Ces toutes dernières semaines, mes matins de mère sont un peu ce que la crise de vaginisme est à Kim Kardashian: la grosse tuile, donc. Ne pouvant me qualifier de femme « du matin », il me faut chaque jour réunir mes forces pour mener à bien le timing crucial qui sépare mon réveil de la Maternelle et de la nourrice. Mais voyez plutôt, par exemple jeudi dernier.

6h30: Pute part gagner notre Marque Repère quotidien non sans me secouer vigoureusement par les épaules « Debout la larve, debout! ALLEEEZ! GO GO GO ! Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, Réveille-toi, « .

6h35: Après avoir maudit Pute en différentes langues, je me lève, j’allume une clope, je check mes mails. On me demande si je veux bien relayer la campagne « Les Produits Laitiers » sur mon blog. Je réponds que plutôt crever, voir une vache squirter par tous les pis pour abreuver des espèces de martiens blancs comme une merde de laitier, ça me donne passablement envie de gerber. Je prends quelques minutes pour leur expliquer en quoi toutes les pubs pour le lait, le fromage, les yaourts me dégoûtent plus que la pire des couches. J’ignore le mail de Free m’annonçant que mon prélèvement a ENCORE été rejeté.

6h40: Je me rappelle que je devais faire une lessive pour les petits hier soir. L’ai-je faite? Oui. Correctement? Non. Le blanc est gris foncé grâce au super slip Spiderman d’excellente qualité offert par ma charmante belle-mère à Grumeau et qui s’est malencontreusement glissé dans la machine.

6h45: Je prépare le petit-déjeuner des enfants et découvre, ravie, que Pute a encore damé tous les Doowaps.

7h00: Je réveille Grumeau qui me raconte son rêve avec sa tétine dans la bouche (trois ans et demi quand même) et ça donne : « ‘ai ‘êvé inosaure manger es seveux de maman et disait HAHAHA ! Bébé cadum! ». Il ajoute qu’il veut des céréales Spiderman.

7h03: Je réveille très très doucement Culculine la Folle qui crie « Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ! » en s’accrochant aux barreaux de son lit.

7h07: Grumeau veut Petit Pied, la sagesse des amis. Culculine veut Oui-Oui sauve Noël. Je veux me recoucher pour toute la vie.

7h08: Après baston à coups de biberons et de télécommandes, ce sera Oui-Oui sauve Noël.

7h12: Culculine ne veut pas s’habiller et me le fait savoir en jetant ses fringues dans la poubelle du tri sélectif. Grumeau a changé pour Petit Pied en totale loucedé. Je me demande encore comment il a fait pour accéder à mon disque dur et d’où il a exhumé un Doowap. « Sous l’oreiller de Papa », je vis avec trois mômes dont un de 32 ans.

7h28: Conciliabule avec ma fille de 22 mois. Elle veut bien s’habiller si je concède à mettre une couche à son requin baleine en peluche. Même si je tente de lui expliquer qu’il faut deux jambes/pattes pour en porter une, elle n’en démord pas et va t’en découper une ouverture dans une couche sans foutre de la sphaigne partout. Je fous donc de la sphaigne partout mais tout va bien puisque ma despote de fille est désormais habillée.

7h37: Nous devons partir dans 20 minutes et mon fils en pyjama cherche désespérément une des 329 petites voitures qu’il possède.
Grumeau: Maman! Cherche! Cherche la voiture!
VF: Je suis pas un chien flic, merci bien. Débrouille-toi.
Grumeau: S’il-te-plaît Maman chérie…
VF: Non Grumeau, faut que tu apprennes à chercher les choses tout seul comme un grand, surtout que la voiture en question est SOUS TON NEZ PUTAIN.
Grumeau: Où?
VF: On va s’habiller.
Grumeau: Je suis grand, moi mis le slip Spiderman tout seul dans la massine. Moi grand. Ze veux les sossettes Spiderman Maman. Interlude: toujours grâce à ma belle-mère, Grumeau possède aussi un semainier de chaussettes Spiderman. MERCI BEAUCOUP. Il veut une mardi et une dimanche. Je lui mets deux jeudi et tague un « Never more » au posca doré sur le dos de son slip tout propre qu’a bien tout foutu en l’air les fringues de sa soeur.
Sa soeur, justement, qui revient de la salle de bain en empestant L’Eau Sauvage de son père.

8h00: Les enfants sont prêts à partir, je ressemble à Courtney Love attendu que je n’ai bizarrement pas eu le temps de me faire une tête décente. Dans le local où se trouve la poussette, Culculine hurle « NAAAAAAN PAS LA POUSSETTE ! » en s’accrochant au chambranle de la porte. Je la tacle et la maîtrise pour la poser dans cette putain de poussette: « Culculine, si tu continues je te vends à Parrain (Prolo) ». Ma fille se laisse faire et si ses yeux semblent vouloir sortir de ses orbites, c’est pas si grave.

8h03: Nous partons enfin pour l’école. Grumeau ne veut pas marcher parce que c’est juste une énorme feignasse comme sa maman. Culculine ne veut pas de son frère sur la margelle de la poussette et lui fait savoir par un direct au menton. Grumeau pleure et morve et un « Culculine… Parrain… » plus tard, elle se recalme.

8h06: A force de pleurer et de morver, Grumeau finit par vomir tripes et boyaux sur sa soeur qui se met à hurler. Je fais un rapide examen de la situation: Culculine est couverte de gerbe, il fait 3°c donc pas possible de changer ma fille dans la rue, je n’ai pas l’ombre d’un mouchoir pour éponger la chose, un mec passe et lâche « C’est con, hein? », j’ai le choix entre aller à l’école avec Culculine frigorifiée et dégueu ou aller chez Claudine pour la changer et arriver beaucoup trop en retard à l’école sous les cris de Grumeau qui veut absolument y aller… J’ai envie de me jeter sous la première voiture qui passe.

8h07: Le seul truc que j’ai en ma possession pour arranger les choses, c’est une paire de collants en laine. Culculine hurle toujours en me tendant ses mains maculées de lait et de Doowap mi-digérés, je manque moi-même de la repeindre de la tête aux pieds. J’essuie à la va comme j’te pousse et fonce chez Claudine.

8h20: J’arrive violette chez la nourrice qui me regarde avec cet air inquiet que je connais si bien. Elle me tend un pantalon propre en me demandant « de me reprendre » parce que ça va pas du tout. Je dis discrètement à Grumeau que c’est « Ok si tu veux gerber sur Claudine ».

8h28: Je sors de chez ma cul-béni de nourrice avec Grumeau sous le bras et cours vers l’école. Grumeau dit que ça secoue trop et je dis « Tu veux y aller oui ou non? Accroche-toi et tends les jambes comme une fusée, pense « aérodynamisme ».

8h35: Les portes de la maternelle sont ouvertes et la classe de Grumeau, ainsi que les maîtresses, ont le loisir de nous voir débouler: moi en sueur avec Grumeau sous le bras qui fait la fusée en clamant « Youhou! Plus vite! Plus viiiiiiiite! ».
Mademoiselle Bonner: Euh, tout va bien Madame Félin?
VF: Bah oui, pourquoi?
MB: Vous pleurez.
VF: Mais non c’est le froid. Bisous Grumeau, bonne journée!
MB: Vous êtes sûre que vous ne voulez pas vous asseoir? Vous tanguez.
VF: Merci je préfère m’évanouir at home. A demain.
Grumeau: C’est ma Maman.
VF: Oui, chéri. Sois sage, à ce soir.

A demain.

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