Je suis partie à la va-vite pour ne pas louper mon train et pressais le pas, ma fille traînait des pieds quelques mètres plus loin signifiant par là-même le peu de considération qu’elle porte à mes « Bon sang, si tu vas moins vite tu recules, ma chérie!  Allez dépêche! ». Avec ses godillots rouges vernis qui ressemblent aux bottes de sept lieues et son manteau gris et l’un des milles deux cents bonnets péruviens 100% péruviens que son père a rapporté de Lima, elle a une drôle de touche. Mon fils, quant à lui, avait déjà fait deux fois le tour de la résidence en haranguant les voisins comme le dernier des forains quand ma fille et moi avons finalement atteint le camion. Sur le trajet, il a posé mille questions, parce que c’est l’âge des questions auxquelles tu ne sais absolument pas répondre, comme « Pourquoi l’eau? » ou « Si je suis mort, est-ce que tu viendras me chercher? ». Le « Euuuuuuuuuuh » le plus long depuis la dernière fois qu’on m’a demandé de tracer une bissectrice. Même sa soeur est perplexe.

J’arrive en avance à la gare, on me taxe une cigarette, je prends mon billet et j’essaie de joindre C. Ça me fait chier de laisser un message, non seulement parce que je ne sais pas quoi dire mais surtout parce que les voeux, c’est très con.

J’essaie d’écrire durant les minutes qui me séparent de Paris mais ça ne veut pas, je me maquille, C. me rappelle. Je lui raconte des trucs plutôt incohérents. Je descends les marches du métro.

Saint-Lazare : Je regarde les gens sur le quai et je me demande combien d’entre eux sont heureux. Au téléphone, C. écoute toujours mon histoire: invraisemblable, médiocre et terriblement ironique. La rame est modérément pleine, je suis modérément calme. J’ai envie de lui dire un truc drôle mais je ne trouve pas. Je me trouve aussi chiante que janvier. C’est un mois d’ennui au nom moche.

Havre-Caumartin : Je regarde les gens dans la rame et me demande combien d’entre eux sont doués pour la joie. Combien d’entre eux la pulvérisent. Combien d’entre eux sont courageux. Combien d’entre eux ont les couilles qui ballotent. Et qui valse à leur place.

Opéra : La voix de C. me quitte sur des choses gentilles.

Quatre-Septembre : Branderburg. Je dois trouver de meilleures réponses pour mon fils . Je regarde les gens dans la rame et me demande combien d’entre eux savent se cacher.

Bourse : Inexplicablement, Sting chasse Beirut et tout aussi inexplicablement, je fonds en larmes. Je vire le mode shuffle.

Sentier : Je suis un cliché ambulant et jusqu’ici, j’en ai rien à secouer.

Réaumur-Sébastopol : J’en ai toujours rien à secouer, ça fait un bien fou. J’essuie les larmes et demande à mon voisin si je n’ai pas trop une tête de panda. Il me dit que si une fois que je lui aie expliqué ce que j’entendais par là.

Temple : Je ne me souviens pas être jamais descendue à Temple, un peu comme Mouton-Duvernet ou Campio-Formio, ces autres stations qui ne servent à rien.

Arts et Métiers : Lister les stations inutiles ne fonctionne qu’un temps pour m’arrêter de braire, ça recommence sans que j’y puisse rien. Je ne les savais pas en réserve, celles-là. Ça devient ridicule.

République : Je profite des secousses de la rame et me félicite de ne pas avoir mis de culotte sous mon jean dont la couture ne saurait être plus sympathique.

Parmentier : Je pense à ce que je viens faire sur la ligne 3. Je descends.

Maintenant je vais vivre et pas toi.

Publicités