte. Découverte qui n’eut pas la bonne idée de s’achever ici attendu que j’ai étendu mes recherches à mon épiderme facial. Me faisant la réflexion que j’avais une « Zone T » particulièrement luisante sous le soleil d’août et que bordel de merde je suis ridée, je devais me dire un truc du genre « Quelle terrible débâcle ce temps oeuvrant à nous rendre moche ».

Va savoir pourquoi, ça m’a rappelé un truc assez terrible (oui, en août, rien n’est relatif) que j’avais dit dix ans plus tôt, alors que ma Tante Made in Tunisia me demandait:

TMT: Pourquoi tu mets JAMAIS de rouge à lèvres? La vérité, ça t’irait bien.
VF: Parce que ça tâche.
TMT: Non mais regarde, sur ma vie, un joli corail nacré…
VF: Le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux. Dieu préserve, c’est pas près de m’arriver.

So naïve…

Dix ans plus tard, je possède un lipstick, symbole incontestable d’une féminité achevée. J’ai pris mon sac et en ai exhumé le tube noir acheté quelques mois plus tôt. A l’époque, je m’étais rassurée en me disant que si j’avais bel et bien acheté du putain de rouge-à-lèvres, c’était juste parce que Vanessa Paradis me l’avait vendu, cette connerie de Rouge Coco.
Tu peux partir du principe que Vanessa Paradis peut TOUT ME VENDRE. Hormis peut-être sa musique.

C’est impressionnant ce que te conduisent à faire la vanité et l’ennui… Ecrasée par la conclusion de ces différents constats, je suis allée renflouer mon stock de peinture.

Autrement dit j’ai acheté du maquillage pour pouvoir ressembler à une petite chose douce et sucrée goût muffin et ainsi, avantage non-négligeable, dissimuler quelque peu mes 15 années de tabagisme.

Mais aussi plus médiocrement, l’espoir de me rapprocher des petites connes qui disent « Le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux. Dieu préserve, c’est pas près de m’arriver. »
Si je pouvais, je retournerais à Créteil Soleil en 2001,  pour me foutre une énorme tarte dans la gueule.

Extérieur Jour:
J’inspire et j’expire profondément plusieurs fois, je prends une grande bouffée d’air provincial donc relativement frais, bloque ma respiration et entre chez Nocibé. Chez Nocibé ou dans toute autre enclave du cosmétique, le plus important c’est d’avoir une bonne apnée, sinon tu crèves foudroyé par les 28457 « fragrances » qui attaquent tes naseaux. Dans la boutique, il fait sombre, tu vois jamais la lumière du jour dans les boutiques de meufs, c’est simple, c’est flippant.
J’avise une silhouette noire qui me tourne autour et décide de vérifier si un coeur bat derrière ce masque de fond-de-teint. Entre temps, bien entendu, je me suis remise à respirer, c’est là que mes genoux ont FLANCHES.

VN: J’peux vous aider?
VF: Bonjour. Wow, dis donc, vous portez énormément de couleurs différentes sur le visage…
VN: Vous cherchez quelque chose en particulier?
VF: Bah vous voyez, je regarde les rouge-à-lèvres. Enfin, je suis pas toujours sûre que ç’en soit, certains ressemblent à des armes de IIIème catégorie.
VN: Je ne comprends pas. Vous portez quelle marque et quelle couleur d’habitude?
VF: Un rouge pute, Chanel. Un rouge Coco.
VN: Y’a pas de rouge pute chez Chanel. La teinte?
VF: Je sais pas. Un vrai rouge, quoi. Eh je l’ai sur moi, regardez.

Miss Paraben ’08 m’arrache le tube des mains et découvre le bâton. Elle lève un sourcil épilé au marteau-piqueur et profite de l’unique rai de lumière réfléchi par la boutique d’en face pour apprécier la couleur. L’air connaisseur. J’hallucine.

VN: A vue de nez, je dirais Vendôme. dit-elle en rebouchant le tube et en vérifiant l’étiquette, ‘gadez.
VF: Formidable, c’est impressionnant.
VN: Vous dites ça mais vous vous en foutez.
VF: C’est juste.
VN: Oui ça se voit, vous n’y connaissez rien. C’est pas un vrai rouge, Vendôme. Il tire très légèrement sur les tons orangés. Regardez.

Elle re-arrache le tube et l’ouvre. Sauf que cette fois-ci, la moitié du bâton reste dans le capuchon.

VF: OH MON DIEU VOUS L’AVEZ TUE !!! SALOPE !!!
VN: Je suis désolée !
VF: Vous savez que je bouffe une semaine pour le prix de ce machin???
VN: Je sais putain! Le dites pas à ma responsable, je vous en SUPPLIE, je suis à deux doigts de me faire virer déjà. C’est la quatrième fois que je fais le coup.
VF: Mais qui vous dit de vous emparer des affaires de vos clientes aussi, bordel?
VN:  Tenez, je vous en donne un très cher,  un des écrins Guerlain, n°23 Geisha. C’est assez pute, ça Geisha? La couleur vous ira, prenez-le mais le diiiiiites pas à ma responsaaaaaable, j’vous en suppliiiiiiiiie…
VF: Non, putain. Je veux le mien.
VN: On le suit plus celui-ciiiiiiiii. Pitiiiiiiié, celui que je vous propose, il fait aussi miroir de poche.
VF: Il peut faire cran d’arrêt et lave-vaisselle JE M’EN BRANLE. Je veux autre chose en plus. Un mascara. Je veux le Lancôme qui coûte un bras et je veux aussi des galets effervescents à la guimauve, okay?
VN: Tout ce que vous voulez mais parlez moins fort, s’il-vous-plaît.
VF: Et je veux des échantillons, je veux TOUS vos échantillons. (Je suis en train de me transformer en monstre)
VN: On en a plus. Il nous reste que du Lift-Fermeté de Clarins mais vous n’en avez clairement pas besoin!
VF: Haha, nice try. Aboule.
VN: Tout y est. Maintenant, ça suffit le gros racket.
VF: C’est du Clinique que je vois derrière ?
VN: J’ai dit ça suffit.
VF: Finalement le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux.
VN: Hein? Ouais c’est ça, ouais…

Finalement, j’aime assez la couleur.

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