Bientôt, ça fera un an que je n’ai pas reçu de fiche de paie. J’ai l’impression d’être en Irlande quand je regarde mon dossier « fiche(s) de paie » qui n’est d’ailleurs pas un dossier à proprement parler mais plutôt un genre d’enveloppe. Et ce matin, enfin autour de midi, j’avais envie de pleurer tellement je repoussais l’inévitable, le truc qui me complexe, qui fait que mon poil se hérisse quand on me demande « Tu fais quoi dans la vie ?», fallait chercher et faire, du moins essayer d’accomplir (ouais ACCOMPLIR PUTAIN), un boulot merdique et très mal payé. Moi, tu vois, je croyais que ça allait me tomber tout cuit dans le bec. Je croyais que ç’en était fini des boulots à la con qui te donnent envie d’envisager l’illégalité. J’ai installé un système de dons qui a très bien marché les sept premiers jours. Et puis j’ai rien fait. Et puis j’ai attendu. Les bras un peu croisés et le sourire en coin.

Oui, je suis conne dans mon genre.

Donc là, je me suis rendue sur Asfored. Y’avait rien. J’ai demandé des renseignements sur un stage mais ça le faisait pas. J’avais envie de buter un truc.

J’ai pris ma magic8ball et j’ai demandé « Est-ce que je vais bientôt être riche ? » Après avoir en réponse obtenu « Outlook so so » qui est une expression que je sais pas traduire en français mais qui veut dire je crois mitigé, j’ai re secoué cette putain de boule très fort en demandant « La putain d’sa race, est-ce qu’il va falloir en repasser par là ? » et j’ai obtenu « Yes » alors j’ai jeté cette putain de magic8ball contre le mur mais pas trop fort pour pas l’exploser parce que je l’aime vachement mine de rien. Je m’en sers tous les jours parce que je suis une grande rêveuse au cas où t’aurais pas remarqué.

Donc je me suis rendue sur le site de Pôle Emploi. J’avais plus mes identifiants depuis belle lurette aussi j’ai décidé de me créer un nouvel « Espace Personnel », mon nouvel espace dans lequel il y aurait beaucoup de rigueur, de volonté et discipline et encore plein d’autres trucs qui n’existent pas chez moi.

J’avais le choix entre « Créer votre dossier de recherches d’emploi » et « vous inscrire comme demandeur d’emploi. ». j’ai cliqué sur m’inscrire comme demandeur d’emploi parce que si ça se trouve, maintenant que je frôle le sur-endêtement, j’ai peut-être droit à des allocations.

Avez-vous déjà été inscrit comme demandeur d’emploi ?

Bah ouais, je crois. Il me demande mes identifiants que j’ai pas. Je reviens sur mes clics, je me dis que peut-être si je prétends ne jamais m’être inscrite, il me dira si en fait et me refilera au moins l’identifiant qui me permettra de récupérer le mot de passe qui me permettra de trouver un boulot.

Mais le site s’est mis à me demander des trucs de pointe comme mon numéro de sécurité sociale que je ne connais pas par coeur.

Je me suis dit que parfois le mieux, c’est l’ennemi du bien, qu’à avoir trop d’ambition on en récolte les écueils. Je suis re revenue sur mes clics.

Que souhaitez-vous faire ?

Mourir, ok ?

J’ai cliqué sur Créer votre dossier de recherche d’emploi et j’ai commencé l’inscription. Mon dossier porte le nom très original de Boulot, je confirme mon adresse mail.

Emploi recherché ? J’écris « N’importe », ça marche pas. Finalement je ne mets rien, parce que vraiment, n’importe. J’entre ma commune et le type de contrat, c’est-à-dire que je bouge pas plus loin que 5km, y’avait pas zéro, mais que je veux bien jeter un oeil aux missions d’intérims. Je parcours toutes les offres et je n’ai pas à chercher bien longtemps puisque page 2 PAF, il est beau celui-là, employé(e) de libre service. AUCUNE QUALIFICATION REQUISE.

Neat… Je postule.

On me confirme que l’employeur ne demande aucune qualification et on me propose de prendre les devants et d’indiquer quelles qualifications j’ai. Je coche que je connais les techniques de vente parce que je vendais plutôt bien les ramettes de papier et les sacs à gravats avant pour les handicapés. L’équivalent des témoins de Jéhova de la vente, rôdée, la meuf. Que je sais me servir des lecteurs de codes barre parce que fut un temps, je bossais dans une bibliothèque et que je faisais ça toute la journée. Que je sais me servir d’une caisse enregistreuse parce que j’ai déjà piqué dans celle d’Hafid.

On me demande mes motivations.

« Chère personne, Je voulais être riche et puis après je me suis dit après tout caissière why not ? Voilà.

Jobement vôtre,

Une pauvre. »

Là, j’attends qu’on me dise si oui ou non je peux devenir caissière chez Leclerc ou Intermarché ou Monoprix ou pire, en hard discout.

Je me souviens d’un reportage sur les employées de Lidl qui n’avaient le droit de pisser qu’une fois par jour pendant qu’elles fument leur clope pour le déjeuner.

J’ai hâte.

Publicités