En plus de toutes les qualités que tu me connais dont mon extrême modestie, je suis d’une mégalomanie peu commune et j’ai un god complex, car si j’ai fait des enfants, c’est dans la perspective tout à fait consciente et avouée de forger un imaginaire. Forte de ce pouvoir, difficile de l’ignorer et de ne pas prendre un plaisir complètement coupable à trainer dans les librairies aux rayons enfants. J’ai eu la chance d’être couverte de livres petite et même grande, sur les pas de ma mère qui s’arrêtait boulevard Haussmann pour nous acheter des histoires, je passe des heures aux mêmes endroits, à répéter strictement cet amour de la littérature enfantine, essayant de le transmettre à mes petits choses. Ça fait quelques jours que j’ai envie de faire de ce post et j’espère vous voir nombreux à partager les ouvrages qui vous ont façonnés ou ceux que vous avez découverts en devenant parent. Les indications d’âges sont données à la va comme j’te pousse et basées sur mes estimations personnelles, n’hésitez pas à corriger.

Pour tous les Grumeaux et toutes les Culculines, partout -> INDISPENSABLE TOP DES LIVRES POUR ENFANTS À LIRE LES YEUX FERMÉS.


L’Oiseau Arlequin, Pascale Maret et Delphine Jacquot 4/8 ans
Découverte toute récente que tu as peut-être vu passer ce soir si tu m’as dans tes feeds, grosse vente de rêve. Ce qui m’a sauté aux yeux ce sont d’abord les illustrations, entre gravure et art naïf, sublimes. Le monde est divisé en deux royaumes, le Lion règne sur la terre et le Dragon-Serpent sur les mers. Une histoire poétique, au verbe haut mais accessible, qui parle de guerre, d’astuce et de solidarité.


Chien Bleu, Nadja, 3/6 ans
L’école des loisirs est une manne de trésors et Chien Bleu en fait partie. Un Chien Bleu qui a les yeux verts et qui se bat contre l’Esprit des bois, déguisé en panthère. C’est beau.


Le Gros Camion qui pue de mon Papa, Benjamin Chaud et Ramona Badescu. 2/5 ans
Quand je bossais dans une bibliothèque et qu’un jour une de mes collègues m’a tendu ce petit ouvrage à la tranche orange, j’en aurais chialé de gratitude. Le gros camion qui pue de mon Papa, c’est comme un air qui se retient par cœur, le texte possède une musicalité jubilatoire et en tapant je me rappelle les phrases racontées mille fois: « je veux voir. du haut du gros camion qui pue de mon Papa je veux voir: les bébés hurleurs dans leur poussette, les messieurs pressés avec leur cravate qui sert le cou […] et les amoureux qui s’en fichent. »


De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête,
Wolf Elbruch – Werner Holzwarth. 2/5 ans.
Jusqu’à preuve du contraire, les jeunes enfants, ça uberkiffe les excréments. Tout est dans le titre, donc: à chaque page, la petite taupe interroge un animal qui se disculpe en lui montrant comment sont ses crottes. Happy end à base d’oeil pour oeil, dent pour dent.  Succès GARANTI.

La Tempête, Florence Seyvos et Claude Ponti. 3/7 ans
Encore l’école des loisirs. C’est la marraine de Culculine qui lui a offert. Ce livre figure dans ce top non pas parce qu’il est extraordinaire, drôle ou particulièrement futé mais parce que Clémence voit son lit se transformer en bateau. Quand j’étais petite, avec ma sœur, nous jouions à croire que nos lits étaient des navires et j’imagine que nous ne sommes pas les seules ici. Ça doit être un rêve universel et quelque chose d’important. C’est une lecture douce et tranquille pour ces nombreux jours où ils sont chiants.


Max et les Maximonstres, Maurice Sendak
Il est mort cette année, le géant auteur de ce classique de la littérature enfantine. Je ne l’ai pas lu petite mais découvert adulte, une fois mon fils né. Même genre naïf que L’Oiseau Arlequin, c’est Pute qui le lit celui-là, je fais pas bien le beatbox que réclame Grumeau quand Max décide de partir de sa chambre changée en forêt, pour devenir roi des Maximonstres.

Les Trois Brigands, Tomi Ungerer.3/7 ans
Encore l’école des loisirs, j’y peux rien. Les Trois Brigands terrorisent les routes avec leur hache, leur soufflet qui lance du poivre et leur tromblon. Ils dévalisent les voyageurs, jusqu’à ce qu’un soir ils volent Tiffany (on est d’accord c’est un prénom à chier). Quand Culculine me demande, trois soirs par semaine, de lire Les Trois Brigands, je la regarde apprendre à aimer se faire peur et à ne pas se fier aux apparences.

Je mangerais bien un enfant, Silviane Donnio, Dorothée de Monfreid. 3/6 ans
Avec Je mangerais bien un enfant, je suis sûre de faire un carton. Achille en a ras-le-bol des bananes, il veut croquer un mioche et refuse toutes les choses que ses parents lui proposent. Lecture on ne peut plus propice aux choppage de cuisses surprises, aux chatouilles et aux crocos cachés sous les couettes.


Ernest et Célestine
, Gabrielle Vincent, 3/6 ans.
Cette série d’histoires modestement politiques me rappellera toujours mon enfance, des phrases courtes, qui se méditent et s’observent un moment, suspendues et intemporelles. Ces aquarelles démodées et tellement classiques, la nostalgie, pure nostalgie. Je les propose rarement aux mômes car je crains que ne soit aussi transmissible la mélancolie qu’ils m’inspirent.

Le Fils qui sauva son père, Robert Giraud, Gwen Kéraval, 4/7 ans.
Conte traditionnel du peuple nanaï de Sibérie et classique du Père Castor, cette histoire fait rêver mon fils. Au bord du Fleuve Amour, le jeune Tchébé part avec son père chasser pour la première fois. Un conte sur le respect de la nature, l’entraide et l’honneur.

Pour finir, s’il n’y en avait qu’un, quasi-génèse de plusieurs générations Le Petit Prince, bien évidemment.

Bien sûr il y en a d’autres et vous allez vous presser de partager vos Roald Dahl, vos Belle Lisse Poire du Prince de Motordu, vos Loulou, vos Bon petit Diable et vos Contes de la rue Broca.  J’espère, du moins.

PS: celui où celle qui retrouvera ce livre poche fait de plusieurs petites histoires dont je ne me rappelle que  » sac à puces, chat maritime et familial »
et qui me hante depuis des années gagnera toute mon estime, ma sympathie et sera en bonne place pour me demander un morceau de foie ou un rein, un jour.

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