Parce que les jours raccourcissent à l’image de tes espoirs et de tes rêves, je dis que novembre est le mois idéal pour entamer une bonne petite dépression. Ainsi donc, comme je te sens infoutu d’y arriver correctement, permets-moi de te parler doctement et de t’aider, rien de moins, à clore comme il se doit cette merveilleuse année 2011.

Le fait est que je maîtrise vachement bien le sujet, s’il y avait un prix pour récompenser les dépressifs, genre les Anxio d’Or, je ferais très souvent les poussières sur mes trophées. Forte d’une carrière entamée à l’âge de raison, sept ans et déjà une vocation, mon discours serait rôdé au millimètre et ne changerait pas d’un iota d’une année sur l’autre :

« Je tiens à remercier mes aïeux, mes parents qui m’ont toujours soutenue, ma première thérapeute à qui je faisais volontairement des dessins horribles pour voir ce ça que ferait, ma deuxième thérapeute qui ne m’écoutait pas, ma quatrième thérapeute qui m’a encouragée à reboire. Merci l’aile psychiatrique de l’hôpital Saint-Antoine en plein mouvement de grève. Merci ma fainéantise, merci mes névroses, merci mes angoisses, merci les drogues. Et enfin, merci la vie.
Bonsoir. »
.

Faire une bonne dépression, mine de rien c’est pas si facile que ça. Ça demande rigueur, discipline et courage pour aller toujours plus loin vers le rien. Le rien est ton objectif, never forget. Accroche-toi à ton clavier, t’as deux mois pour y arriver.

Mon programme en 5 étapes:

Ça commence par passer inaperçu, tu ne fais pas vraiment attention mais tu glisses néanmoins dans le bain glauque de la mélancolie. T’es pas heureux certes, mais comme beaucoup, tu n’y prends pas garde. Et puis un matin, tu la sens, elle est VRAIMENT là. Congrats.

Étape 1 : Coupe le contact.

La première règle à respecter pour déprimer correctement est de se couper du monde extérieur. Donc si t’avais dans l’idée de sortir boire des coups avec tes amis pour te remonter le moral, tu te fourres le doigt. « Noir c’est noir », qui disait ça ? Un moine tibétain, j’dirais. Fais-moi le plaisir de fermer tes volets afin de condamner la lumière du jour. Ne réponds pas à tes mails, ne réponds pas au téléphone, barricade-toi à double tour et commence à écouter Nick Cave en boucle. Attendu que ce que tes amis ont à te dire sonnera à tes oreilles comme de la psychologie de comptoir, autant t’en défaire rapidement et violemment. Fends-toi donc d’un unique mail à l’intégralité de tes contacts : ALLEZ TOUS VOUS FAIRE ENCULER JE VOUS HAIS BÂTARDS. (cc : Papa, Maman, Tatie Suzanne)

Étape 2 : Arrête de te lever.

Parce qu’une bonne dépression se fait à l’horizontal, il est primordial d’être alité dans des draps sales. Prépare-toi à passer les deux prochains mois au fond de ton pieu parce que tu y feras tout : dormir, pleurer, dormir, pleurer, manger, pleurer, dormir, boire, pleurer, dormir, uriner (ça c’est pour les très bons élèves qui combinent médicaments+cannabis+whisky mais on va y revenir). T’y feras tout dans ce putain lit, sauf du sexe. God forbids. Exception faite des baises minables avec de parfaits inconnus qui constitueront un bagage intéressant pour l’étape 4, tu es de toutes les façons interdit d’orgasme et d’excitation. Qui voudrait te faire jouir anyway ?

Étape 3 : Arrête de te laver.


Ça c’est mucho important, surtout pour dissuader les amis et la famille, ceux qui malgré tes menaces de leur jeter du vitriol à la gueule, se fendront d’une visite de courtoisie. Quand je dis d’arrêter de te laver c’est arrêter avec l’hygiène en général. Ainsi donc, si ton haleine n’attire pas les mouches et si tes aisselles ne sentent pas le kebab, tu peux tout à fait prendre l’initiative d’arrêter aussi le papier toilette. Tu peux aussi te rouler dans tes propres déjections mais ça, c’est pour les très bons élèves qui combinent médicaments+cannabis+whisky mais on va y revenir.

Étape 4 : Rumine ta vie qu’elle est invivable.

C’est ça qui est formidable ! Que tu sois riche, pauvre, con, smart, moche ou beau : la vie est épouvantable, true fact. Embrasse ta condition de grosse merde, ressors tes vieux albums photos, tes lettres d’amour, le doudou de ton animal mort, tes copies d’examens, tu sais, ceux que t’as à moitié foiré ? Repasse le film de tes humiliations de gosse, d’ado et d’adulte, bâtis la liste de toutes tes erreurs, de tous tes regrets, de toutes tes petites plaies et jette du sel là-dessus : tes larmes. Te voici prêt pour l’étape ultime.

Étape 5 : Aie peur de la mort, parce que tu vas crever. Ça au moins tu peux en être sûr.

Si tu as correctement suivi les précédentes étapes, désormais tu es sous traitement médicamenteux, ce qui ne t’empêche pas – au contraire – de fumer des joints, de taper de la coke et de boire comme un trou. Toutes ces drogues combinées vont avoir pour effet de parachever ta dépression en te propulsant aux portes de la folie. Attention, le suicide est totalement contre productif. En effet, si le but est de faire une bonne dépression, te suicider est, pour ne pas dire la meilleure, la plus efficace façon d’y mettre un terme. Attendu que ta propre mort et les angoisses qu’elle entraîne font partie intégrante des causes de ta dépression, il faut au contraire entretenir ses angoisses et avoir peur de mourir. Pour ça donc, le combo précédemment cité qui, je dois l’avouer, n’est pas à la portée de la première larve venue.

La fin justifie les moyens, tu peux maintenant appeler les pompiers.

De rien.

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