Tu le sais peut-être pas mais depuis un peu plus de six mois, je fais semblant d’être auteur. Pas ceux qu’on trouve en tête de gondole mais ceux dont on regarde les mots.

Coucou je m’appelle Vieux Félin et j’ai décidé de travailler pour la télé.

Le truc que j’ai appris tout de suite quand je me suis lancée là dedans – et il en va de même pour la fonction publique, l’éducation nationale, le télémarketing et la restauration – c’est que c’est vachement plus compliqué que ça en a l’air.

Parfois, j’aimerais bien pouvoir cesser de me présenter partout avec cette espèce d’arrogance de merde qui me fait, au final, invariablement passer pour une conne. Quand je me projette et que je me vois en rendez-vous professionnel, je me sens un peu comme le maçon albanais que tu paies au black et qui, même si tu le sais pas, ne pige pas un traitre mot de ce que tu jactes mais qui loin de se laisser abattre par la barrière de la langue, répond à toutes tes questions par un dynamique « Pas de problème !» avant de pulvériser ta turne.

Sans aller jusqu’à m’imaginer un monde parfait où tout le monde encule des licornes au-dessus des arcs-en-ciel en sniffant des dollars, j’imaginais pourtant pas un seul instant à quel point, six mois plus tard, ça allait ME FAIRE LE CUL.

Je suis softement rentrée dans le bain luxuriant du PAF, en douceur, en faisant un beau «O» avec ce que tu sais.

C’est-à-dire qu’une gentille productrice est venue me chercher en me disant hey toi la frisée, ça te dirait d’écrire des blagues?
Demande à un aveugle s’il veut marcher, que j’ai répondu.
On est d’accord jusqu’ici AUCUN PROBLEME, même si la ligne précédente pourrait suggérer le contraire, je sais faire.
Ensuite on m’a dit hey toi la frisée, ça te dirait d’écrire des dialogues?
Ça tombe foutrement bien, je sais faire que ça! Même que tu sais c’est drôle, quand j’étais petite sur le chemin de l’école, et du collège, et ensuite brièvement du lycée, les gens comprenaient pas pourquoi je marmonnais toute seule en marchant et donc me mataient chelou, bah en fait j’apprenais à causer.
D’accord vous me raconterez ça plus tard. Là vous m’excusez, VF, mais il est 22h48 et je suis EN TOURNAGE.
But.
C’est après que ça a commencé à se corser, quand mon interlocutrice m’a dit ok tu fais la maline là avec ton franglot et tes tresses mais écris-moi six minutes entières.

Voilà, c’est exactement là que j’ai lâché mon premier « Pas de problème! » de maçon albanais, quand elle m’a tendu la bible avec des amuse-toi dans les yeux.

Là, j’ai définitivement senti comme un déflorage au frein de luge. Mais bravement, j’ai remonté mes petites manches et je me suis mise au clavier. Je n’avais jamais écrit pour un programme en développement mais c’était souple, les personnages en élaboration, chacun met sa patte, étoffe son personnage et lui taille un costume de mots, d’idées et de travers. Même si ça n’était pas mon programme, pas mon idée, qu’on me donnait des directives, des impératifs et des dates buttoir, et même si je devais arrêter de foutre « putain chiottes sa race de ta mère la pute de mange-merde» à toutes les phrases, même si je ne pouvais pas caser un cinquantième des horreurs que j’avais envie de placer, même si il fallait faire fédérateur, malgré ça, une poignée de jours avant de fêter mes 30 ans je signais mon premier contrat de cession de droits d’auteurs.

Autant te dire ÉNORME VICTOIRE PERSONNELLE.

J’ai fait ça quelques temps et j’ai adoré, je prenais de plus en plus de plaisir à travailler, j’adorais ce boulot et je voulais recommencer tout le temps. Tu rêves pas, je parle bien de ce genre de métaphore. Je suis un peu tombée enceinte de l’écriture scénaristique.
Quand une directrice littéraire m’a demandé si j’étais intéressée par l’écriture de séries, à ce moment où la décence nous empêche généralement de répondre au téléphone, j’ai répondu WOULD YOU MARRY ME ?

On s’est vues au Triadou Haussmann sur un coin de table.

Elle m’a dit trouve-moi le pitch parfait.

J’ai répondu « Pas de problème! »

Sauf qu’un pitch, c’est une phrase. C’est la phrase parfaite de Djian et moi, j’ai répondu pas de problème.

Un pitch, c’est ton show en une phrase, c’est une promesse.

J’en dors plus la nuit.
Je perds mes veuches.
Je me retrouve à des réunions fcpe en pensant que c’est la réunion parents-profs et le pire c’est que j’en ressors adhérente et titulaire.
Le pitch parfait. Pour l’instant, je l’ai pas trouvé.

Et le truc quand même un petit peu trop fun, c’est que j’ai jamais autant crevé la dalle de toute ma vie. Je bosse hein, je bosse comme une putain d’ânesse mais je me rends compte que la route est bien longue avant la gloire, avant de finir par enculer des licornes au-dessus des arcs-en-ciel en sniffant des dollars.

Le meilleur, si je fais pas trop la conne.
Pas de problème.

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