7h30 : J’ouvre un œil. J’ai l’impression de m’être couchée il y a 5 minutes quand Pute chantonnait « Suce ma bite, Sidonie Bonnec » en se flattant les demoiselles. Grumeau dort à mes pieds, manœuvre hyper délicate du décollage de Grumeau tout en évitant de le réveiller avec mon haleine, transport périlleux du dit-moutard jusqu’à sa chambre tout en évitant de cogner sa tête sur l’arête du mur du couloir, atterrissage dans le litcamiondepompier tout en esquivant les milles embûches en forme de dinosaures en plastique dur et de trains en fer. C’est là que je réalise que toutes ces précautions étaient bien vaines, il est TOUT sauf 6h30 et on doit partir dans 30 minutes.

Fuck.

Shit.

Fuck.

J’attrape mon fils, je me fais un tour de rein, je repars vers le salon, je chope sa sœur au passage, je les pose sur le canapé, je mets les dessins animés, je vais chialer de fatigue dans la cuisine et accessoirement préparer le petit-déjeuner, je reviens dans le salon, je leur dis « je vais m’habiller », je vais m’habiller, je reviens …

Ils dorment encore.

7h45 : Je réveille les enfants « On se magne, allez, on se MAGNE ! ». Je réalise que j’ai pas besoin d’attendre que Culculine ait fini son biberon pour l’habiller ; ce qui, en soit, est la parfaite illustration de ce qu’est une fausse bonne idée, je regrette bien sûr et à…

7h56 : Je décide que c’est pas très grave si pour une fois Culculine a l’air échappée d’un camp de réfugiés malgache, du moment qu’elle est prête.

7h58 : Heure à laquelle la petite malgache juge opportun de s’essayer à la propreté. Là avec Grumeau, on attend. On attend.
G : Fais pas trois plombes !
VF : On dit « mettre trois plombes ».
G : METS PAS TROIS PLOMBES ! Tu pousses, comme ça, arnjeeeerghfff !!!
C : Arrrrghhhhpff !
G : Ghhhhhhrrrrrrraaaaa !
C : Rrrrghhhh !
VF : Arrêtez, vous êtes violets …
G : Maman ?
VF : What ?
G : J’ai envie d’aller aux toilettes.
VF : NON !

8h07 : Pendant que mes enfants achèvent de me mettre en retard avec leurs défécations anarchistes, je me souviens qu’il serait peut-être temps de rétribuer Claudine Le Dédale pour ses services du mois passé. Onze minutes plus tard, j’ai enfin trouvé une putain d’enveloppe pour son salaire.

8h18 : Je cours en direction de l’école de Grumeau mais suis rapidement arrêtée par une Clio de fonction GDF Suez qui a choisi l’intégralité du trottoir pour se garer. Pourquoi les gens font ça ? Bah c’est comme quand tu passes dans la rue et que tu vois une femme avec une poussette et deux gamins qui mollarde comme une malade sur une Clio de fonction GDF Suez garée en plein milieu du trottoir. Tu te dis, pourquoi les gens font ça ?

8h19 : Je suis en retard mais cracher ne suffit pas à exprimer ma colère quant au fait de devoir faire passer la chair de ma chair sur la chaussée pleine de bagnoles en marche. Je vide mon sac à la recherche d’un papier et d’un stylo. Je retrouve une ordonnance perdue et finalement une enveloppe, sur laquelle je me mets à aligner des insultes incohérentes à l’encre rose.

8h21 : Je cours sur la nationale, je cours mais dans le sens inverse, priant pour que la Clio de fonction GDF Suez soit toujours garée là où je l’ai laissée, avec le salaire de ma nourrice sous l’essuie-glace.

8h23 : Je récupère l’enveloppe gribouillée d’ « enculé » et d’autres « con d’bâtard de ta race, va baiser tes morts. »

8h31 : L’école enfin, Grumeau préfère poursuivre son institutrice pour maltraitance.
G : La maîtresse, elle me tape. Je veux pas y aller.
VF : Bon écoute, Grumeau, on verra ça plus tard !
G : …
VF : …
G : …
VF : Ok, c’est pas du tout sorti comme ça aurait dû.
G : Nan…

8h40 : « Putain, le relais. Putain, le relais. Putain, le relais ». Je répète ça sur le chemin qui sépare l’école du domicile de la nourrice, ma fille a l’air d’une sans-papiers et c’est le jour de la photo de groupe au relais assistantes maternelles. Eh merde, j’ai failli oublier l’enveloppe. Avant de partir, je la tends à ma fille afin qu’elle la remette à qui de droit: ma nourrice, qu’a jamais demandé à se faire insulter par enveloppe interposée.

Je la vois déjà dans quelques années me demander pourquoi du jour au lendemain on a plus jamais revu Claudine et  à quel point je me droguais à l’époque pour la laisser fringuée comme ça en public. Là, je la prendrai par la main, je la mettrai devant un écran et je lui dirai :

« Tiens Culculine, lis ça. Voilà pourquoi. »

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