–          Mamon ?

–          …

–          Mamon ?

–          …

–          Mamon ?

–          WHAT, Culculine, WHAT ?

–          Mé frère il m’ombête.

–          C’est pas moi,  c’est Grosse Couche, elle dit que des conneries !

–          GRUMEAU ! Puni, file au coin ou je te souffle dans le nez.

–          Ti as bien dormi, Mamon ?

–          Pas assez, quelle heure est-il ? Putain, neuf heures…

–          On dit pas pitain, Mamon.

–          Moi, je peux.

Je me lève sur le terrible constat de mon pouvoir matriarcal, tangue en direction de l’entrée pour dépunir PainInTheAss 1er et lui dire bonjour, par la même occasion. J’avance à tâtons, il est heureux que les mères aient l’habitude de préparer le ptit-dej car je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de faire. Pourtant mes enfants déjeunent et moi, je dors encore. Ça pourrait être un peu plus Mixa, davantage Ricorée mais non, ce matin ça gueule et je commence encore mes journées avant d’être tout-à-fait réveillée.

Ça donne la température de mon mercredi, si d’aventure ça n’était pas suffisant un simple regard aux trombes d’eau se déversant par la fenêtre achevait de me donner une idée précise de la journée qui m’attendait.

Premier août : 2 Vieux Félin : 0. Bilan : Oh bah sans me tromper je dirais une journée de merde.

Sur le chemin pour les emmener chez Claudine le Dédale, Culculine escalade consciencieusement toutes les bornes des trottoirs ainsi, les huit minutes nécessaires au trajet en deviennent 35, j’arrive à destination au bord de la crise de tétanie.  Au radar, je salue les enfants et bonne journée.

Il faut faire des courses. Je prends la direction du centre-ville. Il se remet à pleuvoir.

–          Mamon, si millé mi chaussettes.

Dans ma main, je réalise alors qu’il y a une petite chose chaude qui s’avère être une petite main, au bout de cette petite main, ma fille de deux ans et demi.

–          MAIS QU’EST-CE QUE TU FAIS LÀ ?

–           …

–          On a fait pratiquement un kilomètre et je me suis même pas rendue compte que t’étais là, putain !

–          On dit pas pitain, Mamon.

–          MOI, JE PEUX ! Comment t’es arrivée là ?

–          Ti as pas lâchi ma main.

–          Putain je vais faire une crise cardiaque.

–          On…

–          Stop. Bon, on va faire les courses et je te ramène chez Claudine.

Chez Monoprix, bien sûr, il fallait absolument que je croise mon dealer de shit au rayon yaourts, c’était écrit quelque part dans un livre y’a écrit « un jour tu seras avec ta fille et tu croiseras ton dealer de shit qui sortira de nulle part et qui te dira salut ça va, bien ? C’est ta fille ? »

–          Ouais.

–          Qui si li missieur ?

–          C’est quelqu’un que Maman connait.

–          Béjour.

–          Aaaaah, elle est trop mignonne ! Regad’ ça ! Benti, rak zuina, zuina, zuina !

–          Mais qu’est-ce tu fais ? Elle parle pas arabe.

–          Ah bon ?

–          Bah non !

–          Non parce qu’elle a l’accent bledard, un peu.

–          Et ta mère ?

–          Qu’est-ce tu fais ?

–          Je fais des courses.

–          Tu veux que je te dépose ? J’ai un siège-auto.

–          Déontologiquement c’est pas faisable.

–          Mais si, c’est faisable ! Vous allez pas repartir sous cette flotte…

Au moment de payer, deux caissiers discutent:

–          Moi je fais au micro-ondes. Tu bourres la crêpe avec tout jambon mozzarella œuf, mais attention TU LE CUIS AVANT, pis pof, deux minutes au micro-ondes.

–          Sérieux ? T’es crade, toi. Nan je vais ça bien, je vais les faire au four avec de l’huile d’olive. Bonjour Madame.

–          Bonjour.

–          Vous avez la carte de fidélité ?

–          Oui.

–          On est sur du 46.90€, Madame.

–          Je paie par carte.

–          Passe-moi ton sac, je vais le remplir.

–          Merci c’est sympa.

–          Vous me dites quelque chose…

–          Je viens souvent, c’est pour ça…

–          Non c’est pas ça, Luc ? Elle te dit rien, la cliente ?

–          Ouais, ouais, effectivement.

–          Ce serait pas celle qu’aurait fait tomber un sextoy de son sac, l’été dernier ?

–          Mais SIIIIIIIIIII ! Grave ! Hahahaha MORTEL !

Je crois que c’est le moment opportun pour faire un nouveau bilan de ce mercredi 1er août.
J’ai oublié de lâcher la main de ma fille qui du coup, ne l’a pas lâchée non plus, je la découvre donc une borne plus tard avant de croiser mon dealer de shit chez Monoprix et de me taper la honte aux caisses grâce à la bonne mémoire de deux connards de caissiers visiblement infoutus de préparer des galettes de sarrasin.

–          Hey vos gueules, y’a une petite fille, là !

–          Ah pardon, on l’avait pas vue.

–          Faut dire qu’elle est petite, d’ici on peut pas la voir.

–          Béjour.

–          Zuina, zuina, zuina …

–          Oh ça va, toi !

–          Quoi ? Mais elle est trop MIGNONNE, regad’ !

–          Je sais.

–          Je te ramène ?

–          Non merci, il a cessé de pleuvoir.

Mon dealer est reparti et nous avons pris la direction de chez Claudine. Sur le trajet, Culculine escaladait consciencieusement toutes les bornes des trottoirs.

–          Mamon ?

–          Oui ?

–          Ti peux m’emmener fire di courses dimain ?

–          Non, ma chérie. Là c’était pas prévu.

–          Ha ha ha !

–          C’est ça, marre-toi.

Premier août. Journée de merde : 0 Culculine : 2

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