En solidarité avec ces milliers et ces milliers de pré-pubères de part et d’autre de notre beau pays la France qui expérimentent en ce moment leur premier chagrin d’amour et puisque  j’ai dit ici que j’écrirai un jour un billet sur les ruptures, pas celles que j’ai commises mais celle que j’ai subies, aujourd’hui je m’acquitte de mon dû. Il était question de nuits blanches et de gastro-entérite dans mon souvenir ; mais finalement et on dit qu’il en va de même pour toute chose, ça ne se passe pas comme prévu, je pause-déjeune au soleil en tapant ces lignes.

Un homme, des larmes, l’abandon. C’est dans cette configuration que peut le mieux s’exprimer mon quart grec et  mon goût prononcé pour le FUCKING DRAMA (Thessalonique represent). Depuis que j’ai entamé ma vie amoureuse, je suis restée en tout et pour tout environ 4 mois célibataire, sur 19 ans c’est maigre.

J’avais onze ans quand j’ai rencontré mon premier vrai petit-copain, parce qu’on appelait ça comme ça back in 1993, un petit-copain, le précédent étant imaginaire. C’était l’année qui suivait  la sortie de Tostaky. Je l’avais imaginé pour pouvoir prétendre que je n’étais déjà plus vierge. Et comment expliquer ? C’était un peu comme les téléfilms allemands, c’était basé sur des faits réels, il y avait bien un Jonathan blond à la soirée bingo de la caserne de Vernon, il y avait eu  des regards, des danses, des mots d’amour et un échange de pois chiche du bingo comme le symbole du fait que « loin des yeux, tout près de la chatte » mais après, je me suis bien gardée de mentionner que je ne l’avais jamais revu, et puisque j’étais lancée, bah autant s’inventer des ébats fiévreux pendant encore quelques semaines. Ma copine Séréna, témoin de notre rencontre, constituait un point véracité de bon aloi. Et à cette époque déjà, les phrases de cinq lignes ne me faisaient pas peur, je faisais simplement beaucoup plus de fotes.

Le premier, le vrai, donc.  Il s’appelait Fabien, il avait un frère qui s’appelait Fabrice. C’étaient des fils de boulangers. N’importe qui d’autre à la place d’une mousmée de onze ans aurait vu dans Fabien un futur toxicomane repris de justice aux dents bouffées par l’acide et à l’arrière du crâne complètement plat, la gueule de travers mais nan, moi je voyais un soleil. Iara, ma meilleure copine brésilienne avec laquelle on a passé nos vies à essayer de se piquer nos boyfriends respectifs- si tu me prends Fabien, je te prends Mathieu et si tu me prends Mathieu je te prends Julien, salope ! Si tu prends Julien, je prends le bidasse en Fiat Panda, m’en fous je suce Sébastien en loucedé, sale travelo, ok alors j’appelle Benoît, espèce de garage à bites, enculée, si tu te tapes Benoît, moi je prends Pute et je le mets enceinte, si tu savais comme je m’en branle, ma pauvre,  vu que ma fille est plus belle que la tienne. HAHAHA – trouvait elle aussi que Fabien était un soleil. Je ne sais pas qui l’a embrassé la première mais je crois que c’est elle. Je me souviens en revanche de cette première pelle, FINALLY, sur le parking de chez Aldi, en compagnie de Laëtitia Lecul qui elle-même galochait Ezzeddine Lomar.

J’avais apparemment été lamentable, Laetitia me jetait des regards sévères qui hurlaient « Mais tourne la langue, la putain de ta race ! » avant de repartir, concentrée, dans ses propres huit. Pendant plusieurs mois, après que Fabien ait passé le mot à l’intégralité du collège, LE truc apparemment crucial à savoir dans le 27, à savoir que Ludivine ne sait TROP pas emballer, quoi ; je continuais de le suivre comme un chien fidèle, toujours prête à jouer, mourant d’amour pour ce connard de SEGPA.

J’étais éperdument amoureuse d’un débile mental sociopathe qui ne s’adressait à moi que par le biais de moqueries zozotées mais qui en revanche, me doigtait comme un épileptique à partir de 16h30.

Voyant qu’il n’y avait décidément rien pour me faire fuir et à la façon de certains enfants devant une mouche qui va pas tarder à perdre ses ailes, testant sa cruauté, Fabien avait soudoyé une jeune nana à peine majeure, prénommée Claudia Planez-Diaz et ainsi je les surprenais l’un sur l’autre.

Je voulais rester quand même mais il a dit non, faut nous laisser maintenant. J’ai forcément dit je t’aime et il a du répondre un truc comme quoi il voyait pas de quoi je parlais.  Il a fermé la porte. Je suis restée derrière, je ne sais pas combien de temps, je n’ai pas envie de me souvenir. Longtemps, je crois.

J’ai porté du noir tous les jours pendant deux ans. Et j’ai énormément écouté Hélène Rolles, soutien non-négligeable…
Et puis ça, aussi.

En définitive peu importe les histoires, les personnages, les faits, les raisons d’une rupture,  la question reste peut-être la même pour tout le monde et c’est ce que je me disais derrière la porte de la chambre de Claudia.

Tu pars, tu pars, mais moi, où je vais ?

Post écrit pour Olivia B.

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