Fallait que je me rende à l’évidence, Pute voulait pas que j’aie mon illumination, peut-être que je suis juste trop bien, tellement bien qu’il veut me jeter par la fenêtre pour voir si je lévite, tellement bien qu’il m’appelle Siddhârta ou Bouddha en fonction de mon degré d’élévation, tellement bien que je n’ai  même pas besoin de lui demander si  ça aurait pas un rapport avec ma cellulite. Et je peux te dire que ça, le fait de ne plus entendre ces trois mots finis en point d’interrogation, mes sempiternels et ultra-quotidiens « ça fait gros ? », ça scares the CRAP out of Pute. Il dit d’abord  « — Tu puta madre, t’as un amant ? »

– Même pas, nan. Pourquoi crois-tu que quelqu’un  d’autre est en train de faire mon bonheur ?
– Parce que je fais en sorte moi de pas te rendre trop heureuse, voilà pourquoi. Toute cette joie, elle doit bien venir de quelque part… et me dis pas des enfants…
– Bah elle vient de moi. Je ne demande plus aux autres de me rendre heureuse. Je le suis parce que je n’ai pas de raison de ne pas l’être.
– T’as une guêpe sur l’épaule.
– D’abord c’est pas UNE guêpe, je l’ai appelée Sissi Face à son Destin. Elle m’aime bien, je crois, elle me lâche plus…
– Oh ferme ta gueule, Bouddha ! FERME TA GUEULE !

Bref, ça le tend.

Quand il rentre le soir, il est inquiet en passant la porte de l’ascenseur, généralement parce que ça sent alors le Saint-Marc Fête des Fleurs dans tout l’étage. Il n’ose plus me demander ce que j’ai fait dans la journée.
« – Bah ce matin, nous sommes allés au parc avec les moutards, après quand je suis rentrée j’ai écrit 2500 mots,  tu sais, ces trois scènes qui me manquaient… Et puis j’ai déjeuné avec Aurélie, ensuite elle m’a aidée à déplacer la commode du couloir, et puis comme j’étais lancée elle est partie et tu as vu, j’ai un peu changé les meubles de place. Et du coup c’est bien parce que maintenant on a une vraie salle à manger et toi, tu as enfin un bureau pour ta boîte, je l’ai vidé et j’ai classé tes papiers. Alors la commode, maintenant, elle est dans l’entrée, je l’ai vidée pour mettre tes affaires comme ça c’est pratique pour toi le matin. Oh et regarde le balcon, c’est quand même mieux avec des plantes aromatiques, non ? Et toi, ça va ?

« – Est-ce que tu prends un traitement contre la ménopause ? Dis-moi, je jugerai pas.

Bien sûr, une fois les craintes infidèles passées, mon Pute s’est mis en tête de profiter comme il se doit de la situation.

– Eh, VF?
– Si c’est encore pour dauber sur Grumeau qui ressemble à une retraitée de Floride, t’avais qu’à pas rapiner sur la coupe de cheveux, j’avais le choix entre Sandra ou Cindy.
– Non rien à voir…
– Alors?
– Ca me fait peur tout ce bonheur, j’ai l’impression que ça va me filer entre les doigts.
– Il n’y aura pas de catastrophe le 21 décembre prochain.
– Non mais d’habitude on baise jamais…
– GENRE
– C’est bien ce que je dis, on baise jamais et là, bah tu vas me sucer…
– Ah bon?
– Oui, et ça me fait peur…
– Presque mais too much, pas crédible. Ne serait-ce que parce que tu baves.
– Allez…
– Ok d’accord.
– Aaah, c’est sympa. Tu sais ce qui pourrait rendre ce bonheur parfait?  Ce qui m’y ferait vraiment croire, à la vie, à l’amour, aux belles choses qui se produisent quand tu ne t’y attends pas; aaaaah ouais… AAA-AAA-AAH, ce serait que tu fasses quelque chose de complètement inédit… comme une aventure tu vois, un voyage, tous les deux, OOOH-HO-AAAH.  Qu’est-ce que t’en penses?
– J’en pense que je peux pas parler la bouche pleine, je peux que meumeumer.
– Laisse-moi t’aimer dans l’cul.
– Pardon?
– Je te la mets, ce soir, toi et moi.
– Hors de question. Do no harm… C’est quoi ton problème avec mon anus, Dude? Je préfère me torcher dans un livre que de me faire sodomiser.
– Si t’es pas dans le don total de ta personne, t’as rien compris au bonheur.
– Non mais rlass, c’est bon, j’me casse.
– Hey mais le prends pas comme ça, reviens putain!
– …
– Mais finis-moi au moins!
– Nique ta mère, t’auras des p’tits frères.

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